J’ai monté les deux marches qui mènent à la cuisine, me suis tourné et accoudé au bar qui ne sert pas de bar. Et puis j’ai regardé l’espace indivis dont seul le sol dessine les différentes cellules. J’ai foui du regard les moindres recoins, attribuant à chacun une spécificité, une ambiance comme si l’œil était neuf. Quand j’y suis seul, la maison me parait beaucoup plus grande, et différente aussi.

J’ai en tête un sujet pour le blog. Je suis étonné quand surgissent encore des sujets de dissertation, persuadé que je suis d’avoir tout épuisé ici même. Tête lourde, fatigue, j’écrirai au lit.

J’ai toujours écrit ma prose, à l’exception des textes très courts, dans un dossier de mon ordinateur avant de la transférer sur le blog. En conséquence, tout ce que j’ai posté se trouve dans mes documents. Chaque fichier s’est vu attribué le nom de mes blogs successifs, sauf le premier que, dans l’ignorance de ses successeurs, j’avais nommé « blog ».

J’allais cliquer sur l’icône « En alan ar meurvor » quand la souris a dévié si bien que j’ai ouvert le premier blog. Je me suis amusé à relire les premières lignes des premiers textes. La première chose qui m’a frappé est le style. J’y ai reconnu toute de suite la « façon » du début, très caractéristique et qui n’est plus la mienne d’aujourd’hui, me semble-t-il. Si l’on excepte les trois premiers textes, premiers pas hésitants, les articles réguliers commencent en juin 2005. Autour du 24. Premier commentaire de Mme K. aussi, ce jour là.

J’y évoquais, succinctement, ma deuxième entrevue avec Vladimir qui était sa première visite en Bretagne aussi. J’ignorais alors tout de ce que cela allait devenir. C’est étrange de relire ces lignes avec le recul. Difficile d’imaginer que le narrateur ignorait la suite de l’histoire. Je lui trouve une sorte d’aplomb à raconter tout cela comme s’il ne doutait pas que cinq ans après il en parlerait encore. Ca me semble hier aussi.

Le blog est né à raconter cette histoire naissante. Je suis étonné à l’idée d’avoir livré tout cela presqu’en direct à des lecteurs. Vu d’aujourd’hui, ça me semble presque saugrenu. Mais quelle chance d’avoir tous ces détails pour pallier aux absences de la mémoire.

Quand le blog aura cinq ans, ce sera donc deux anniversaires conjoints.