EN ALAN AR MEURVOR

Tonket d'ar mor hag en e zle

07 février 2010

NOTEZ BIEN LA DATE

Pôm pôm pôm pôm!!!!!!!!!

zing zing zing zing!!!!!!

Brrrrrrrrrrrrrrrrr!!!!!!!

roulement de tambours

Ziaong!!!

cymbales

Dlingedlidedligedling!!!

harpège

NOTEZ BIEN LA DATE

OUVERTURE DE SAISON AVANCEE

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06 février 2010

LA CATHEDRALE DE LA MER (MAKING OF)

w5A l’origine, je voulais simplement faire une petite exhibition photographique et l’histoire s’est imposée à mesure que je travaillais sur les images. Lancelot comprendra en regardant bien la suite que de clichés de l’intérieur, il ne pouvait y avoir et le récit s’est donc adapté à cette frustrante réalité. Mais qu’on se rassure, je lui ai déjà donné verbalement un intérieur en long, large et travers et 250 pages…

Depuis sa construction, il y a 23 ans, je rêvais de la photographier en bord de mer. J’ai habité en bord de mer mais je n’avais pas d’appareil et puis, la vie m’a éloigné de l’océan – un peu ! – et craignant pour son intégrité, la bête est fragile, je rechignais à lui faire faire un long voyage de quelques dizaines de kilomètres.

Enfin, l’autre jour, ça m’a traversé l’esprit sans crier gare. Je pensais à la cathédrale de la nouvelle «  Le retour du vieil homme » qui elle, contrairement à l’Amante de pierre, est en bord de mer et j’ai voulu confronter enfin ses tourelles et autres pinacles à la surface ondulée. Huit cent mètres était un voyage envisageable pour elle d’autant qu’elle l’attendait de longue date ! L’association du gothique et de la mer est un fantasme qui m’habite depuis l’enfance. Résultat des courses, la voilà qui endosse un troisième rôle. Quelle actrice celle là !

PS : J'ai bien failli bousiller mes lunettes dans l'affaire, laissées par inadvertance sur la pelouse littorale sur la quelle je me roulai pour saisir le meilleur angle de vue! Un homme est par ailleurs sorti de son camping-car et s'est mis à la photographier aussi. On aurait dit une starlette!

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31 janvier 2010

LA CATHEDRALE DE LA MER

Sans doute me trouverez-vous dépourvu de tout sens de la compassion quand je vous aurai dit que dès l’annonce du décès de ma grand-mère, un frisson d’excitation m’a aussitôt traversé. Mais je dois reconnaître qu’il en fut ainsi et en même temps m’étonner de la rapidité avec laquelle les souvenirs enfouis, qui plus jamais ne se rappellent à vous, peuvent surgir à la faveur du stimulus adéquat et vous submerger sans répit.La mort de mon aïeule avait sonné comme un sésame qui m’ouvrirait de nouveau les portes de Kervilieg. La seule perspective de pouvoir enfin y retourner avait libéré comme d’un coup de baguette magique, d’abord les odeurs, particulièrement l’alliance ineffable de la moisissure mêlée au pain entreposé dans le petit local sombre et à quantité d’autres senteurs indéfinissables que la vie, depuis, ne me donna pas l’occasion de goûter ailleurs, les bruits ensuite, le roucoulement des poules, le vent dans les feuilles d’érable et la scansion des rouleaux, là bas, au bout du vallon.

Je devais avoir sept ou huit ans quand je vis cette grande et ancienne ferme aux allures de manoir pour la dernière fois. Lorsque je dis au revoir à ma grand-tante, à la fin de cet été là, j’étais loin d’imaginer que je n’aurais désormais plus le droit de passer mes vacances auprès d’elle.

Quelle fut le motif de la grande fâcherie qui opposa ma grand-mère à sa sœur ? Mes parents s’ingénièrent à me le cacher et aujourd’hui encore, alors que mon statut d’adulte devrait m’autoriser à entendre ce que je pensais qu’on cachait à l’enfant que j’avais été par ménagement, rien ne perce que ce qu’il faut bien appeler un secret de famille.

Devenu adolescent et jeune homme ensuite, j’aurais pu aisément braver les interdits et rendre visite de mon propre chef à ma grand-tante qui m’étais chère. Je m’interroge encore sur ce qui m’en a empêché. A ma décharge, je dois dire que la petite route en cul de sac qui descend jusqu’à Kervilieg passe juste devant la maison de ma grand-mère, cinq cents mètres plus haut. Mais il eût été facile de tromper sa vigilance. En réalité, je pense maintenant que le secret avait englué ma conscience et mes velléités comme s’il avait été une menace non exprimée. Informé des raisons de la dispute, j’aurais pris parti – et je n’avais jamais été enclin à prendre celui de ma grand-mère – et j’aurais tôt fait de renouer le contact avec la charmante dame de Kervilieg. Charmante, mais un tantinet mystérieuse, sibylline parfois même dans ses propos. Cependant, le non-dit me tétanisait et je n’étais alors guère rebelle. Kervilieg qui avait été, dans ma prime jeunesse, l’endroit au monde qu’il me tardait le plus de rejoindre aux beaux jours, quand juillet sonnait le glas de l’école, s’était mué imperceptiblement en un lieu qui incarnait toutes mes craintes.

Mais avec ce décès, tous ces lambeaux de terreurs enfantines s’étaient dissipés et j’avais pris la décision ferme de me rendre à Kervilieg dès la semaine de travail terminée. Car ce qui avait émergé de l’oubli de manière si brutale, bien plus que le doux sourire de Corentine, bien plus que tous les menus détails de l’univers enivrant de sa ferme entre terre et mer, c’était la photo.

