IMG_1300 Il est difficile de parler de la cathédrale de Strasbourg avec la même fraîcheur virginale que de celle de Metz tant sa silhouette est connue, même des profanes. Il semble que ce soit la seconde cathédrale la plus visitée de France après celle de Paris. L'origine de ce succès? Sa façade gigantesque sans doute (la plus haute façade médiévale), son horloge astronomique peut-être aussi. Car son modèle intérieur, la basilique de Saint Denis où était né l'art rayonnant, dont elle reproduit assez fidèlement les traits, est loin de connaître le même succès - il est vrai que la ville environnante n'a pas les charmes de la capitale alsacienne - encore que le chantier pédagogique de reconstruction de la tour dionysienne risque peut-être changer la donne.

La cathédrale est un édifice très composite, avec:

un choeur encore roman

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un transept gothique primitif qui a des dispositions très originales (pilier central) dont je situe mal l'origine pour l'instant,

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une nef de style rayonnant français

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 un grand massif occidental enfin, lui-même résultat de multiples campagnes de constructions et repentirs entre la fin du XIII et la fin du XVème et où s'affirme au fil du temps et de son émancipation, un style assez caractéristique du monde germanique.

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Et au fond, assez fidèlement à ce qu'elle est, l'impression qu'il m'en reste est aussi composite. Je suis allé voir Strasbourg avec plus de curiosité que de conviction préconçue. Voici un peu pèle-mêle, les réflexions que je me suis faites.

Il est assez peu commun de voir une grande nef gothique donner sur un choeur roman. L'inverse est plus fréquent et il y a même de prestigieux exemples : la belle nef romane du Mont Saint Michel ouvrant sur le choeur flamboyant de l'abbatiale, la nef protogothique mancelle prolongée par un des choeurs les plus élégants de toute l'architecture ogivale, l'obscure nef de Redon éblouie par le seul choeur rayonnant de Bretagne et j'en oublie sans doute. Cette combinaison, bien-sûr due aux aléas de l'histoire, m'a toujours séduit. Il semble aller de soi que la progression vers le sanctuaire se fasse du plus sombre au plus lumineux, du plus ramassé au plus élancé. Je redoutais un peu la configuration de Strasbourg ayant toujours considéré qu'aucune abside romane n'avait jamais été vraiment convaincante. Eh bien, cela m'a plutôt séduit, et j'en suis venu à la conclusion que j'aimais le choc des deux styles, dans un sens ou dans l'autre et l'impression n'était guère différente de celle - saisissante - qu'on ressent en entrant dans la cathédrale de Tréguier par le transept sud, élancé et très éclairé, et que le regard bute sur les arcades romanes de la tour Hasting, au nord. Par contre, l'absence de déambulatoire, qui bloque la progression au delà transept et entrave la circulation, ma cause une frustration.

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 IMG_1015Dans le même ordre d'idée, j'aurais volontiers imaginé que l'extrême largeur d'une nef gothique aurait nui à sa verticalité et donc à son charme. Pensez, la nef de Strasbourg est large de 16 m, autant que Chartres certes qui est elle même un phénomène en la matière, mais cette dernière est plus haute. La hauteur est ici de 32m, le ratio est facile à calculer. Cette largeur inaccoutumées a les mêmes origines que Chartres, la réutilisation des fondations d'un large édifice antérieur. J'avais noté la même chose à Metz, mais avec 42 m sous voûte, cela sautait moins aux yeux. Eh bien, une fois de plus, ce fut une bonne surprise, l'architecture dionysienne délicate (j'ai l'impression que les retombées sont quand même moins gracile à Strasbourg, mais je dois vérifier) s'acommode finalement bien de ces proportions inédites.

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Il faut signaler des chapelles du XIVème tardif, qui par leur style, nous font loucher vers Prague...

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Un autre détail est à mettre au crédit de la cathédrale, la couleur de sa pierre. Metz était d'ocre jaune, Strabourg est d'ocre rouge (rose, dit-on). Les calcaires du bassin parisien dont sont faites tant de cathédrales paraissent bien blafard parfoi, surtout sous un ciel gris. Le grès des Vosges, sans conteste, ajoute un rehaut à la dentelle de l'architecture.

