LA CISAILLE EST TRISTE
Quand j'ai rencontré Vladimir, l'éventualité de devoir un jour rencontrer ma "belle mère" devait sourdement m'angoisser puisque j'avais fait ce fameux rêve dont je me souviens encore : Il m'avait caché que sa mère n'était autre que la reine et je me retrouvais dans les anti-chambres de Buckingham, ignorant tout du protocole à respecter et tout a fait paniqué.
C'est sans doute au souvenir de ce rêve que la coïncidence m'a frappé lorsqu'elle ont été toutes les deux envoyées à l'hôpital, un peu au même moment. Mais le parallèle s'arrête là car la reine en est sortie alors que m'a belle-mère s'en est allé définitivement hier soir. Le personnel hospitalier avait prévenu du caractère inéluctable de l'évolution de son étât si bien que Vladimir a pu partir en urgence et passer du temps auprès d'elle.
Malgré une mémoire et une raison de plus en plus chancelante à cause de la démence vasculaire, son état physique était plutôt bon à 90 ans, pour quelqu'un qui avait vaincu un cancer, le covid et était soigné pour un important diabète. Envoyée à l'hôpital il y a une semaine pour pneumonie avec juste quelques difficultés respiratoires, il s'est avéré que ses poumons étaient rongé par un cancer dont il n'y avait eu jusque là aucun symptôme et qui l'a emportée en quelques jours. C'est exactement ce qui est arrivé à Bibi.
Finalement, il n'y avait pas eu de protocole compliqué à respecter mais j'avais dû y faire pour gagner sa confiance au fil du temps et je crois qu'au final elle m'appréciait.
La réalité de sa disparition m'est apparue ce matin au jardin quand je me suis mis à manier une des cisailles et autres outils de jardinage qu'elle ne manquait pas de nous offrir, risquant peu de se tromper. D'ailleurs c'était toujours des modèles introuvables de ce côté de la Manche. Et la cisaille, ce matin, était triste.