C’était précisément lors de ce dernier été que je l’avais découverte, très peu de temps avant que les deux vieilles femmes ne se fâchassent. Elle se trouvait, comme marque page sans doute, au cœur d’un vieil exemplaire jauni de Buhez ar Sent. Il ne serait sans doute venu à l’esprit de personne qu’un jeune garçon de mon âge ait eu la curiosité de feuilleter ce livre de dévotion populaire, rangé de surcroît sur le plus haut rayon d’une vieille armoire. C’était sans compter sur ma curiosité naissante pour la langue bretonne qui faisait que la moindre ligne rédigée dans cet idiome avait à mes yeux valeur de trésor. Des cathédrales, je ne connaissais que celle de Quimper, bien sûr, que je longeais tous les jours sur le chemin de l’école et Notre Dame de Paris que j’avais vue lors d’une visite à la capitale. Mais elles m’avaient parues toutes deux si différentes que ma curiosité en avait été piquée et que j’avais rassemblé quelque documentation sur le sujet de l’architecture gothique. Suffisamment pour m’étonner de l’édifice de la photo, immense et inconnu, et qui, comble de stupéfaction, semblait surgir du néant, en pleine nature !

J’allai aussitôt à la recherche de tante Corentine, oubliant dans mon enthousiasme que je révèlerais ainsi ma fâcheuse tendance à fouiller partout, pour lui demander où était cette cathédrale. Mais lorsque j’arrivai dans la cuisine où je pensais bien la trouver, je tombai sur ma grand-mère qui devait être en visite chez sa sœur. Elle vit immédiatement la photo dans ma main déjà tendue par la soif de connaissance. Son regard devint sombre et elle me la prit presque brutalement pour la fourrer dans une poche de sa blouse. Je m’empressai de me défendre d’une faute que son regard lassait supposer :

        « Je voulais demander à tante Tine où elle est, cette église. »

         « Ne va donc pas l’embêter avec tes questions. Comment veux-tu qu’elle le sache ? Ni elle ni moi n’avons voyagé, tu sais bien ! Et d’abord, je n’aime pas que tu fouilles partout comme ça ! »

Son ton n’invitait pas à poursuivre. Le soir, je n’osai pas en parler à ma tante et quelques jours plus tard, je quittais Kervilieg pour toujours.

***

         Kervilieg n’a pas beaucoup changé en presque vingt ans. C’est moi qui ai changé. La bâtisse a toujours fière allure mais elle a comme rétréci. D’un coup d’œil, je saisis l’agencement des différents corps de bâtiment dont je me souvenais comme d’un dédale. Je n’ai eu aucun mal à trouver ma tante. Je suis peiné de la voir soudain si vieille.

         « Entre Ronan. »

         « Tu m’as reconnu ? »

         « Oui, mais je n’ai pas beaucoup de mérite, je t’attendais. »

         « Ah bon ? »

         « Tôt ou tard oui. Tu sais, je crois que les questions des petits garçons qui restent sans réponse les obsèdent et les empêchent de grandir vraiment. »

         La crêpe trempée dans mon café avait un goût spécifique – par quelle alchimie ? – et m’entraîna dans un tourbillon de souvenances et d’émotions incontrôlables.

         « Les questions !, dis-je, tu sais donc que j’ai quelque chose à te demander ? »

         « Tu veux savoir où est la cathédrale, n’est-ce pas ? »

         « Mais enfin, ma tante… »

         « Tu ne me dis plus tante Tine ? »

         « Si, tante Tine, tu étais au courant, pour la photo ? »

         « Oh, mon garçon, ça tu peux me croire, j’en ai entendu parler de cette photo, plus que tu ne l’imagines et c’est une longue histoire, viens. »

         C’est alors qu’elle ma emmené dans la pièce de la vieille armoire.

         « Va, monte sur la chaise, je ne peux plus, et attrape moi le Buhez ar sent et la boîte en carton qui est à côté. »

         Je n’arrivais pas à croire que cette photo avait rejoint son emplacement, dans le même livre. Corentine l’a mise sur la table et ouvert la boîte. Cette dernière contenait un antique appareil photographique. A la vue du cliché, j’ai ressenti intacte, cette puissante attraction qu’il avait exercé sur moi longtemps avant. Ma tante a déclaré alors, d’une voix sereine, d’un ton presque anodin qui s’accordait peu à la nature de son propos :

         « Certains l’appellent Iliz-veur ar Mor, d’autres Iliz ar Meurvor, la cathédrale de la mer. »

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         « Mais je ne vois pas la mer sur cette photo. »

         « Question d’angle de vue… je suppose. »

         « Mais où est-elle, cette cathédrale, enfin c’est impossible, je n’en ai jamais entendu parler ! »

         « Je sais Ronan. Peu la connaissent. Maintenant, mon garçon, il faudra te montrer, comment dirais-je, ouvert. Ce que je vais te livrer maintenant, rares sont ceux qui en ont entendu parler, plus rares encore ceux qui y croient. Tu m’as demandé où est la cathédrale, eh bien tout près d’ici, en quelque sorte. Tu te souviens de la Trace du Géant ? »

         « Oui, derrière Park Avaloù ! »

         La Trace des Géant ne laissait pas de me fasciner autrefois. C’est d’ailleurs une curiosité que les touristes viennent voir parfois. Il s’agit d’un chemin, tout empierré d’énormes dalles grossières en granit, qui escalade le coteau du vallon d’abord, parmi les arbres torts, puis traverse la lande jusqu’à la falaise où l’à pic le stoppe net.

