Ceux qui fréquentent les réseaux sociaux, même un peu en dilettante comme moi, n'ont pu passer à côté de ce déferlement de témoignages de femmes victimes de harcèlement, propos déplacés et autres désagréments d'ordre sexuel de la part des hommes.

Je regarde ça de loin, car chaque témoignage provoque des contre-attaques tellement affligeantes que ça me fait mal de les lire. J'ai donc assez peu de persévérance en la matière. Ça n'est pas la première fois que je constate ce phénomène de débridage de la "parole" et ça n'est pas ce qui m'effaie le moins dans cette quatrième dimension qui se nomme Internet que ce dégueuli sans entrave morale, sur bien des sujets, qui donne du genre humain, une bien piètre idée. (Et j'observe des personnes amies faire la police dans cette jungle, je trouve qu'il y a de quoi y perdre la santé mentale).

Je n'aime guère le mot-dièse sous lequel ces témoignages paraissent - dans cette langue vulgaire branchouille du moment qui m'agace - mais c'est un détail.

L'essentiel est que toutes ces histoires racontées ou évoquées me laissent, à chaque fois que j'en lis des bribes, abasourdi.  Comme s'il y avait un insoupçonnable morceau d'iceberg immergé. Non que j'ignorais que tout cela existât mais cela donne l'impression - exagérée ? - qu'aucune femme, à un degré ou à une autre n'a pu totalement échapper à cela dans sa vie. Il est vrai que j'ai un peu vécu autrefois "à l'ombre" d'un traumatisme de cet ordre mais je le considérais plus comme un cas particulier que comme un symptôme de la généralité. Bref, ça me tourne dans la tête.

Et les questions sont innombrables. En voici quelques unes : A quoi cela tient-il? Y a -t-il une minorité d'hommes tellement active dans ses agissements qu'elle assombrit l'image de l'ensemble, ou ce type de comportement est-il majoritaire? Pourquoi les femmes - en dehors de situations hiérarchiques - mésestiment-elles leur puissance de réaction?

Soudain m'est revenu en mémoire la seule chose qui me soit arrivée, assimilable à certaines histoires que je lisais. C'était une fête, je chantais -  Fromfrom était assise à côté de moi ! -, et, assis de l'autre côté, le copain d'une de mes élèves, beaucoup plus âgé qu'elle et sans doute passablement éméché. Alors que sa compagne était dans les parages, il met sa main sur ma cuisse et remonte fermement et sans hésitation vers mon entrejambe. Je saisis sa main avec la même fermeté et l'ôte de là. Tout cela en chantant. Personne n'a rien vu. Car c'était là ma pire crainte, que mes élèves s'en rendent compte. Pourquoi a-t-on un peu honte de ce qu'un autre fait? Sans doute le fait que nous ayons été tout deux du même sexe, et que la situation ait été pour moi exceptionnelle, m'a rendu la chose plus risible que traumatisante. Sans doute aussi n'eût-il pas osé en faire autant dans une situation où je n'aurais pas manqué de me défendre un peu plus ouvertement. Mais voici un autre sujet d'interrogation : quel plaisir tire-t-on d'un contact physique dont on voit qu'il répugne à l'autre?

Quoi d'autre? Une fois sifflé (il y a longtemps je vous rassure) par un mec qui était dans un groupe de filles sur une plage dont j'entendis les commentaires (louangeurs) sur ma personne. J'en fus alors flatté. Le siffleur était très beau mec. Est-on alors aussi impartial?

Sur la même plage, un autre, vieux cette fois à mes yeux d'alors, m'aborde en plein midi alors que je suis seul sur ma serviette et me demande si je veux un bon repas au resto ! Je ne doute pas de la façon dont il aurait voulu que je montre ma reconnaissance. Rien de traumatisant, mais ce fut un peu plus troublant de s'imaginer soi-même achetable à si vil prix. 

Voila, c'est tout. Tout le reste est assimilable à de la drague de bon aloi. Mais d'autres hommes pourraient raconter des histoires plus conformes à ce que ces femmes nous racontent, de pression sexuelle dans des situations de hiérarchie professionnelle.  Statistiquement négligeable sans doute...

Ces petites anecdotes me sont revenues pour essayer de mieux de réprésenter ces situations décrites, mais elles ne sont sans doute pas transposables car non sous tendue par la conviction de supériorité d'une sexe sur l'autre, si étrangère à ma façon de voir l'humanité et dont je me rappelle de l'avoir découverte stupéfait, dans les propos de mon frère aîné.