Larcin

Juste avant d'entrer dans la ville, par son quartier le moins flatteur - encore qu'il se soit bien embelli depuis quelques années - la route est prise entre une campagne vallonnée et arborée d'un côté et de l'autre un interminable mur par dessus lequel s'élancent avec vigueur arbres et arbustes persistants. C'est à n'en point douter un parc de château ou manoir. Une vision satellitaire m'avait d'ailleurs confirmé la chose, me laissant deviner de surcroît de grosses masses colorées que je n'eus aucun mal à identifier.

Juste avant que commence le mur, il y a une belle bâtisse, comme une ancienne ferme mais qui montre quelques signes de noblesse de la fin du Moyen-âge. C'est depuis peu une brocante. Or chaque année, à pareille époque, mon oeil est attiré par la floraison d'un rhodo précoce dans la cour de la désormais brocante, mais la plante elle-même emmêlée dans de gros camélias n'est guère visible. Le coloris - un rose très pâle très très légérement bluish, contrastant avec le flashy des hybrides de rh. arboreum qui commencent aussi en ce moment -, la forme bien compacte des bouquets me laissaient penser à une variété - elles sont très nombreuses - de rh. arboreum lui-même et non un  hybride. En tout cas, un truc qu'on ne voit pas tous les jours. Et j'ai l'oeil.

Eh bien, çela fait des années que je me dis : il faut que je m'arrête voir ça ! Et je ne le faisais jamais : le matin pas le temps, le soir j'oublie car dans le sens départ on le remarque moins...

Et lundi enfin j'y pense ! Le rhodo est au bord du jardinet de la brocante qui est lui-même longé par une grande allée (qui mêne sans doute au château). Or la grille de la grande allée est ouverte, ce qui me permet en l'empruntant sur un dizaine de mètres, de m'approcher du rhodo qui est bien conforme, vu de près, à ce que j'imaginais. Il m'intéresse celui là. Et ces grosses bêtes, pour peu qu'on leur laisse la branche basse traînasser, marcottent à l'envi.  Mais là, rien en vue, il faudrait que je saute le petite mur pour mieux me rendre compte, mais bon, il y a de la lumière aux fenêtres de la brocante. Donc, par curiosité, je monte l'allée du château. Personne ne peut me voir. Je crois voir une bâtisse au bout, mais sur le côté, bien avant, il y en a une autre, qui semble abandonnée, elle même enclose comme entourée d'un jardin dans le jardin. Une grille rouillée et ouverte ouvre sur ce jardin. J'y pénètre et là que vois-je : un truc de 7-8 mètres de haut, le papa du rhodo de la brocante, c'est sûr. Son tronc est entouré de "rejets". Je tire et hop, une belle marcotte bien racinée dans la main. Chanceux, non? Ca fait des années que j'y pense à cette impossible marcotte !


J'avais envie d'écrire, voici qui n'a rien voir, et je me rend compte que ça a à voir, mais c'est un hasard !

C'est la faute à Plume. Elle m'interpelle sur la cabane de pêcheurs de Rebecca. Un cabane en bois dans les pins ! Ça ne a pas, me dis-je ! Dans mon souvenir c'est une maison en pierre au ras des galets au pieds d'une falaise rocheuse. Mais avant de lui tomber dessus a bras raccourcis, autant vérifier pour ne pas être mis honteux ! Avec bien du mal je trouve l'extrait que je cherche.: ".. à l'orée du bois s'étendait une construction longue et basse, mi-cottage mi-hangar à bateaux, dans la même pierre que la digue..." Un point partout, il y a bien des arbres, mais la maison est en pierre. Curieux, je remonte un peu dans le texte et il se trouve que c'est juste avant la découverte du hangar à bateaux que se trouve la description des fameux rhododendrons ! Il existe même une varité de rhodo nommée Manderley !

rebecca1

C'est assez intéressant car elle évoque les géants de l'allée qui sont des hybrides d'arboreum roses ou rouges vif (dont je parle dans juste au dessus) mais ceux qu'elle décrit ici sont sans équivoque des azalées mollis (couleurs + parfum). Mais cette vallée qui descends vers la mer, l'allée des rhodos géants, les broussailles enchevêtrées, le bruit du ruisseau, tout cela me trouble au plus haut point. D'autant que quelques lignes plus bas, la vallée débouche de manière inattendue sur la plage et l'auteur indiquera que le contraste est un choc presque douloureux. C'en est trop. Ca ressemble tellement à Traoñaod, le parc de mon roman Millendall, jusque dans la description du "choc" de sortir de rhodos et d'arriver sur la grève que j'ai peine à le croire. Alors vous me direz, la filiation est assumée, voulue et avouée. Je cite même le célèbre incipit de Rebecca en exergue du roman. Bien sûr que j'ai pensé à cette histoire. Mais il faut que vous sachiez que ce livre, je ne l'ai jamais lu, on me l'a lu. Quand j'étais enfant, ma soeur me l'a lu en entier. C'est un très bon souvenir. J'aimerais n'avoir connu les livres que comme cela (c'est un autre sujet)... Or, à l'époque, je ne savais même pas ce qu'était un rhododendron, donc je ne peux croire que j'ai gardé en souvenir des détails aussi précis, notamment cette vallée... J'ai vu le film d'Hitchcock, le téléfilm de la BBC, mais ni l'un ni l'autre ne montrent cette vallée, du reste imaginaire. Alors, ça pose la question de la mémoire inconsciente. Peut-on croire que ma mémoire avait retenu cette vallée, l'arrivée sur la mer? D'autant que je me suis inspiré d'un parc de château dans le Goëlo où il n'y a pas de rhodo mais une telle configuration... Bizarre, bizarre....


Tiens, puisqu'on en parle, et pour fêter l'ouverte de saison

le plus gros de Quimper

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quelque part en GB

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et puis... au Népal, chez eux quoi...

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Rhododendron - Mardi Himal Trek56

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