         « C’est la route qui mène à la cathédrale de la mer. »

         Devant mon hébétude, elle poursuit :

         « On dit que celui qui y croit peut continuer à marcher sur le chemin, au-delà de la falaise. Alors, au lieu du vide fatal, s’invente sous ses pieds le diocèse marin et il foule l’herbe douce d’un cap au bout duquel se dresse la cathédrale. »

         « Mais c’est insensé ! »

         « Je comprends ta réaction, mais laisse moi finir. On raconte aussi que parmi les rares personnes qui osent s’aventurer au diocèse de la mer, certains en reviennent, d’autres pas. Saig de Kerlazenn disaient que ceux qui en reviennent, illuminés par la beauté du lieu, connaissent un bonheur certain jusqu’à la fin de leurs jours. C’est cette perspective, selon lui, qui pousse les téméraires sur la Trace du Géant. »

         « Belle histoire, tante Tine, mais comment veux-tu que je croie à tout ça ? »

         « Mais il y a la photo ! »

         « Qui l’aurait prise ? »

         Corentine baissa les yeux.

         « Ton grand-père, je suppose. Tu sais, ta grand-mère et moi étions très proches autrefois. Elle était mon aînée de deux ans et déjà trop autoritaire mais tu vois, on a eu des bons moments quand-même. Et puis elle a connu le malheur au moment même où j’ai connu le bonheur. Ca a cassé quelque chose définitivement entre nous. »

         « La mort du grand-père ? Papa m’a dit que c’était un accident, tombé de la falaise et  qu’on n’a jamais retrouvé le corps mais... »

         « Oui ? »

         « Il semblait gêné d’en parler, et j’ai toujours imaginé qu’il s’agissait d’un suicide. »

         « C’est vrai qu’il souffrait du mal de langueur, an drouk-hirnez, on dirait dépression de nos jours. Mais il ne s’est pas suicidé, il y est allé ! Pour retrouver le bonheur de vivre. Et puis, avant de sombrer dans la tristesse, ton grand-père faisait beaucoup de photos. Il avait emporté son appareil pour… je ne sais, prouver l’existence de la cathédrale de la mer, j’imagine.»

         « Et ? »

         « Il n’en est pas revenu. Il fait partie de ceux qui ne reviennent pas. Personne ne sait pourquoi certains réussissent, d’autres pas. Manque de foi, peut-être… ou alors… ce maudit appareil. Qui sait si on a le droit de ramener des images de là-bas ? Ta grand-mère ne voulait pas qu’il y aille, il l’avait mise dans le secret. Au bout de plusieurs jours sans nouvelles, elle m’a tout dit. Elle était effondrée et c’est à ce moment là que j’ai rencontré Klet. »

         « Je n’ai pas beaucoup de souvenirs de l’oncle Klet. »

         « Il est mort quand tu avais quatre ans. Le cœur. On s’est trouvé sur la lande, là-haut. Il était un peu perdu lui-aussi. Son navire de pêche avait fait naufrage quelques jours auparavant. Il avait failli y passer. Enfin, son histoire était étrange. Il a eu l’impression de se noyer, il s’est vu mourir. Et puis, comme on se réveille au matin, sa main s’était agrippée à une bouée. Les sauveteurs étaient sur place pour alors. Il était beau garçon, tu sais, et puis son état de confusion m’a attendrie. La mer, il ne voulait plus en entendre parler. Et les parents étaient contents d’avoir un homme à la ferme, pour prendre la suite, plus tard. Tout était pour le mieux, j’ai eu de la chance, pas comme ma sœur. »

         « Et la photo ? »

         « C’est le plus troublant de l’histoire. Quelque temps plus tard, Klet s’est plaint de trous de mémoire, depuis son naufrage. Il en voulait pour preuve d’avoir trouvé dans sa besace un appareil photo, alors qu’il n’avait pas souvenir d’en avoir jamais eu. Il me l’a montré. Je n’ai rien dit à Klet de toute sa vie, mais j’avais reconnu tout de suite l’appareil à ton grand-père. Un jour, en cachette, j’ai sorti la pellicule et je suis allée en ville la faire développer. Il n’y avait eu qu’une seule impression. Et c’est cette photo. »

         « Qui m’avait tant attiré quand j’était petit garçon ! »

         « Comme si tu avais su qu’y résidait le secret de ton grand-père ! Toujours est-il que ta grand-mère l’a vue en premier. Tu te représentes l’effet que cela a pu lui faire ? Un cliché ancien, d’une cathédrale étrange… Elle est devenue folle. Elle m’a accusé d’avoir revu ton grand-père, de ne l’avoir dit à personne, d’avoir été sa maîtresse. J’ai eu beau lui conter l’histoire de Klet, elle n’a rien voulu entendre. C’est de ce jour là que remonte la fâcherie et tu en connais la cause maintenant. »

***

         Je ne sais pas ce qui m’a pris. Toutes ces histoires, sans doute, ont altéré mon jugement. J’ai emprunté la Trace du Géant et au bout, j’ai continué. A peine ai-je franchi la limite du précipice qu’une vaste pelouse littorale s’est constituée sous mes pieds et qu’un long promontoire maritime s’est offert à ma vue. J’ai marché tout droit, seul homme parmi les oiseaux riant et tourbillonnant dans le ciel.

         Et puis, elle est apparue. Comme faite pour moi seul.

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        Rien ici ne n’est tout à fait comme dans le monde d’où je viens. La lumière est étrange et semble appartenir tantôt au monde onirique tantôt au notre.

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Je ne peux pas entrer dans le vaisseau gothique. Il y bien des porches mais pas de porte au fond. La cathédrale n’est peut-être qu’un immense rocher façonné par les vents marins.

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D’ailleurs, sur plusieurs côtés, une falaise vertigineuse la prolonge.

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   Le soleil baisse vite à l’horizon et colore l’église d’ocres et d’ors.

