kerdin Incipit : L'autre soir s'est passé sans crier gare un évènement depuis si longtemps envisagé, tellement fantasmé même, qu'il m'avait semblé de prime abord routinier avant que je prenne conscience qu'il était une première. Je travaillais à ma harpe, dans mon bureau, la porte bien fermée, alors qu'à l'exact opposé de la maison, dans son bureau à lui, Vladimir jouait du piano. Et alors, me direz-vous ? Rendez-vous compte qu'il y a dix ans, cette éventualité avait dicté les plans de la maison. Et c'était bien vu, nous ne nous sommes pas gêné mutuellement. Sauf que ça n'était jamais encore arrivé, pour les raisons que l'on sait et quine  tenaient qu'à moi. Vladimir ne manquait pas d'en exprimer parfois le regret, mais de moins en moins souvent, comme si l'idée elle-même s'étiolait. La harpe elle même, relèguée dans un coin de la pièce, arborait piteusement ses cordes cassées. (Il faudra que je revienne là dessus, les cordes qui cassent quand ça va mal...) Les seules fois où elle se faisait entendre, c'est quand une mouche se heurtait à l'une de ses cordes, ou lorsque j'éternuais.

Je me suis dit qu'en cette période de frénésie harpistique retrouvée, ce blog pourrait m'être l'occasion de refaire un peu l'historique de cet instrument dans ma vie, je ne sais encore sous quelle forme, chronologique ou non, mais je me lance.

Avant de m'aventurer dans le lointain passé, je voudrais revenir sur ce déclic que j'ai évoqué récemment. Je viens de faire un gros virement d'argent vers le Connemara qui marque le lancement officiel du projet. Je consacrerai plus tard un chapitre à expliquer quelle harpe je fais construire, quelle est son histoire et comment j'en suis venu à la choisir après une réflexion de 15 ans.

Je me suis donc surpris  à prendre une décision forte assez rapidement. Pas tant de m'y remettre (il y a actuellement deux harpes  disponibles à la maison, j'y reviendrai) que de faire faire un instrument historique et de consentir à la dépense que cela représente, anticipant ma capacité à en tirer quelque chose de valable, après plus de 10 ans sans pratiquer et en l'absence de professeur. C'est ce que j'appelerai le déclic.

A bien y penser, le déclic est peut-être moins instantané qu'il n'y paraît et il revêt, chose encore plus surprenante pour moi, des aspects semblables à celui qui me fit débuter l'étude de l'instrument il y a 23 ans : à savoir un coup de pouce du hasard sur un terrain préparé de longue date.

Le coup de pouce, cette fois c'est ceci :

DSC08162

La petite harpe nous a été prêtée pour notre pièce de théâtre où elle est l'accessoire du plus jeune de nos comédiens (15 ans à l'époque). Elle a elle-même son histoire (que je ne connais que depuis mars), puisqu'elle fut le premier coup d'essai d'un homme qui deviendra un luthier reconnu et qui fait notamment les harpes d'une harpiste capiste devenue star au Japon... Cette harpe a 34 ans.

Lassé d'entendre à chaque répétition le jeune comédien caresser des cordes distendues et désaccordées, j'ai proposé de prendre l'instrument chez moi pour y remédier. Pour qu'un instrument à cordes laissé en jachère si longtemps redevienne stable, il faut d'armer de patience et puis le miracle se produit et l'accord finit par tenir. Et à la tenir ainsi sur mon giron des jours et des jours, est née très vite entre elle et moi une relation amicale. Ce n'est pas un effet de style. C'est exactement ce qu'il s'est passé. Rien n'y prédisposait pourtant. Cet instrument est cordé en nylon, comme la plupart des harpes celtiques modernes certes, mais bien que désormais classique, cette sonorité n'est pas celle qui m'attire et ma technique de jeu ne s'y prête pas, normalement. Je n'ai néanmoins pas changé de technique - je n'en connais pas d'autres - et je constatai, outre que la petite voix fluettede la "nouvelle" ne me déplaisait pas, qu'une part de la sonorité qui me dérange dans la harpe moderne vient de l'attaque à la pulpe du doigt. L'attaque à l'ongle corrigeait beaucoup ce défaut. A y repenser aujourd'hui, plusieurs mois plus tard, il m'apparait que mon insistance à la prendre chez moi pour l'accorder, relevait déjà d'une envie souterraine dont je ne mesurais sans doute alors pas les conséquences: Le fameux déclic.

Quand le déclic a eu lieu et que je me suis tourné vers Internet à la recherche de vidéo pour réapprendre des morceaux et, au delà, réfléchir à un nouvel instrument, il m'est apparu que je savais parfaitement où aller. le chemin était tracé. En  effet, sans en parler à personne, cela faisait plusieurs années que j'errais sur Internet, lisant les sites consacrés à la harpe gaélique ancienne, regardant les vidéos, comparant les sonorités, suivant comme un espion les activités très confidentielles du petit monde de la clair*seach* dont j'avais connus certains des animateurs il y longtemps. Dans mon idée, je ne faisais rien d'autre qu'abreuver ma curiosité, voire ma nostalgie. En réalite, qelque-chose se préparait en sourdine, dans mon inconscient. Le déclic n'avait rien de fortuit malgré ses apparences, il attendait juste son coup de dé. J'ai depuis peu remplacé les cordes de ma harpe, je l'ai péniblement ramené à l'accord (ce qui est difficile pour le nylon l'est cent fois plus pour le bronze). Ce fut un choc, j'avais déjà pris des habitudes. La tension des cordes, la résonance du métal à dompter, j'avais oublié tout cela.

DSC08163

23 ans auparavant, j'avais commencé cet l'instrument dont je rêvais depuis l'enfance, sur un autre coup de dé, mais c'est une autre histoire.