23 mars 2011

LE VALLON

Léa n’avait pas eu le sentiment d’atteindre, comme l’expression commune le suggère, l’âge de la retraite mais bien plutôt d’avoir été atteinte par celui-ci. Derrière les vitres du train qui démarre, sur le tapis roulant qui défile, difficile de savoir qui de soi-même ou du décor se déplace. En tout cas, ce jour advint où le compteur indiqua que l’heure était venue de se retirer. Elle était au moment de sa vie où, bien qu’elle ne constatât pas de changement notable en elle-même, la loi avait décidé que ses capacités physiques ou... [Lire la suite]
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29 novembre 2010

HOMOTHEÂTRALITE

Comme je l’expliquais hier, j’arrive en retard au second jour du stage. Je raconte brièvement mes péripéties, et, le temps d’évacuer le stress d’un excès d’attention mise à la conduite, je me coigne au sol, entre une marche et un fauteuil, me contentant d’observer les choses en marche en attendant un retour d’énergie pour être volontaire pour un « exercice ». Lors de mon arrivée, le groupe travaille sur des impros. Le même thème, qui se joue à trois, depuis un moment semble-t-il : un garçon se rapproche d’une fille... [Lire la suite]
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23 novembre 2010

GONFLEE

Cet après midi, mémorisation du texte, un dialogue sur fond de scène de ménage, par les gestes. Cette année, les étudiants ne traînent pas les pieds pour se trémousser, j’en surprends même certains à attendre ce moment de détente et de rigolade. Et moi, quand la chose fonctionne, je n’y vais pas non plus avec le dos de la cuillère et je fais mon clown, je peaufine la gestuelle, bref je m’amuse. A la fin de la journée, je vais fumer ma clope sur le perron et les étudiants défilent devant moi pour sortir. Certains s’attardent parfois... [Lire la suite]
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02 novembre 2010

LE NOYÉ DU GRAND PONT (4)

Aline Donnart aurait pu continuer au volant de sa voiture la petite route étroite qui dansait le jabadao entre les plis de la dune. Elle n’entendait rien à la géologie, l’hydrographie et tant d’autres sciences dont même les noms ne répondaient pas à son appel, elle soupçonnait à peine ces forces tantôt venues des profondes couches de la Terre, tantôt se déchaînant à sa surface, qui avaient fait éjaculer des montagnes, en avaient compressé d’autres, avaient rongé, érodé, poli, reconstruit, tartiné avec la même délicatesse que la... [Lire la suite]
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26 octobre 2010

LE NOYE DU GRAND PONT (3)

La villa avait été bâtie sur la dune. Et regardait l’ouest. Sa grande structure de bois paraissait naître du sable, le bas de ses murs de planches peintes s’enlisait dans les oyats ondulants. Ses grandes verrières reflétaient la mer, le ciel, ou les deux à la fois selon d’où on la regardait et, tel un caméléon, elle opposait au regard scrutateur une manière d’immatérialité. On imaginait mal que pour maintenir son gréement de verre, on avait tranché au plus profond du sable, saigné la dune et dans la blessure béante, coulé du béton. ... [Lire la suite]
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18 octobre 2010

LE NOYE DU GRAND PONT (2)

Le rapport du médecin légiste ne tarda pas à arriver sur le bureau du commissaire. Aline ne sauta pas à la conclusion mais en parcourut tous les détails. Elle ne croyait guère à l’intuition policière, fût-elle féminine, et ses quelques succès n’avaient été dus qu’à un travail laborieux, systématique et minutieux. Il lui en coûtait de balayer des yeux cette littérature médicale, de devoir en relire certaines successions de mots techniques plusieurs fois pour en dégager quelque chose qui fasse sens dans son esprit profane, mais elle... [Lire la suite]
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18 octobre 2010

LE NOYE DU GRAND PONT (1)

Le commissaire Donnart décrocha le téléphone avec flegme. L’interprétation des signes avant-coureurs n’étaient-ils le fait que de l’imagination débordante de certains littérateurs où bien l’apanage d’une minorité ? Pour le fonctionnaire de police en tout cas, une sonnerie de téléphone ne présageait rien et ses compétences prévisionnelles se cantonnaient à la statistique : L’essentiel des appels rejoignait quelques cases peu nombreuses et aussi peu enthousiasmantes les unes que les autres : supérieur hiérarchique porteur d’une... [Lire la suite]
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16 septembre 2010

LA OU SE DRESSAIT UNE TENTE

On perd presque toujours la première vision. Le regard émousse à trop se poser, l’œil érode à force de comprendre. Du moins le croit-on. L’or délicat du couchant, la douce griserie d’un verre suffisent parfois à réveiller les couleurs d’origine qu’avaient ternies le temps et l’habitude. Depuis que j’habite ici, j’évite, autant que faire se peut, de devoir emprunter l’interminable artère qui déroule sur des kilomètres sa double ligne de maisons blanches, trop fonctionnelles pour attirer mon attention, trop disparates pour créer une... [Lire la suite]
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14 mai 2010

ETRE C'HOARZH HA DIC'HOARZH

GLAV Il a enfin plu. Ne riez pas, depuis 45 jours, il n'a plus que quelques heures et le vent froid mais desséchant n'a rien arrangé. Quand on est jardinier, on observe le temps qu'il fait avec un peu plus de recul et de réalisme que la moyenne. Je suis souvent stupéfait de ce qu'une demie journée de temps gris efface dans la mémoire de beaucoup une semaine de soleil... Mes observations ne recueillent aucun écho dans mon entourage : le sujet de la météo est l'un des plus universellement partagés mais, paradoxalement, le plus... [Lire la suite]
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06 mai 2010

ELOGE DE LA PATIENCE

J’ai presque honte de la désinvolture avec la quelle, ici même, j’ai qualifié, à priori, les membres du club de lecture. Je peux atténuer ma faute en arguant que la sortie de mon livre de nouvelles avait suscité dans la presse spécialisée deux articles qui trempaient dans l’encre de la discrimination et m’avaient rendu craintif. J’avais consacré à cela un texte ici. Il se trouve aussi que parmi les fidèles du club se trouvent deux personnalités, l’une indécrottablement homophobe, l’autre qui avait soutenu le livre précédent... [Lire la suite]
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