IMG-5333A l'occasion de mes recherches sur Bacharach, je trouve sur wiki cette petite fantaisie de 1855, signée Victor Hugo, décrivant le village :

« On dirait qu'un géant, marchand de bric a brac voulant tenir boutique sur le Rhin, a pris une montagne pour étagère, et y a déposé du haut en bas, avec son goût de géant, un tas de curiosités énormes : cela commence sous la surface du Rhin même. Il y a là à fleur d'eau un rocher volcanique selon les uns, un peulven celtique selon les autres, un autel romain selon les derniers. Puis, au bord du fleuve, deux ou trois vieilles coques de navires, coupées en deux et plantées debout en terre, qui servent de cahutes à des pêcheurs ; puis derrière ces cahutes, une enceinte jadis crénelée, contre-butée par quatre tours carrées les plus ébréchées, les plus mitraillées, les plus croulantes qu'il y ait ; puis contre l'enceinte même, où les maisons sont percées de fenêtres et de galeries, et au-delà, sur le pied de la montagne, un indestructible pêle-mêle d'édifices amusants, masures-bijoux, tourelles fantastiques, façades bossues, pignons impossibles dont le double escalier porte un clocheton poussé comme une asperge sur chacun de ses degrés, lourdes poutres désignant sur des cabanes de délicates arabesques, greniers en volutes, balcons à jour, cheminées figurant des tiares et des couronnes philosophiquement pleines de fumée, girouettes extravagantes... »

— revue magasin pittoresque 1855

Quelle n'est pas ma surprise de lire, en lieu et place du mot français menhir, le breton peulven (peulvan dans sa forme moderne). C'est très amusant car le mot français menhir, quoique composé des mots breton maen et hir, respectivement pierre et long, n'existe pas en tant que tel dans la langue bretonne. Pierre Hélias raconte même dans ses mémoires bigoudènes, Le Cheval d'Orgueil, que l'instituteur chargé d'inculquer la langue de Molière et d'éradiquer celle du roi Arthur (ou de Pierre Jakez Hélias, pourrait-on dire aujourd'hui) croit, en utilisant ce terme, faire un geste en direction de la plèbe et lancer son premier mot armoricain. Or, à sa grande déconvenue, aucun de ses élèves ne le comprend. C'est qu'en breton, on dit peulvan ou peulven. La toponymie regorge de noms où ce mot figure.

Je me suis alors dit qu'en 1855, le mot n'avait pas été forgé en français et que le grand Victor avait dû user de notre auguste vocable... Que nenni ! Le trésor de la langue française donne la date de 1807 pour la première occurrence de menhir, dans les Mémoire de l'Académie celtique. Je suis tout frétillant à l'idée d'avoir mis la main sur un hapax ! Pourtant le même trésor, et ma surprise est encore plus grande, mentionne comme synonyme "peulven "! Toutefois sans donner la moindre référence.

J'aurais volontiers conclu en disant que Victor Hugo, bien longtemps avant Goscinny, se plante en attribuant les menhirs et autre peulvanoù aux celtes, mais j'ai récemment aperçu des choses (où? quand?) remettant en cause l'origine exogène des langues celtiques en occident, auquel cas les planteurs de mégalithes auraient bien parlé breton. De là à dire que la potion magique a existé...

La vraie conclusion sera de recylcer une très vieille blague de ce blog, narrant l'histoire d'un anglais bigleux en visite à Carnac, croyant voir une armée pétrifiée de légionnaires bien  membrés, s'exclame : "there are beautiful men here !"