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Dentelle, le terme est galvaudé, mais force est d'admettre, qu'il s'impose pour parler de la grande façade, très festonnée et in-dentée et même, sur une bonne partie, dédoublée d'un réseau d'interminables colonnettes dites - et le terme semble avoir été inventé rien que pour Strasbourg - harpées. Et il est vrai qu'on se prend de l'envie d'y faire glisser ses doigts. Cette façade, on a mis très longtemps à la construire et elle illustre au mieux à quelle point l'art germanique, longtemps rétif au gothique, s'empare soudain des gracilités du rayonnant, pour développer à l'extérieur des églises un parti pris décoratif unique, qu'on pourrait parfois trouver excessif, mais dont les formes sont toujours d'une grande élégance. Voyez comment ce faisceau de pinacles jeté au dessus du grand portail, semble vouloir prolonger au devant de la grande rose, le dédoublement diaphane de la façade. On notera que cette façade est sans vrai rapport avec l'église qu'elle précède. Un narthex IMG_1098bien plus haut que la nef, permet d'exhausser la rose à des hauteurs amienoises, plus en rapport avec l'ambition du massif occidental.

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Ce dédoublement apparaît aux historiens comme une étape dans l'architecute gothique. Strasbourg devient un chantier moteur des évolution stylistiques après avoir copié l'opus francigenum. Eh bien, malgré une foultitude de détails exquis, malgré une hauteur vertigineuse inégalée, la façade de Strasbourg, parce que le plan d'origine a plusieurs été modifié sans doute, m'apparaît comme un empilement mal proportionné. En détailler les raisons prendrait trop de place ici, je vous laisse comparer le plan B d'Erwin von Steinbach (1), projet initial, et un dessin de la façade actuelle avec une deuxième flèche (2)

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Le sommet de la flèche ne m'a jamais ravi mais je dois reconnaître que ce génial empilement donne du fil à retorde à l'analyse.

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Concernant la sculpture, le portail du transept sud, le plus ancien, était invisible. Ceux de l'ouest, dont certaines statues sont très célèbres (le tentateur et les vierges folles, l'église et la synagogue) datent de la fin du XIIIème ou début XIV ème (?) et sont d'un style qui a déjà beaucoup évolué par rapport aux portails classiques dont is s'inspirent (Paris, Reims, Amiens...). On voit les corps s'incarner de plus en plus, et un relatif réalisme envahir les saynètes. Cela donne une certaine truculence à cette statuaire abondante mais concernant les statues en pied, cette agitation et ces déhanchements me font regretter  la monumentale sobriété de leur aînées.

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Plus anciennes, car datant de  la fin de la première campagne gothique (transept sud), sont les célèbrissimes statues du pilier des anges, dont le style est originaire de l'Île de France, mais dont la nécessaire adaptation au support a modifié certains paramètres esthétiques.

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Plus trivialement, je ne suis pas sûr d'avoir totalement goûté aux charmes de la cathédrale, à cause de la foule. La foule à l'extérieur, bruyante, parasitant un plenum inespéré des cloches (le plus bel ensemble campanaire de France quand même), la foule à l'intérieur surtout et, pire encore, le parcours obligé, balisé de barrières, imposant les angles de vues, le sens de la visite, interdisant toute flânerie et déambulation aléatoire. Au micro, comme dans les églises italiennes, une voix rappelant la consigne de silence régulièrement, avec raison sans doute, mais avec une hargne qui annihilait le peu de sérénité résiduelle dans le grand vaisseau.

Nous revenons en toute fin d'après midi pour faire l'ascention de la façade alors que la foule s'étiole. C'est la seule façon d'en profiter.

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La cathédrale partage avec St Pierre de Rome la fait d'avoir une petite maison au sommet.

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Sans titreL'ajourement virtuose du gothique germanique fait des escaliers, habituellement éclairés d'étroites meurtrières, de vraies cages de pierre.

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On mesure de là aussi, l'élongation extrême des colonnettes et la profusion des pinacles...

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D'en haut je vois ce sommet de la Forêt Noire d'où j'avais pris la photo de la cathédrale au loin !

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Après dîner, nous revenons pour le spectacle de mise en lumière de la cathédrale.

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