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         Elle est comme un veilleur solitaire sur un monde sans hommes. Comme un phare sans lumière.

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  Les derniers rayons embrasent la façade. Il me faut rebrousser chemin avant la nuit.

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         Je l’abandonne à son désert liquide.

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         Un dernier regard pour elle, juchée sur sa colline.

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         J’ai retrouvé la chambre que tante Corentine m’a attribuée, celle d’autrefois. Serais-je de ceux qui en sont revenus ?

         Mes rêves sont peuplés d’images plus étranges encore de la cathédrale de la mer, des rêves où je peux voler autour d’elle. Ces images prégnantes me remplissent d’une joie intense dont je ne comprends pas l’origine. Je pressens qu’elles ne me quitteront plus.

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Le lendemain, Corentine s’ étonna de ce que Ronan n’était pas dans sa chambre, ni nulle part ailleurs où elle le chercha.

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29 janvier 2010

MON CHAINON MANQUANT

Aujourd’hui, je me suis exclamé, dans mon bureau, d’un cri réflexif qu’on n’a pas conscience de retenir. Si d’aventure ma voix a porté au-delà de la porte, suffisamment pour être captée par mes collègues, ces derniers se sont certainement demandés quel événement, à l’intérieur du périmètre confiné de mon petit local, pouvait provoquer un tel émoi. Les murs qui nous enserrent n’ont de nos jours plus guère de sens alors que par la fenêtre exigüe de notre ordinateur, nous avons accès, via Internet, à un infini d’informations. Nous nous sommes, comme toujours, habitués si vite à cette révolution que nous oublions de prendre la mesure de son ampleur.

D’un clic, je tombe sur la preuve manifeste que je cherche depuis vingt ans !Comme je l’ai récemment laissé entendre, je me suis attelé à quelques travaux d’écriture autour de la cathédrale Saint Corentin. Je brode autour de quelques points qui m’intéressent au regard de l’histoire de l’Art ou de l’Histoire tout court. Je me laisse même aller à inventer. Là où tout n’est que conjectures, je fais naître des personnages où des événements qui ne sont que plausibles. A juste rédiger ces quelques malheureuses phrases, il m’a semblé soudain comprendre le plaisir qu’on peut éprouver à écrire un roman historique, à tenir les rênes de l’imaginaire afin qu’il comble les lacunes des textes anciens.

Je choisis lequel des évêques pourrait être l’instigateur du changement de parti architectural. J’imagine un architecte anglais. Pour lui donner un nom, à la façon d’un Guillaume de Sens qui entama Canterbury, ou autres Robert de Luzarches, Jean de Chelles, Villard de Honnecourt, je cherche de quelle ville d’Angleterre il serait le plus judicieux qu’il vienne. Son nom ne sera pas prononcé, c’est un détail infinitésimal dont j’ai juste besoin pour croire en lui. Je croise les dates, j’estime le temps de latence pour l’arrivée d’une influence stylistique d’outre-manche, mais l’essentiel est de reconnaître l’influence. Alors je fais défiler les photos sur Internet de quelques cathédrales plausibles. Wells ne convient pas vraiment, Exeter est la plus évidente mais je n’y crois qu’à moitié, Lichfield, trop éloignée. En reste une, pas citée dans mes sources, mais dont le nom traîne dans ma tête : Chester.

Les photos de la nef sont assez probantes mais manque le triforium, puis je tombe sur l’unique photo de l’élévation du chœur. Il n’est pas facile de trouver des clichés qui montrent vraiment l’architecture sous l’angle qui m’intéresse. Et c’est là que je crie. Ca ne concerne pas Quimper, mais Tréguier (cependant le style est voisin). J’ai eu l’occasion de voir des piliers semblables, des fenestrages, des moulures, autant de témoins de l’influence des modèles britanniques, mais la structure des édifices, leur proportion et leur sobriété restent continentales en Bretagne, et ces différences font qu’un œil non averti ne repère pas les similitudes.

Mais ce que j’ai vu aujourd’hui est tout autre. L’élévation du chœur de Chester, c’est un copier-coller, c’est celle du chœur de Tréguier.

J’ai trouvé mon chainon manquant, mon mariage anglo-breton (gothique s’entend !).  Je ne croyais pas une telle similitude possible. Je n’en reviens pas.

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IMG_2804Tréguier                                                          

Bon, qui va devoir encore traîner son interprète préféré en Angleterre ?

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27 janvier 2010

RETOUR IMPROMPTU D'UNE EX AMANTE

D'aucuns pourraient croire que je n'ai guère la fibre bloguesque ces temps-ci, voire même que, jalousant les lubies de certains confrères et consoeurs des lettres webiennes, je me suis mis en grève sans préavis. Il n'en est rien.

La vérité est que toute mon attention est ravie par une vieille dame, qui me sert de maîtresse - comme dirait Octave à Marianne -, à l'occasion d'un soudain retour de flamme.

J'ai donc quelques - modestes - travaux d'écriture en cours concernant celle dont l'identité ne sera pas restée longtemps secrète à certains d'entre vous :

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Mais, là où j'en suis dans mon "récit", elle ressemble plutôt à ceci :

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20 janvier 2010

TROVAN 11 : FIN

v1Huit jours, c’est très court pour faire des observations valables sur une société. J’ai éprouvé une certaine étrangeté, évidemment, à voir tous les signes extérieurs des infrastructures à la française sous des cieux si différents. Il n’y a plus ici, contrairement à la Martinique, de descendants des colons blancs. Les anglais les en auraient chassés. Une autre élite blanche les a remplacés bien qu’il y ait des blancs aussi dans les classes populaires. En tout cas, la population noire est très largement majoritaire et il n’était pas tout à fait anodin de se trouver dans une situation inversée, où notre couleur de peau trahissait quelque chose, en l’occurrence ici, notre statut de touriste. Je n’ai pas ressenti d’hostilité manifeste – que doivent néanmoins craindre les « métropolitains » si l’on en juge par l’importante baisse de la fréquentation touristique depuis les émeutes de 2008 -, tout juste peut-être une certaine froideur, une réticence à répondre à mes salutations, des regards baissés chez ceux qui n’étaient pas des professionnels du tourisme.

