Le deux avril au soir, je dois me rendre chez le médecin pour lui faire examiner un problème dermatologique qui me gêne et m’inquiète depuis longtemps. Mais dans les heures qui précèdent et durant la visite, je suis pris d’un mal de dent assez étrange, à la racine d’une molaire pourtant dévitalisée et couronnée, qui se déplace ensuite à l’extrémité de la rangée de molaires correspondantes, comme le ferait, j’imagine, l’éruption d’une dent de sagesse. Je ne dis mot au docteur de cela, anticipant déjà un  rendez-vous avec gentil-dentiste-sur-baie. Le souci qui m’amenait s’avèrera n’être rien d’autre que des verrues. Rendez-vous est pris avec le dermato le 11 mai, prémuni de quelques tests de dépistage pour vérifier que cette pullulation n’est pas liée à quelque maladie. C’est moi qui insiste pour élargir l’éventail des tests.

Arrivé à la maison, la douleur dentaire migre aussi rapidement que de manière inattendue dans la gorge, toujours du même côté. Quand je me mets enfin au lit, j’ai 39°, ainsi que la nuit suivante. Je passe deux jours du long week-end de Pâques alité, ces trois jours qui devaient, selon mes calculs statistiques, me permettre de terminer l’œuvre jardinière. Le lundi, à la faveur d’une embellie, je retrouve bêche et sacs à fougères.

Le lendemain, après une heure et demie de route, je me gare pour prendre le café rituel du mardi chez une amie. J’ouvre la portière mais j’ai du mal à m’extraire à cause d’un mal soudain au genou. Même sensation que lors d’un épanchement de synovie, contracté à force de jardiner dans mon ancien chez-moi. La douleur est la même, en intensité et en texture, j’ai la même sensibilité du genou au toucher. La comparaison s’arrête là, car dans les jours qui suivent, la douleur, au lieu de perdurer ou s’estomper progressivement, va, vient, le droit, le gauche, les deux. Parfois elle se transforme, pour attaquer mes tendons d’Achille. A plier difficilement les genoux ou les pieds, on comprend que mettre un pantalon n’est pas acte si anodin que cela. Le mal de gorge revient ensuite, de l’autre côté, d’abord à l’extérieur de la gorge, puis ensuite entre dedans. J’ai de plus en plus l’impression d’être parcouru par un alien. Dans ces moments là, la grosse fièvre qui accompagnait la première attaque, est devenue un petit accès régulier, le frisson de 20h00, va-t-on dire. Les coups de fatigue sont de plus en plus fréquents aussi. Un verre de vin peut m’abattre ! Le soir du 16 avril, nous allons au resto alors que je ne suis pas trop sûr de moi, mais tout se passera bien. Car, une autre caractéristique de mon état est d’être en dent de scie, je travaille sans problème, je jardine, je me ballade, et puis le soir, fièvre, fatigues, sensations étranges.

