Frère Vladimir et moi-même nous étant vu confier, par sa sainteté en personne, une mission de remise en ordre – le mot est faible – d’un petit prieuré perdu des Cévennes, nous nous mîmes en route en ce chaud mois de juillet pour un long voyage dont nous n’imaginions pas encore toutes les prolongations et les périples supplémentaires.

Je vous ferai grâce des détails du long voyage qui nous fit passer par la Vendée qui déjà, à la faveur d’une chaleur hors normes, prenait des airs de grand sud.

Notre arrivée dans les Cévennes se fit par le nord-est, contournant les inhospitaliers monts Lozère, et nous comprîmes assez vite la nature du terrain. Sœur Lolita nous avait aimablement avertis de la difficulté des routes, nous enjoignant d’éviter de passer par la paroisse dont dépend le prieuré (ce que nous aurions fait, inévitablement) pour lui préférer le col de Portes, bien protégé par son château, plus proche au final, de notre destination et offrant surtout une route un tantinet plus large et moins tournicotante.

Nous nous installâmes donc au prieuré au plus bas d’un village médiéval, au bout d’un raidillon qui ôta toute velléité à notre carrosse de s’y aventurer. L’ancien cloître abandonné, d’une architecture des plus simples, nous tint lieu de quartier général. Nous lui préférâmes en effet aux pièces obscures et exiguës du logis sa vue plongeante sur la vallée profonde, aux flancs équarris en terrasses où poussaient jadis le mûrier,ainsi que sur les montagnes bleues palissant vers la silhouette incertaine du Mont Ventoux. On vivait ici des châtaignes et du vers à soie.

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Le lendemain, un dimanche, notre première tâche nous attendait. Il s’agissait de récupérer au presbytère de Runes, une partie des archives du prieuré. Sachant l’entreprise aisée, j’y voyais déjà l’occasion de quelques escapades. Les récits et dessins de voyages m’avaient convaincu de m’attarder en certains endroits. Mais la route était longue jusqu’aux rebords du Mont Lozére. Il nous fallut traverser plusieurs vallées cévenoles et je mesurai alors tout à fait la nature de ce pays. C’est un relief en creux, constitué d’une multitude de vallées encaissées couvertes de résineux. Le châtaignier est résiduel. Curieusement, délaissé il recule, alors qu’en nos terres armoricaines, il se débrouille plutôt bien tout seul. Selon qu’on va vers le nord ou le sud, l’est ou l’ouest, la végétation change, le chêne vert apparaît et disparaît, la cigale chante ou se tait. On est au portes du « midi » et la région oscille. Néanmoins partout, l’hortensia est bleu ! Alors qu’on gravit les flancs lozériens, tout change. Le schiste sombre laisse place au granit, l’arbre aux landes et aux estives.

Nous faisons escale dans un premier village pour nous fournir en pain (qui sort à l’instant d’un four à bois). C’est l’occasion de voir le premier clocher à jours (celui d’une petite église romane) et les maisons en granit. Elles pourraient bien nous paraître familières ces maisons, mais l’appareillage est différent. On les dirait faites par des géants.

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 IMG_9502Sans tarder, nous nous rendons à Runes, mais avant d’entrer au village, nous nous permettons une escapade à la célèbre et toute proche cascade. Elle est encore bien en eau et le dénivelé est impressionnant (70 m). Et là, je dois confesser que nous fîmes une chose que notre état devrait nous interdire mais seul Dieu en était témoin et il ne vit rien qu’il ne connût déjà. La cascade est prisée des voyageurs, et l’endroit aurait dû être fréquenté. Mais il se trouve qu’à ce moment précis l’immense majorité de la population sacrifiait à un nouveau culte – dont nul n’ignore que je le réprouve – voire à un nouveau dieu de forme ronde. Grâce à cela, il n’y avait, hors nous, pas âme qui vive et nous pûmes nager dans le bassin de la cascade, entièrement dévêtus. Eau froide et revigorante.

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De là, il n’y avait qu’un pas pour rejoindre le village, au pied d’escarpements hérissés de formes plutoniques.

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Enfin libéré de notre mission, j’étais impatient de voir, non loin de là, le Cham des Bondons, petit plateau calcaire en bordure du massif granitique et en face des Causses Méjean. Ce n’était pas tant pour ses menhirs dont on dit qu’il y aurait en ce lieu la plus grande concentration après Carnac (mais tellement disséminés qu’on ne les remarque guère) que pour ces infinis herbeux et ondulant d’où émergent deux puechs marneux dont j’ai longtemps hésité à penser qu’ils étaient l’œuvre de la nature, enfin de notre Seigneur voulais-je dire. Le paysage était aussi particulier et grandiose que je l’imaginais. Nous nous lançâmes à la conquête du plus joli des puechs qui se laissa investir sans regimber. Nous ne vîmes bien sûr pas un chrétien en marche et il soufflait alors une petite brise tiède qui ajoutait au plaisir de déambuler dans ces immensités.

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