Je me souviens de ce petit restaurant près des chutes, un peu déserté, fermeture des accès aux cascades oblige, où nous étions deux couples à déjeuner. Il régnait là, à l’inverse, une ambiance très chaleureuse, sur cette terrasse qui semblait aussi lieu de passage des gens du coin et les prix, comme dans tous les restaurants antillais que nous fréquentâmes, étaient très modérés. Nous discutâmes avec la patronne. D’où venions-nous ? La Bretagne ? C’est où ça ? Je ne trouvai rien d’autre à dire que « le gros nez, sur la carte de France ». Ca la fit beaucoup rire. Elle connaissait le Normandie. Me revint alors en mémoire cette camarade d’école antillaise qui allait en vacances en Normandie et qui s’extasiait de la fraîcheur du soir, là bas, en été. « On devait mettre un gilet » Cela la faisait rire, comme d’une curiosité insensée.

De la Bretagne, je ne dit rien de plus pourtant le créole a connu les même vicissitudes que le breton et un bref historique de la langue lu en diagonale me parut étrangement familier. Pour autant, et c’est la seule certitude que j’ai ramenée de là bas, le créole semble bien vivant, au sein de toutes les générations.

L’autre jour, alors que nous regardions les photos, Vladimir et moi, fumes saisis de la même nostalgie. J’en garde un de mes plus beaux souvenirs de vacances et je me sens curieusement attaché à cette île.

Pour clore, je vous livre des photos de plantes, prises dans un jardin botanique qui, nous l’apprîmes avec étonnement, appartenu, en d’autres temps à Coluche. Du banian dont vous verrez des photos plus bas, dans les branches duquel il avait une cabane, il aimait siroter son ti-punch en regardant la mer…

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Baobab

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(arbre à Kapok )

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Le banian

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De celle ci on tire le curare

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Rose de porcelaine

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Fleurs de bananier

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Passiflore

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16 janvier 2010

TROVAN 10 : VENGEANCE CORNUSIENNE

Je suis telle la mule du Pape et bien imprudent celui qui croirait que les vieilles menaces meurent dans l’oubli.

Cela dit, on reconnaitra que le châtiment mérité pour l’exhibition sans vergogne du 22 décembre dernier est marqué du sceau de l’indulgence.

Je préciserai dans mon prochain post, qui sera conclusif, d’où viennent ces photos.

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Cette orchidée enfin, ne montrait aucune fleur hélas. Elle est pourtant sous un autre aspect fort appréciée. L’avez-vous reconnue ?

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TROVAN 9 : DECOUVERTE BOTANIQUE

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TROVAN 8 : BESTIOLES

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Hag ar pellikañ ma'z is eo :

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14 janvier 2010

TROVAN 7 : AU PAYS DE L'ANANAS MONTAGNE

Il parait que le sommet du volcan de la Soufrière est ennuagé 300 jours par an. C’est dire que ce jour là, nous fûmes particulièrement chanceux. Au moment même où nous décidâmes d’y aller, nous doutions d’y voir quoi que ce soit. Cela faisait sept jours, que tous les matins, avant même le café, je faisais le tour de la maison, pour constater que le sommet du cracheur de souffre était invisible. Je compris l’erreur de mon diagnostic une fois arrivé en haut de la montagne. Résidant du côté d’où venaient les alizés, les nuages s’accumulent sur cette face, cachant le sommet quand bien même fût-il dégagé. Les alizés sont des vents d’une régularité qui ne peut qu’étonner. En effet, je fus très surpris au sommet, que des barrières inamovibles et biens scellées, condamnaient les zones où le vent portait les fumerolles toxiques. C’est dire la certitude que le vent ne change jamais de direction. De là-haut on voyait très bien la mer à l’ouest,w95 mais l’est disparaissait derrière une barrière nuageuse, tout aussi inamovible.w96

L’ascension nous permit de voir les strates de végétations et nous débouchâmes assez brusquement de la forêt tropicale, où nos pas étaient guidés par une interminable rampe empierrée qui évoquait la montée vers un lieu sacré,w1ww1ww3

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ww4 à la zone à qui la trop grande abondance des pluies et du vent donne un air de Mont d’Arrée tropical. Ici règnent des mousses diverses w2w3et l’ananas montagne, ma favorite du lieu.w97

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Continuons l'acension:

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Ce fut bien sûr une grande émotion de voir, alors que j’avais encore en mémoire les puys d’Auvergne, un volcan encore actif. Quel gamin n’a pas rêvé un jour devant les images de volcan.

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Pour une fois que ce n’est pas moi qui fume…

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12 janvier 2010

TROVAN 6 : LE PARADIS AUX PORTES DE L'ENFER

La pointe de la Grande Vigie et ses hautes falaises me rappela malgré sa roche calcaire le Cap Fréhel.

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Sur la route qui menait à notre prochaine destination, à quelques kilomètres à peine, mon attention fut attirée par cette crique où l’eau était rendue laiteuse, peut-être par la roche dissoute. Jamais je n’aurais cru un tel bleu possible.

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Enfin nous arrivâmes à la Porte de l’Enfer. Une sorte de « lagon », en fait une petite vallée ennoyée par la mer, véritable petite piscine peu profonde aux eaux calmes.

