Pourquoi, pourquoi pas les Canaries? Projetant cette année une virée au chaud pour nous remettre du Christmas pudding de l'année dernière, la question de la destination s'est posée de manière un peu différente des autres fois. Moins évidente, je dirais.

J'ai évoqué en premier le nom des Canaries pour une raison de l'ordre du clin d'oeil, du bout des lèvres, sur le mode du pourquoi pas. On pense toujours aux Canaries pour la même raison. C'est l'endroit le plus proche où trouver l'été en hiver. C'est plus simple, moins cher et... en Europe ! Je reviendrai sur le climat - sujet qui me passionne toujours - et sur le caractère européen aussi.  Bref, quand on parle de cet archipel (immense), les images qui viennent sont - à mes yeux - peu flatteuses. Terre ingrate et desséchée entourées de plages et de parasols.

Pour noircir un peu le tableau, j'ajouterai que les Canaries sont la seule destination lointaine (j'entends nécessitant l'aéroplane) où s'était rendue mon ex compagne alors qu'elle était adolescente. C'était sur un autre île, mais elle en gardait un souvenir exécrable, facilement explicable quand on sait avec qui elle s'y trouvait, qu'elle n'avait quasiment pas quitté les jardins de l'hôtel où poussait à grand renfort d'irrigation une végétation artificielle, que c'était l'été et qu'elle n'aime pas la chaleur. Avec un petit goût pour la mauvaise foi pour couronner le tout, elle m'en faisait un tableau d'horreur, un désert aux plages de sable noir avec un horrible volcan en son milieu... Rien ne m'a plus surpris qu'elle me dise, apprenant que j'y allais et faisant moi même mention de ses aventures canariennes passées : "tu te souviens que j'ai été là-bas?" Ça alors ! Pour moi, elle m'en avait tant parlé qu'elle avait durablement marqué ma vision de cet endroit !

 Nous nous sommes finalement laissés convaincre par les nombreux témoignages de randonneurs sur la beauté des paysages, particulièrement sur l'île de Gran Canaria (qui n'est pas la plus grande), considérée comme un petit continent. Y avait-il donc deux Gran Canaria? Un continent c'est exagéré, mais double assurément elle l'est.

Imaginez qu'on est au large du Sahara occidental! Voila de quoi faire mourir un rhodo de peur... Mais en compensation, c'est une île.  Bref, côté pile c'est verdoyant, côté face c'est un peu désertique. Vu de loin c'est même décharné et en s'approchant, on découvre une infinie variété de plantes adaptées.

Et donc, pour parler plus subjectivement de cette dualité, je dirais que cette île est magnifique et horrible à la fois, pas moins. Pas tant à cause du climat désertique que de la folie humaine.

Visitant un musée le dernier jour, j'ai devant moi l'illustration de cette humanité qui va à sa perte... Vladimir attire mon attention sur une carte de l'île, il y a quelques siècles... La partie verdoyante est peuplée, la partie aride est déserte. Rien que de très normal me direz-vous. Sauf que ça n'est plus vrai. Aujoud'hui, toute la partie où l'homme ne pouvait pas se maintenir, survivre, est colonisée de station balnéaires tentaculaires, dans la lignée de la bétonisation franquiste des côtes espagnoles, sans doute. On imagine que seule la technologie post industrielle l'a permis mais surtout on calcule à quel prix environnemental cela est fait. Hallucinant! Imaginez qu'on y voit même des terrains de golfs ! Bientôt la culture du cactus en Irlande avec séchoir géant ! Et puis entre les deux, entre la capitale et le Sud des plages immenses, il faut bien des déchetteries, des centres divers pour pourvoir aux besoins d'une humanité sur caillou sec.  Et tous ces entrepôts, ces tas de gravas et autre horreurs écorchent une terre sans manteau végétal pour adoucir les plaies. Toute la côte Est est ainsi faite.

Et puis, il y a le reste... La montagne verdoyante soumise aux alizés et au courant marins froid, la montagne sèche aux couleurs de Colorado, son impressionnante côte Ouest que même l'homme moderne n'a réussi à coloniser vraiment. Cette dernière m'a fasciné particulièrement.

