IMG_0486bis Pendant longtemps Metz ne fut, à mes yeux, comme bien des villes de France je dois dire, qu'une cathédrale. Elle en était ce que le visage est à l'ensemble du corps humain. Mais je dois confesser qu'à part cet édifice hors pair, la ville ne me tentait guère et j'imaginais volontiers l'église géante se dresser au dessus d'un ensemble sans charme, à l'instar de Notre Dame d'Amiens, la belle aux yeux gris, dont Saint Etienne est l'outsider insoupçonné.

Ce fut jusqu'à ce que j'entende la douce voix du regretté Jean-Marie Pelt vanter les charmes de sa ville natale (qui est celle de Verlaine aussi). Cela suffit  à me la rendre désirable. Et en vérité, baignée d'une chaleur quasi méridionale, elle m'apparut fidèle aux dires du botaniste.

Saint Etienne, ça n'est pas rien. Il me reste bien sûr, malgré mes voyages sur les traces du gothique, bien des cathédrales à découvrir, qui me réservent autant de surprises, mais Saint Etienne c'était la dernière qu'il me restait à voir de mon panthéon personnel. Et la curiosité - le mot est faible, Vladimir peut témoigner de mon état nerveux quand je parcours les derniers mètres qui me séparent d'une cathédrale inconnue - était d'autant plus grande qu'elle ne figure pas au panthéon "classique". (absence de grande façade et donc d'une grande programme sculptural? construction étirée dans le temps?) Car depuis mon enfance, chaque fois que je vois une photo du vaisseau messin je suis frappé par les singularités qui la séparent de ses grands modèles mais saisi aussi par sa majesté. Alors?

Il en est des cathédrales - et je sais cela depuis bien longtemps - comme des gens. Certaines sont photogéniques, d'autres ne le sont pas. Je ne me suis jamais vraiment remis de ma déception à Coutances - une de celles sur lesquelles je misais le plus -  dont je continue à savourer les représentations. Combien d'autres à l'inverse m'ont pris au dépourvu dans l'art de la séduction, au delà de toute attente, comme les cathédrales anglaises dans leur globalité.

 

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 IMG_0449 Alors? Et bien ce fut un ravissement total! Et ce que je vis était fidèle à la représentation que les images avaient permis de m'en faire. Le grand vaisseau m'enveloppa de cette sensation que seules les plus belles réalisations du gothique me procurent, d'être dans un espace régi par ses propres lois, aérien et vibrant.

Il y avait bien sûr la hauteur, proche d'Amiens, mais avec une plus grande largeur elle semblait moins verticale sans pour autant, et ça je ne l'explique pas, perdre de son élan. Une sorte de générosité dans le gigantisme. Cette largeur innacoutumée, elle la partage avec Strasbourg et pour les mêmes raison : traditions architecturales de l'Empire.

Le rapport hauteur largeur est loin d'être la seule variable, faute de quoi l'écriture architecturale serait bien limitée dans son expression. Metz cumule un certain nombre de singularités. On notera une retombée des voûtes bien basse, d'où ce caractère enveloppant, j'ai envie de dire maternant, du couvrement.

coupe Mais plus essentiel est le rapport des trois étages. Le bas côté - et donc les arcades sur piles - est vraiment très bas. Ce qui laisse un espace réellement démesuré au triforium et à la claire-voie. Le triforium étant vitré (les travaux datent d'après 1240) l'étage clair occupe les deux tiers de la cathédrale. Si l'on associe à cela le fait que les façades des transepts sont elles aussi vitrées presque de haut en bas (ayant sans doute les plus grand fenestrages gothiques du monde) on obtient la plus grande surface de vitraux du Moyen-Âge! D'où ce joli surnom qu'elle porte de lanterne de Dieu.

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Cette combinaison de particularités n'est pas le fruit d'un projet cohérent mais bien le résultat d'une histoire mouvementée. Si les piles sont si basses, c'est que la cathédrale avait été conçue plus modeste et selon un schéma différent. C'est lors que la seconde campagne de construction que le projet fut revu à la hausse (au sens propre!) et révisé stylitiquement aussi, emporté qu'il fut dans le tourbillon du conquérant gothique rayonnant français. Les voûtes ne sont posées qu'au XIV ème siècle. Ce surhaussement explique sans doute la corniche au dessous du triforium (pour épaissir l'assise), et aussi le bandeau inhabituel de drapés et de feuillage au bas des fenêtres (pour gagner encore de la hauteur murale). Bref, ce magnifique effet résulte de bien des contingences...