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Mais, à l’embouchure du vallon, 100 mètres plus loin, dans un effet de contraste saisissant, l’océan brandissait la menace de murs d’eau turquoise. Sans doute les vagues les plus impressionnantes qu’il me fut donné de voir. Et tout cela sous un soleil brûlant que les photos qui suivent laissent peu imaginer.

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Le site, la couleur de la mer, les vagues géantes, je fus tout simplement fasciné.

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Et vous connaissez mon péché mignon...

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Hommage au photographe :

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10 janvier 2010

LE POST LE PLUS INATTENDU DE KARAGAR

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Hi!Hi!Hi!Hi!

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NETRAOUIGOU

Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Gougoul m’indique -1 à Audierne et pourtant, il y a un je ne sais quoi dans l’aspect de la végétation, vu à travers la fenêtre, qui m’empêche d’y croire. Je sors sur la terrasse et malgré la fraîcheur, je sais que la température est positive. Un petit quelque chose aussi, dans le cri des oiseaux, me fait penser à un  regain de gaité.  L’hiver en Bretagne est rythmé de faux printemps qui ne durent parfois qu’un matin. D’ailleurs je suis aidé dans mon fantasme par un pauvre petit qui a les mêmes rêves que moi et qui profite de ces heures de répit. C’est beau la neige, mais je n’ai pas de plus grand plaisir que de la voir évanouie.

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Pendant que je conduis se déroule dans l’autoradio une émission de France In*ter souvent assez insupportable de prises de becs et de critiques insolentes sur le théâtre et surtout le cinéma. Mon oreille est distraite ce soir là, bien que j’aime, assez bizarrement, entendre causer des films, plus que je n’aime les voir, bien souvent. Et puis soudain, l’un des animateurs résume le scénario d’un film à paraître, et je me rends compte que je connais l’histoire. J’ai eu l’impression que la célèbre radio entrait dans ma sphère privée. C’est vrai, cette histoire m’avait été contée à la maison plusieurs fois ! Et lui de conclure que le prochain film d’ Abdella*tif Ke*chiche, après ses succès passés, est très attendu.


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09 janvier 2010

LE PLUS BEAU MATIN DU MONDE

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PAS TROVAN DU TOUT !

Bon, je sais, à certains d’entre vous ceci va paraître ridiculement peu mais… après avoir vu la Bretagne blanchie d’avion mais rien chez moi, il y a trois semaines, entendu les bulletins météo cette semaine évoquant une Bretagne tout aussi blanche sans en voir la trace, après avoir vu l’hiver dernier et cet hiver, à plusieurs reprises donc, une sorte de frontière à la capitale historique du Cap, où la neige s’évanouissait comme par magie – c’est vrai, c’est presque une île ici – imaginez ma surprise au réveil…

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07 janvier 2010

TROVAN 5 : FINISTERE TROPICAL

La pointe des Châteaux est un des sites de la Grande Terre, autant dire un univers bien différent de notre île de villégiature. Si la Grande Terre est bien d’origine volcanique, comme tout l’arc des petites Antilles, sa formation est bien plus ancienne et l’érosion a raboté le volcan qui s’élevait jadis à cet endroit. Sur ces vestiges s’est constitué un récif corallien, raboté puis redressé. Il s’agit donc d’un plateau calcaire aux falaises attaquées par l’océan. C’est l’île des plages de sable blanc aux eaux turquoise et rangées de palmier qu’on a tous en tête.

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La pointe termine une presqu’île d’une telle étroitesse que le Cap Sizun, à côté, passerait pour une terre continentale.

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Quelle n’est pas ma surprise, au bout, de découvrir une version tropicale de la pointe du Raz ! C’est vrai, le guide Géo disait de l’endroit « un Finistère tropical ». On était prévenu. Il manque le phare de la Vieille bien sûr et à la place de Sein, c’est la Désirade, terre calcaire ingrate où on envoyait, dit-on, les indésirables !

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Mais la pierre est friable et le travail de sape de la houle sans pitié. Le Raz sera toujours debout alors que celle-ci aura disparu depuis belle lurette.

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Côté houle et vagues, je vous laisse juge…

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TROVAN 4 : ASPECTS COMMERCIAUX

Ce matin-là, nous fîmes une petite incursion au centre-ville de Point-à-Pitre,w4 où rien n’attira particulièrement mon attention en dehors de l’église dont la façadew2 ne laisse pas deviner l’architecture métallique grâce à quoi elle résista mieux que d’autres bâtiments aux cyclonesw1 et des espèces hautement colorées de poissons sur les étals. Bleus, rouges… C’est une curiosité naturaliste qui me poussait à les regarder bien plus que l’envie de goûter à leur chair car une telle flamboyance ne m’évoquait rien qui fût comestible. w6Je fus néanmoins amusé par ce pêcheur dont l’étal était installé à même le pont de sa petite embarcation. w3Ca, c’est du frais, me suis-je dit.

Les fruits, légumes et autres épices, sur le marché, m’attirèrent plus mais l’esprit mercantile qui y présidait gâcha un peu ma flânerie. Chacun des étals était tenu par une antillaise en costume traditionnel, très maquillée qui vous servait du « mon amour » à chaque phrase. Plus conviviales que les bigoudènes en coiffe donc, mais guère plus authentiques, apparemment. On vous épluchait bananes et oranges avant même que vous ayez dit le moindre mot, on vous mettait sous le nez toutes sortes de senteurs à l’exception de celle qui vous intéressait et on vous extirpait un billet de cinq euros avant que vous n’ayez eu le temps de compter. Nous voila donc chargé d’un sachet d’oranges et bananes naines. Dès qu’elle se fut saisie du billet la dame, prenant la pose, me dit «  Bon, tu peux faire ta photo, maintenant ! » « Désolé, je n’ai pas l’intention de vous prendre en photo ! » Moi, ce qui m’intéressait, bien sûr, c’était la vanille. Je réussis enfin à savoir que les 12 gousses valaient… 5 euros, qui semblent décidemment le tarif unique de ce marché. Ca, c’est une affaire !