Juste avant de partir pour Belle-Ile, je vais voir mon médecin, un peu déconcerté par la variété des symptômes. Il me prescrit une nouvelle batterie de recherches sanguines. Je n’avais pas encore fait les premières, prévoyant que la liste s’allongerait. Je pense toujours à ces détails techniques. C’est donc muni de deux ordonnances que je me fais tirer le sang. C’est un mercredi. On me propose, à condition que je paye le timbre, de m’envoyer les résultats. Je les trouverai ainsi samedi soir, au retour de l’île et pourrai prendre un nouveau rendez-vous dès lundi. Le premier jour à vélo, à Belle-Ile, me semblera une épreuve, couronnée d’un accès de fièvre grelottante le soir. Les deux jours suivant, le corps répond mieux, mais je suis toujours dans la crainte qu’il me joue un sale tour. Et le samedi, rien dans la boîte. Ni lundi. Le mardi matin, en allant au boulot, je m’arrête au laboratoire : je m’entends répondre : en cours, ce n’est pas fini. Pensez-vous qu’on m’aurait tenu informé d’un problème quelconque ? La secrétaire, se lève, va discuter dans une arrière salle, revient, me fait passer derrière le guichet d’accueil et me dit d’attendre là. Mon ventre commencer à se nouer, qu’y a-t-il donc qu’ils fassent tous ces salamalecs ? Je désobéis, quitte mon poste d’attente pour admirer à travers les grandes vitres, le fin feuillage d’un érable du japon. Quel meilleur baume, aux instants de détresse ? Au bout de 10-15 minutes, un homme me donne une enveloppe : vos résultats ! Voila des analyses vite terminées, pensai-je. J’ai une demi-heure de retard au boulot. Je téléphone au médecin : une semaine de vacances. A partir de ce moment là, alors que mon état ne s’améliore pas, que les choses traînent en longueur, je déprime et j’angoisse. Plus de trois semaines que je ne vais pas bien et rien ne bouge. Je ne pourrai voir mon docteur que la semaine suivante, en attendant, j’étudie moi-même mes résultats. Je m’aide d’Internet, car si je connais les affections recherchées, j’ignore, pour certains, le nom des tests. Je découvre déjà, que dans sa précipitation, le mec du labo, ne m’a donné que la moitié des résultats ! (J’aurai la suite par courrier, normal, j’avais payé un timbre pour rien ! – Remarque bigoudène.) Mais il y autre chose de bizarre - dont je comprendrai plus tard que c’était la raison pour la quelle ils ne voulaient pas me donner les résultats ! – pour l’une des maladies recherchées, celle là même rajoutée à mon insistance, un test est positif, l’autre négatif. J’apprendrai qu’on interprète cela soit comme un début d’infection, soit comme une trace d’une maladie contractée et soignée incidemment par le traitement d’une autre – vous suivez ? - . Décision est prise de refaire les tests, avec 10 jours de plus, si c’était une primo-infection, les deux tests devraient alors être positifs. Comme nous sommes le vendredi soir après 19h00, impossible de prendre rendez-vous pour la prise de sang tôt le lundi matin avant d’aller travailler. Le médecin me donne un jour d’arrêt de travail pour faire tranquillement le test. C’était prémonitoire, car lundi je n’aurais réellement pas pu aller travailler. Dimanche soir le mal de gorge  qui s’était fait oublier, revient accompagné de ganglions au nombre croissant. 17h30, Vladimir part pour 15 jours. 3h30 du matin, je me réveille, ma gorge est trop prise, j’ai l’impression d’étouffer, insomnie. Que le lit (neuf de quelques jours !) peut d’un coup, paré qu’il était de tous les charmes, lieu de plaisir, de confort, de sécurité, faire figure de monstre angoissant quand on est malade et qu’il n’évoque plus rien d’autre qu’insomnie, délires fiévreux et suées ! Mon jugement est altéré, la position allongée me terrorise, toutes mes vieilles hypochondries renaissent. J’erre d’une pièce à l’autre, je me rase. Lundi prise de sang. (Est-ce que c’est parce que nous regardons la série Trueblood en ce moment ?). Trois tests sont demandés pour traquer la maladie mystérieuse. L’un d’eux sera fait à… Lyon ! Résultat vendredi ou lundi. J’ai de plus ne plus de mal à manger, lit ou canapé sont les deux seules options. J’élabore toute une stratégie pour la nuit : dormir assis, penser à des images positives de lit. Demi-succès. Je dors cinq minutes, me réveille dans l’urgence pour boire (dessèchement insupportable de la bouche) et ainsi de suite. Petits problèmes délirants à  résoudre pendant chaque tranche. Toute la nuit comme ça, contrôle au réveil à l’appui. Mardi matin, tête déjà déformée par les ganglions, j’appelle le labo pour m’assurer que les tests (sauf celui de Lyon) me seront donnés l’après-midi car j’ai rendez-vous ce matin. Oui, me dit-on. Ouf. Mais quand je me déplace quelques heures plus tard, c’est pour m’entendre dire : non, Monsieur Karagar, c’est en cours. Là, je pète un plomb et j’hurle (enfin, autant que ma pauvre gorge me le permet). La secrétaire part en courant et va chercher le patron. Qui me ressort la vieille rengaine. Rien n’y fait, on ne me donnera rien, mais j’apprends que les tests sont de nouveau contradictoires.

Ce matin je dis au médecin de les appeler et il obtient qu’on lui faxe les résultats, ceux là même qu’on me refusait la vieille !

Explosion des défenses immunitaires confirme l’état de ma gorge : une terrible angine. Pour la première fois en un mois, je repars de là avec un traitement, quelque chose à faire.

15h30 : retour de Vladimir, vive les intermittents du spectacle grévistes.

20h00 : Pas raisonnable du tout, mais avec l’aide de Dame K. et malgré les yeux noirs de Vlad, club de lecture à Quimper pour me faire incendier. Mais je ne peux pas manquer ça, et osera-ton tirer sur l’ambulance ? D’ailleurs, j’apprends qu’une des nouvelles du livre sera étudiée dans un Institut Français en Allemagne. Rigolo, non ?