J'ai beau piquer tous ses briquets à Madame K., je n'arrive jamais à en avoir plus d'un à portée de main.  Et le voici qui rend l'âme sur le chemin du Cap où je me suis rué dès cinq heures tapantes avec la ferme intention d'arriver tôt et de profiter de l'éclaircie pour planter le cadeau de Noël (oui, oui) de ma belle-mère. Après une matinée de désespérance professionnelle, muée rapidement en rage et accompagnée de palpitations, j'ai besoin de me faire plaisir et peut-être aussi, avouons le, de donner à la terre les coups de pelles que je mettrais bien sur la tête d'une certaine personne!

J'ai aussi décidé de ne pas consacrer plus d'un quart d'heure à mes courses obligées (plus rien à bouffer) pour être à 18h00 heures à la maison et quelques minutes parès au jardin. Pari gagné. Mais à Supère Hu, ils n'ont pas de briquets !

Je n'ai qu'à traverser la rue pour me rendre au bar-tabac. La toute petite dame, à peine plus haute que son comptoir, tirée à quatre épingles, sans doute plus âgée que le premier coup d'oeil ne donnerait à penser, avait eu ma sympathie d'emblée, dès ma première visite, pour acheter un timbre-amende.

Elle se déplace lentement vers le bureau de tabac : "Salut"

Elle me tend un briquet.

"Essayez le, certains ne marchent pas."

Mais lorsque sous la pression de mon pouce la flamme jaillit, elle dit :

"Mat éo !" (C'est bon)

Comme j'ai bretonné toute la journée, sans réfléchir en réalité, j'ai continué en breton.

Là, elle me regarde, toute étonnée que le "mat eo" ait eu tant de prolongation.

"Mais, vous savez bien le breton."

Elle me rend mes 20 cents en me disant "ugent lur" (20 francs, elle n'a pas dû passer à l'euro en breton).

Mais vous auriez vu ce sourire illuminer son visage! J'avais retrouvé ma bonne humeur.