Pour la deuxième fois cette semaine, je me rends dans cette petite commune que mon trajet quotidien effleure. Mercredi soir, j’y étais pour rencontrer une troupe de comédiens amateurs pour essayer d’en débaucher quelques uns. [Ce soir deux jeunes gars se présentent à moi me déclarant qu’ils veulent bien faire des ouvriers constructeurs de cathédrale. Je les imagine déjà en tunique médiévale…]. Aujourd’hui, j’y vais faire une émission de radio sur mon dernier bouquin. C’est l’occasion pour moi de rencontrer mon « ex guitariste » que je n’ai pas revu depuis cinq ans. C’était dans une cafétéria à midi et je lui annonçais que j’étais homo. C’était la période où je donnais ma nouvelle carte de visite à mes amis. Et de sa réaction, je me souviens très bien, car elle était unique, il était plié de rire !

La journaliste est aussi une vieille connaissance. C’est une ancienne élève. Elle a quitté le bateau, il y a bien longtemps, à cause du capitaine. Je lui donne mon sentiment sur le capitaine.  Elle émet un long soupir de soulagement. Elle croyait être la seule à penser ce que tout le monde pense…

Il y avait autour d’elle des pages et des pages noircies de notes. A ce niveau là, ça n’est plus du journalisme, c’est une maîtrise de littérature ! Elle reconnait avoir bossé comme un dingue depuis plusieurs jours, s’être même efforcée de retrouver les techniques d’analyses littéraires apprise en fac de lettres où elle fit ses études. Vous imaginez que je me sens honoré d’un tel sérieux et même, du coup, intimidé. Mais c’est elle qui m’avoue son trac avant de commencer. Je m’avance à lui dire qu’il n’y a aucune raison à cela et elle me rétorque qu’elle se retrouve dans la posture de l’étudiant du « Retour du vieil homme » (est-ce l’effet de ma barbe de cinq jours où pointent des poils gris ?) face à son professeur. Jolie mise en abyme qui augure d’une belle interview. Et en effet, quel cadeau qu’une pareille lectrice. La foison de ses notes perturbe un peu – elle en conviendra elle-même – la marche de l’interview qui aurait dû être plus globale (mais elle pourra corriger cela au montage j’imagine) et en même temps quel plaisir d’avoir à faire à une radio associative où les entretiens ne sont pas encore formatés.

Elle a vu énormément de choses, remarqués des détails, saisi mes intentions, fait des liens dont je n’avais pas conscience, bref le bonheur. Et puis, aussi, on n’a pas tourné autour du pot. J’ai pu m’exprimer sur la dernière nouvelle comme jamais. On a parlé du viol, de l’ambigüité de la victime, mais du cadre aussi, de la description de la mer… Je dois dire que, passionné moi-même par les remarques qu’on me faisait, j’en oubliais le micro. Sauf quand elle aborda « Mère silence » où j’ai entendu mon blanc de quelques secondes. Je ne m’attendais pas à être troublé à ce moment là. A un autre moment, je souris en moi-même. Elle pense que je suis un grand lecteur. En répondant, je ne peux m’empêcher de voir la série de posts-tag du blog !

J’apprécie les gens qui ont des antennes pour ressentir les choses, qui savent faire la somme des détails. La conversation se poursuit hors antenne. Je constate qu’elle a écouté l’émission que j’avais faite avec son collègue sur un précédent livre traitant de l’homosexualité. (Elle a également lu la réponse que j’ai faite à une blogueuse critique littéraire !). J’ai un souvenir très précis de la façon dont j’avais ressenti cette interview, comme si le garçon en face de moi, à partir d’un moment, s’était oublié en tant que journaliste, comme s’il posait les questions pour lui-même. Elle s’en est très bien rendu compte en la réécoutant et me livre son explication qui me stupéfie. Et puis, il y eut aussi la question cocasse, hors antenne : pourquoi il y a tant de mecs avec des prénoms anglais dans tes histoires ? D’ailleurs, il me semble qu’elle s’était faite une opinion sur la question, il lui a suffi de relire la dédicace du livre précédent et de retrouver le même prénom en exergue de la dernière nouvelle de celui-ci. Elle me demande alors : pas trop dur pour N… - comment ça se prononce ? – de se voir dédier une telle histoire ?

Très gratifiante soirée donc qui se conclut ainsi : je ne lisais guère en breton, mais ça m’a donné envie de m’y mettre. Que demander de plus ?