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Une autre bizarrerie est l'emplacement des tours. Il m'a fallu fort longtemps pour comprendre cette affaire. La partie ouest de la cathédrale était une autre église (Notre Dame) et les tours s'élèvent là où s'arrêtait la cathédrale proprement dite. Mais ce second édifice a été intégré si parfaitement à l'église épiscopale qu'on a peine à imaginer qu'elle furent deux, qu'une cloison les séparait et que le sol avait un niveau différent. Plus curieux encore, cette Notre Dame était ronde et son axe était perpendiculaire à celui de Saint Etienne. Là vous n'y comprenez plus rien, mais grâce à un passionné de la cathédrale qui tient un blog, je peux vous montrer ceci :

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Quelques traces témoignent de l'intégration de Notre Dame la Ronde: les quatre piles rondes des premières travées, le choeur susistant de l'ancienne église ronde qui semble "éventrer " le bas côte de la cathédrale, le porche sud en lèger biais et le porche nord qui est l'entrée principale de l'ancienne Notre Dame.

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Pour tous ceux qui s'y perdent voici une petite animation, tirée du même blog, retraçant l'évolution du chantier au XIIIème.

Par un curieux concours de circonstances (à moins que mon inconscient n'ait guidé mes choix de destinations) le thème des églises rondes va me poursuivre durant tout le voyage, ce qui statistiquement, quand on court les églises gothiques, a peu de chance d'arriver et pourtant...

Les parties orientales sont plus tardives (fin du Moyen-âge) mais les bâtisseurs ont tâché à ne pas compromettre l'unité de l'ensemble en sacrifiant à la mode du temps. Des détails trahissent la période flamboyante, comme la voûte ou la transformation de la frise sous les fenêtres, déjà évoquée, en d'autres motifs. Cet art de changer sans en avoir l'air est très médiéval et m'a fait inévitablement penser à Quimper (dans le rapport de temps inverse entre nef et sanctuaire).

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Deux particularités de ce choeur contribuent à l'aspect général intérieur : 1/ l'abside est à trois pans (comme en Bretagne) d'où un rond point partagé entre trois grandes baies au lieu des cinq ou sept du gothique classique, 2/ le choeur est très peu profond, selon la tradition qui prévaut dans l'Empire jusqu'alors et à l'inverse du gothique français: cela a pour effet de créer visuellement un espace presque indifférencié entre choeur et transept et quand on se tient à la croisée l'oeil balaye d'un coup l'ensemble de l'abside et des croisillons (surtout leurs immenses verrières) et l'effet cage de lumière est à son comble.

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Au nord de la cathédrale se trouvent deux portails (les autres sont néo-gothiques) dont l'un était la porte avant de N.D. La Ronde. Si les grandes statues en pieds ont disparu, les soubassements sont entièrement sculptés de saynètes dont d'incroyables bestiaires mêlant animaux réels, humains et chimères...

 

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Cette impressionnante surface (plus de 6600 m2, dépasse mon jardin !!) vitrée a donné du travail aux artistes de tout temps, de Hermann de Munster (XIVème)

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à Chagall, plus près de nous.

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IMG_0371 Même en l'absence d'une façade harmonique (les tours sont grandes mais peu aux proportions de la cathédrale géante), l'extérieur est d'une grande beauté, et sa belle pierre à la couleur chaude n'y est pas pour rien. La tour sud dit de la Mutte est le beffroi de la ville et n'a jamais appartenu à la cathédrale. Son bourdon s'est tu après avoir sonné l'armistice de la Grande Guerre jusqu'en 2015 car ses vibrations mettaient la flèche en danger. De là à dire que la Mutte a été muette...

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IMG_0257 Elle se reflète dans la Moselle, que nous retrouveront bien plus tard pour une autre cathédrale.

J'ai découvert les cathédrales, étant enfant, en noir et blanc. Non que je sois si vieux que ça, mais je récupérais des images d'ouvrages anciens, et les livres d'histoire de l'art montraient encore de ces belles héliogravures en noir et blanc. J'en ai gardé le goût. Metz fait partie de celles dont j'ai tout de suite pensé que le monochrome leur siérait.

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Il y a d'autres églises à Metz dont une importante abbaye gothique, qui hélas était fermée (qui a dit ouf ?).

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Je n'ai pas vu de maisons médiévales mais été impressionné par le quartier impérial du deuxième Reich dont les bâtiments sont d'une architecture très spécifique. (Néo Moyen-âge germanique fantasmé...)

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La ville de J.M. Pelt met les plantes à l'honneur un peu partout, notamment dans cette exposition de villes futuristes végétalisées.

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J'ai aimé l'acérolienne (j'ai inventé le nom).

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Avant de quitter la ville, le lendemain, nous allâmes jeter un oeil à la porte des Allemands, châtelet fortifié médiéval (XIII-XVème) avec espace intérieur assez unique. 

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Nous quittâmes  Metz avec une autre (beaucoup plus) célèbre cathédrale en ligne de mire, mais de même qu'entre deux verres de bon vin, il faut se rincer la bouche, nous fîmes un pause pour les yeux outre Rhin.