Et puis, bien sûr, devant une échoppe, un frisson d’exotisme…

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Nous avons aussi fréquenté la plage gai*e de l’archipel. Une petite crique rocheuse bordée d’une grande zone buissonneuse, comme il se doit. w7w8Là, réfrénant mes appréhensions, j’ai un peu nagé avec un masque/tuba sur les conseils de Vladimir. Et sans grands efforts, je vis quantité de poissons aux couleurs vives, blancs, jaunes, bleus. J’avais l’impression de regarder un reportage du célèbre feu commandant.

Peu de temps après notre installation sur la plage, Vladimir, fin observateur du genre humain, me fait une remarque sur le ballet continu d’hommes noirs dénudés, à l’arrière de la plage, dont aucun n’était très bien foutu mais qui avaient tous en commun d’avoir été très généreusement doté par Dame Nature. Je lui réponds qu’il a peut-être vu juste, sans certitude. La suite lui donnera raison.

Après bain et sandwich, Vladimir se plonge dans un gros livre tout écrit en étranger. Moi, sur ma serviette tout contre la sienne, je lis par intermittence, je regarde les mecs la mer, je roule une clope, je me déplace un tantinet en fonction de la progression du soleil à travers les feuilles de notre palmier-parasol.w9 Sans vergogne, un mec, blanc de peau, vient s’installer de l’autre côté de ma serviette, très près, qui n’aura de cesse, assez peu discrètement, de me signaler ses ardeurs. Vladimir, absorbé par la guerre de l’opium, lit. Peu de temps après, un grand noir passe devant moi. Je remarque un regard mais ne me formalise pas. Cinq minutes plus tard, il est de retour, s’arrête, se penche vers moi, me dit très poliment et respectueusement « pardon », puis me pose une question dont la teneur s’accorde tellement mal avec le ton de sa voix que je le fais répéter : « Pardon, tu n’as pas envie de faire l’amour. » « Euh, non merci. » Entre le voisin qui bande à portée de main et celui-ci, me voila bien entouré ! C’est à ce moment que Vladimir, nonchalamment, relève la tête de son bouquin et me demande avec un flegme dont je ris encore : « Qu’est ce qu’il voulait ? ».

N’empêche qu’il avait raison, tous ces antillais devaient se vendre.

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06 janvier 2010

TROVAN 3 : VISIONS EDENIQUES

A plusieurs occasions, alors que nous discutions des projets pour la journée, Vladimir, après que j’évoquais quelques plages possibles, me lançait : « on va dans la forêt. » ! Etait-ce la proximité relative de l’équateur qui inversait ainsi les données ? Mais ce monde à l’envers, tout surprenant qu’il fût, n’était pas pour me déplaire. Monsieur voulait des plantes, eh bien il en aurait, à satiété. Il faut dire que dès notre première et courte escapade au sein de la végétation luxuriante, mon cher et tendre était tombé en pamoison devant un plante et qu’il brûlait de la revoir. Par chance, j’avais pu, dès le premier coup d’œil, la nommer, sans grand mérite d’ailleurs, puisque cette dernière fait bonne figure dans les jardineries au rayon des dites « plantes vertes » - laissant étrangement supposer qu’il en est des bleues ! - : le philodendron. N’ayant de grec que ce que la botanique m’a enseigné, je pus, avec la même facilité, lui en donner la signification et Vladimir eut tôt fait de constater par lui-même le bien fondé du vocable car le philodendron assurément, aime les arbres, à tel point qu’il les fait disparaître sous ses manifestations amoureuses.w96

A deux reprises, nous traversâmes la forêt tropicale humide pour nous rendre au pied de célèbres cascades. Or, en 2004 eut lieu un tremblement de terre qui occasionna des glissements de terrain aux abords des chutes d’eau et les autorités locales condamnèrent alors les accès immédiats à ces dernières pour des raisons de sécurité. Cette impossibilité d’approcher les chutes est signalée dans tous les guides récents et autres offices de tourisme si bien que ces sites réputés trop fréquentés étaient déserts. Nous avions le confort de beaux chemins taillés au travers des arbres sans l’encombrement des visiteurs. Le paradis.w3 J’ai pensé alors, avec un brin d’étonnement, que la végétation tropicale par elle-même, n’exerçait pas un attrait suffisant pour justifier le déplacement des masses ! J’en eus d’ailleurs confirmation lors d’une de ces promenades. Un couple un peu bruyant s’était engagé à notre suite et je le regrettais. Mais au bout de quelques centaines de mètres, l’homme déclara qu’il n’y avait rien à voir et ils rebroussèrent chemin. Rien à voir ! Il me faudra vérifier la définition du mot « rien » dans le dictionnaire.

