Je voulais voir le sommet du mont Lozère, point culminant des Cévennes. Le paysage est l'antithèse du paysage cévenol classique, accidenté et entièrement couvert d'arbres. Ici, ce sont juste de vastes moutonnements qui semblent désertiques au sortir des forêts de l'étage inférieur. Mais le couvert végétal est bien présent, bien que ras, et m'est de surcroît, bien familier. Nous naviguons entre bruyères et myrtilles, et n'eussent été les boules plutoniques, nous aurions pu nous croire (un peu) dans les Monts d'Arrée. Ce qui apparaît vert fluo sur les photos, ce sont précisément les myrtilliers.

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Les chemins sont jalonnés de piquets de granit, qu'on nomme "montjoies" et qui balisent la route en temps de brume ou de neige (les deux abondant sur ces sommets). Silloner ces immensités sous un ciel aussi clément paraît assez anodin, mais des affiches recommendent un retour immédiat par temps de brume et encore au XXème siècle, des personnes y ont perdu la vie à ne pas retrouver leur chemin. C'est la raison des "clochers de tourmentes" [ah que cette expression me plaît], qui sont à la Lozère ce que les cloches de brume sont à l'océan. Nous y reviendrons la prochaine fois.

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Pour revenir aux montjoies, ils existaient déjà du temps de Stevenson lors de son voyage cévenol, dont je mets un extrait pour soeur Plume.

La piste que j'avais suivie dans la soirée disparut bientôt et je continuai, au delà d'une montée de gazon pelé,
de me diriger d'après une suite de bornes de pierres pareilles à celles qui m'avaient guidé à tarvers le Goulet.
Il faisait chaud déjà. J'accrochai ma veste au ballot et marchait en gilet de tricot. Modestine, elle-même
tout excitée, partit dans un trottinement cahotant qui faisait valser l'avoine dans les poches de mon paletot.
C'était bien la première fois que cela arrivait. La perspective à l'arrière sur le Gévaudan septentrional
s'élargissait à chaque pas. A peine un arbre, à peine une maison apparaissaient-ils dans les landes d'un

plateau sauvage qui s'étendaient au nord, à l'est, à l'ouest, bleu et or dans l'atmosphère lumineuse du matin...
...Presque du premier instant de mon ascension, un ample bruit atténué comme une houle lointaine avait
empli mes oreilles. Parfois, j'étais tenté de croire au voisinage d'une cascade et parfois à l'impression toute
subjective de la profonde quiétude du plateau. Mais, comme je continuais d'avancer, le bruit s'accrut et
devint semblable au sifflement d'une énorme fontaine à thé. Au même instant, des souffles d'air glacial,
partis directement du sommet, commencèrent de m'atteindre. A la fin, je compris. Il ventait fort sur
l'autre versant de la Lozère et chaque pas que je faisais me rapprochait de l'ouragan...

(Extrait de "Voyages avec un âne dans les Cévennes"  - Stevenson)

Pour frère Théodoric, une vue où l'on apperçoit le mont Gerbier de Jonc (derrière les éoliennes), où sourd son ruisseau favori, je crois.

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Un peu plus loin, au pied du pic Cassini se trouve la source du Tarn. L'idée de voir le lieu de naissance d'une grande rivière me plaisait. Pour nous y rendre nous empruntons une "route = chemin" "forestière = sans arbre" sans doute plus abritée et donc parmi des tapis de fleurs variées.

 

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Voici la petite dépression où nait le tarn. Il nait donc dans le granite, ce cours d'eau que j'ai vu en d'autres lieux escorté de hautes falaises calcaires...

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Fort curieusement, en redescendant du mont Lozère de l'autre côté (au nord) nous trouvons très vite un autre célèbre cours d'eau en son cours supérieur, le Lot (l'Ot à l'origine, même mot que l'Oust breton). C'est un autre monde, les feuillus remplacent les conifères, le paysage est fidèle déjà à l'idée qu'on se fait de la vallée du Lot. Nous sommes venus en ce lieu pour voir les ruines du château du Tournel, bâti à partir du XIIIème siècle et détruit lors des différentes guerres de religions. Il est situé sur un éperon rocheux et schisteux, schiste brun foncé dont il est lui même bâti. Je suis étonné de voir à quel point les murailles sont parfois construites à l'aplomb du vide...

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