Climatiquement, les Canaries ne sont pas les tropiques. L'île est à plus de 500 kilomètres au nord du tropique du Cancer. Il y a donc des hivers. Et nous y étions en hiver. Avant de partir j'avais un peu de mal à imaginer quel serait mon ressenti. Je dirais avant de nuancer, que l'impression était un peu, d'un été breton. Des températures entre 20 et 24°, de la fraîcheur le soir et le matin, du vent. La nuance vient du soleil. La latitude fait qu'au soleil ça tape sec, d'où parfois une impression de chaud/froid, surtout quand on prend de l'altitude, qui est peut-être responsable de mon état de santé actuel ! Or, de l'altitude, on en prend dès qu'on quitte le littoral (ou même sans le quitter parfois) puisque l'île est un ancien volcan qui culmine à près de 2000m. Je me suis vu en T-shirt à 12 ° à cause de ce fort rayonnement.

Nous avons eu à résoudre un dilemme! Au sud assurance d'avoir un peu de soleil (ce qui est quand même un peu le but pour oublier Noël!) mais dans un environnement dont j'ai déjà dit qu'il n'était guère ma tasse de thé, au nord, tranquilité et beaux paysages mais risque d'avoir une ambiance... capiste, tempête comprise ! Nous l'avons résolu ainsi : une journée plage et dunes à l'arrivée, le reste du séjour, dans un petit appartement à l'extrême nord ouest sur une pointe, près d'un phare... bref, un finistère...

Nous aurions dû aller directement au nord, car il fit beau tous les jours et la mer était très baignable au nord (18/19°).

Nous avons donc passé un jour près de Maspalomas et de la playa del Inglès (sic!), qui se trouve être (j'ignorais que ce fût à ce point) le principal lieu de vacances "gay" d'Europe. A quelques signes près, je ne l'ai pas remarqué plus que cela.

Le petit déjeuner est un self à gogo, facile de se faire un bon doggy bag pour le déjeuner. Forts de ses provisions, nous partons à pied sans voiture, ni appareil photo (un peu peur de le  laisser sur le sable - Il se trouve que j'avais laissé ce dernier ouvert et qu'il était  déchargé, donc je n'aurais de toute façon pas pu prendre de photos...) et longeons la playa par le haut. De loin, je ne saurais dire si il y a du monde, mais je vois les alignements de chaises longues peu engageantes. Nous restons à distance. Nous quittons le chemin de corniche lorsque nous atteignons les célèbres dunes, seul endroit d'intérêt naturel. Et là, je dois dire, qu'à condition de s'éloigner un peu des zones peuplées, l'ambiance Sahara est au rendez-vous. C'est un désert de sable en miniature et il est assez facile d'imaginer la fascination que peuvent exercer les immensités à taille réelle. A chaque arrête des dunes, le vent les effilochait comme il le fait aux crêtes des vagues. (quelques photos de net....)

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Nous continuons à longer la côte, la plage/dune est interminable mais le drapeau est rouge. Vladimir se renseigne auprès d'une surveillante de plage: au delà du phare c'est plus abrité et on peut se mettre à l'eau. Nous continuons donc à longer l'océan, passons la zone naturiste séparée en deux (hétéro/gay, drapeau à l'appui !), nous devinons le baisodrome à l'arrière, puis arrivons au phare. Une belle bête de 56 mètres, un peu perdue parmi les complexes hôteliers et autres piscines... Nous arrivons enfin à une plage un peu abritée, mais il y a encore pas mal de vagues et je ne peux que faire trempette. Mais cette histoire nous a amené si loin que l'après midi est déjà avancé et que nous avons la flemme de traverser cette horrible ville (sauf à revenir aux dunes, un peu épuisantes). Un taxi, pour 4 €, nous ramènera !

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Un peu las des complexes urbains, nous allons un peu voir dans l'intérieur, en  suivant notre premier "barranco" (ravin), nom que portent ici toutes les  vallées tant elles sont abruptes. C'est notre première expérience de la montagne. Il suffit de quelques kilomètres pour que se déploie un paysage magnifique, désertique et vertigineux.

Au bout, un petit village, Fataga, me laisse une impression étrange. Après ces paysages complètement  exotiques, me voici dans un village qui pourrait presque remonter au Moyen-âge. Et cette épaisseur historique me fait prendre conscience de la particularité de cet archipel, sans doute le premier endroit du monde où les européens ont fait table rase des populations autochtones, dès la fin du XIVème siècle. Bref, c'est triste à dire, mais cet endroit est européanisé depuis si longtemps que ça se voit. Tout dit la vieille Europe, sauf les paysages... C'est ce côté "antinomique" qui me frappe d'emblée à Gran Canaria.

Il me reste à dévoiler, la raison "clin d'oeil" qui m'a fait penser à cette destination : plusieurs morceaux de luth écossais du XVIIème connus de tous les joueurs de clairseach, que je travaille à la harpe, et qui s'appelle "Canaries". Les airs seraient arrivé en Ecosse en transitant par la France...