DE LA FOULE AU DESERT
Le premier jour à Avignon s’apparentait à une journée de ministre. Entre les amis qui arrivaient, le rendez-vous avec un directeur de théâtre breton et la suite de mon apprentissage éclair de la régie du spectacle de Vladimir, on n’était pas loin de se dire, « vivement la reprise du boulot qu’on se repose ». Le rendez-vous avec le directeur de théâtre n’était pas prévu au programme initial. Celui-ci, rencontrant fortuitement Vladimir dans la cité ex-papale, lui fait part de son désir de me voir dans la perspective d’un projet fort intéressant. Le rendez-vous se fait en breton bien sûr, et mon interlocuteur en est tout ébahi. Lui qui n’a guère l’occasion de parler breton chez lui doit venir à Avignon pour le faire. Affaire à suivre donc…
Ce n’est que quelques jours plus tard, que je peux penser à des destinations de promenade. Moi qui suis habituellement un fantasmeur géographique et qui, avant d’aller en quelque endroit que ce soit, consulte les cartes et accumule les photos, je suis cette fois vierge de toute idée préconçue. Et ma foi, j’ai trouvé cet inattendu plutôt agréable.
Je dois dire que j’ai été souvent en des endroits assez tranquilles et me suis étonné de la facilité avec laquelle on échappait aux grands flux touristiques en une région que j’imaginais envahie en période estivale. Même le seul jour où j’ai poussé jusqu’à la mer, j’ai réussi l’exploit de trouver des plages aux baigneurs clairsemés et de me garer les doigts dans le nez.
L’exception est ma première escapade, un site dont j’ignorais l’existence et qui pourtant semblait fort connu à en juger par sa fréquentation, Fontaine de Vaucluse. Imprudemment je pousse en voiture jusqu’au centre du village, goulet d’étranglement où s’enconfiture un nombre incalculable de voitures. J’ai du mal à m’en sortir et cela me servira de leçon pour le reste de mon séjour où fort de cette expérience et de celle de mes luttes nombreuses contre les pay and display britannique, je résoudrai mes problèmes de parking haut la main.
C’est une des plus puissantes sources d’Europe. D’un cratère bleu de plus de 300 mètres de profondeur,
au pied d’une falaise vertigineuse,
sourd une eau alimentée notamment par les pentes du Ventoux. Bien que l’onde semble contenue dans sa bassine et même y croupir, elle donne naissance en contrebas, d’un coup, à une rivière d’un bon débit (en été de surcroît !),
d’un bleu et d’une transparence époustouflants.
Ah si mon petit ru de Park Pontig pouvait en prendre de la graine, lui qui tire la langue depuis des mois et que deux jours de soleil, pourtant rare ces temps ci, font disparaître à moitié !
Ah oui, j’oubliais, je visite un ancien moulin à papier, où l’on produit encore poèmes calligraphiés et autres cartes pour les touristes…
Au retour, je m’arrête pour prendre une photo
et là, un couple de randonneurs locaux me suggère fort plaisamment de continuer plus avant le sentier pour jouir de plus belles vues. J’obtempère et de fil en aiguille je remonte mon cañon presque jusqu’en haut, seul, complètement seul, pendant des heures, avec le mistral qui souffle, qui siffle, qui déséquilibre parfois. Pris dans cette désertitude et ces effluves de thym et autres aromatiques que je froisse à chaque pas, j’en oublierais presque l’heure. Je presse le pas pour redescendre car le devoir m’appelle.





