TORFED EN ILIZ-VEUR
En des temps reculés, le vingt neuf décembre 1170, le sang fut versé à l’intérieur même de la cathédrale de Cantorbéry, près de l’autel et l’homme que l’on assassinait n’était autre que l’archevêque lui-même, Thomas Becket. Mais tout crime n’est pas crime de sang et les églises épiscopales peuvent être le théâtre de toute sortes d’actes condamnables. Il en est un, particulièrement, et sous l’effet d’une transmutation étrange qui tient de l’alchimie, dont le caractère délictueux ne s’avère que lorsqu’il est perpétré dans l’enceinte sacrée d’une église.
En ce premier du mois de Septembre 2007, en la bonne ville de Quimper Corentin, messires Vladimir et Karagar ne pouvaient réellement ignorer que ce qu’ils s’apprêtaient à faire les exposaient à d’éventuelles remontrances des autorités épiscopales. Sieur Karagar, en effet, avait décidé, après avoir recueilli l’assentiment de Sieur Vladimir, de procéder à l’échange des anneaux symbolisant leur union, en la nef de l’église cathédrale de la dite cité. Il avait en cela pour ainsi dire répondu à un appel de l’édifice lui-même, reçu un soir, au couchant. Bien que ne partageant pas la foi qui avait fait ériger le vénérable édifice, il respectait la sacralité dont on avait habillé ce lieu et considérait, appartenant lui-même à une civilisation dont l’architecture gothique est une des émanations, que la cathédrale parlait un langage qui traduisait fort bien son besoin de rituel et qu’il n’avait pas la présomption de trouver un autre endroit qui l’exprimât mieux. Il savait également que la période qui avait vu s’élever la cathédrale admettait mieux qu’aujourd’hui que chacun vienne dans l’église avec son besoin, sa motivation propres, qu’un office même n’interdisait pas, comme aujourd’hui, la déambulation dans le sanctuaire pour y accomplir un rituel personnel. Le plan lui-même des églises est le résultat de siècles de recherche pour faciliter précisément cette double fonction de la communion et de l’individuel. Il savait aussi qu’au Moyen Age, décidément paradoxal, et malgré l’interdit, des prêtres avaient marié des hommes.
Pris dans l’élan de ce moment, Sieurs Vladimir et Karagar, sans arrière pensée aucune, échangèrent un baiser et furent vus par un sacristain qui, par manque de chance, considérait déjà auparavant Karagar comme persona non grata dans la cathédrale, car il avait l’outrecuidance d’y faire des visites guidées en langue bretonne alors qu’il parle très bien français (sic). C’est ainsi qu’ils furent, ainsi que leur joyeux équipage, vertement priés de quitter le sanctuaire. Il était certes midi, mais son empressement à les chasser était assez douteux.
Sieur Karagar ne fut guère ému de cet événement sur le coup. La petitesse n’entacherait pas la journée. Il n’ouvrit pas la bouche pour se défendre et ne résista à aucune tentation pour le faire.
Mais à ce moment, preux chevalier inattendu, Maître Cornus vola à leur secours avec maîtrise et bon sens, dans une intervention qui fut remarquée et appréciée à sa juste valeur par beaucoup.
Ce geste m’a beaucoup ému. Connaissant le parcours de Maître Cornus, qu’il se mette en première ligne pour défendre une cause dont jusqu’alors il parlait peu et qui pouvait peut-être lui être sujet sensible, m’avait paru alors d’un très grand courage. Je tenais aujourd’hui à lui rendre, pour ce geste, un hommage – encore un mot médiéval – désormais possible .