Que dire de cette forêt si ce n’est qu’elle un émerveillement à chaque pas. Toujours située en altitude où elle trouve les conditions pluviométriques nécessaires, il n’y fait jamais trop chaud, des nuages traînent souvent à proximité et le soleil n’y brille pas toujours. Des arbres, on ne voit généralement que le tronc - des troncs souvent étoilés de contreforts parfois très larges entre lesquels un homme pourrait facilement se nicherw5 - car le feuillage situé très haut est masqué par un manteau de plantes épiphytes abondantes.w3w31 Des philodendrons biens sûr, des lianes, des fougères, des orchidées – hélas sans fleurs – une espèce d’ananas pour ce que j’ai pu repérer. w7Les espèces de fougères sont innombrables et les tailles variées : des plus petites, dépassant à peine la dizaine de centimètres aux formes arborescentes.w6 Pour ces dernières, c’est cyathea muricata qui est représentée. Elle est plus grêle et moins imposante que la dicksonia antartica que l’on peut voir à Brest entre autre. w1w2w21En sous bois poussent quelques palmier, un sorte de bananier sauvage et autres plantes à feuillage monumental. Au fil de nos promenades, l’environnement, bien qu’en grande partie anonyme, me devient rapidement familier. Je constate, pour ce qui est évident, ou j’apprends plus tard pour d’autres, que bien des espèces sont introduites. Je dois dire qu’une zone dont la pluviométrie avoisinerait celle des Monts d’Arrée (1400mm/an) serait ici considérée comme les marches de la zone sèche. Il tombe au sommet du volcan 12000 mm/an ! C’est dire qu’humidité et chaleur rendent les cycles naturels rapides. Et je constate en effet, je l’avais entendu dire, que la couche d’humus est ici bien plus maigre que dans nos contrées malgré l’abondance végétale qui nous recouvre. Certaines feuilles sont si lourdes que leur chute est bruyante et inquiète. Pourtant, peut-être pour ne pas avoir vu d’insectes terrifiants ni de sous bois inextricables, cette forêt m’a semblé à chaque fois très accueillante et sereine. Passée la sensation d’étrangeté, j’ai assez vite ressenti très fortement ce sentiment bien connu qui m’envahit quand je suis en sous-bois, cette ambiance « cathédralienne » qui doit être, je pense, de toutes les forêts du monde.

(plantes introduites : le bambou, viser lepetit bonhomme au pied pour estimer la taille, ensuite nicolaia eliator, dite rose de porcelaine, feuilles et fleurs impressionnantes!)

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(ici la racine contrefort sert d'appui à un escalier du sentier)

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(mille pattes arborescent)

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A l’occasion de la première de ces balades, nous approchâmes la seconde cascade du Carbet où la rivière franchit une marche de 110 mètres de hauteur ! Celle là même devant laquelle s’était extasié C. Colomb en quête d’eau. Comme annoncé, quelques dizaines de mètres avant la chute, nous butons sur une barrière et une pléthore d’avertissements et interdictions placardées à l’entour. Autant dire un aiguillon pour l’esprit insoumis karagarien ! Il faut dire que la frustration était assez grande d’entendre le vrombissement des eaux si proche sans pouvoir vraiment jouir de la vue à cause de la végétation dense. Ensuite, après avoir examiné le terrain, il me sembla que, si glissement de terrain il devait y avoir ou tout autre activité sismique, nous n’étions pas moins exposé d’un côté ou de l’autre de la barrière. Enfin, craignant plus, au fond, les remontrances que les colères de la nature, je me dis que ce serait bien le diable si une quelconque autorité devait nous repérer au beau milieu de la forêt tropicale…

C’est ainsi que fut franchie la barricade et que nous suivîmes le lit du torrent en direction de la muraille immense et de son rideau d’onde. Nous touchions presqu’au but lorsqu’un tonnerre assourdissant retentit au dessus de nos tête. Un hélicoptère apparu et fit du sur-place pour nous dissuader de continuer. La situation tient en une phrase, mais je peux vous assurer que voir surgir cet insecte d’acier en pleine forêt tropicale, menaçant et si prêt de ma tête, fit remonter des souvenirs enfouis de films d’aventures, de chasse à l’homme du ciel. Et je m’attendais à entendre les coups de feu fuser d’un instant à l’autre. Je me précipitai sous le couvert des arbres pour sortir du champ de vision de ce monstre volant obéissant plus à un instinct incontrôlé qu’à la manifestation de la loi ! Il me fallut quelque temps pour retrouver mon souffle. Il faut ajouter que je fais des rêves récurrents de menace venant d’engins volants et que c’était là un de mes démons qui se manifestait en réalité.

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Karagar retint-il la leçon ? Que nenni ! Quelques jours plus tard nous nous dirigeons vers la troisième chute du Carbet, la plus en aval. Avec seulement 20 mètres de dénivelé, elle est plus modeste que ses deux grandes sœurs. Après la traversée de la forêt, de nouveau barrière et avertissement. Un jeune couple rencontré sur le parking (leur voiture et la notre uniquement) et que j’avais averti au sujet de l’accès interdit, ayant fait moins d’arrêts philodendronesques sur son parcourt, arrive avant nous. Nous les croisons alors qu’ils s’en retournent. Ils confirment. Barrière et surtout chemin effondré, passage impossible.

Quelques minutes après nous arrivons sur place. Nous restons quelques bonnes minutes à examiner la topographie. En effet, un pan de vallée s’est effondré, coupant le chemin en deux. Mais à bien y regarder, traverser la zone d’effondrement, ne semble pas plus difficile de d’atteindre certaines criques capistes. Karagar et Vladimir passent sans problème et gagnent le privilège de la chute et de son bassin pour eux seuls, en tenue d’Adam de Tarzan. Je dois faire des efforts sur moi-même (le filet d’eau d’une douche me faisait paniquer quand j’étais gamin et il fallait être deux pour me tenir pour me laver les cheveux), car le jeu en vaut la chandelle, je ne suis pas sûr de retrouver une telle occasion dans ma vie.

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03 janvier 2010

TROVAN 2

Je n’imaginais pas qu’un jardinier, là bas, dût prendre quelques précautions. Je me vis d’ailleurs confirmé dans mes illusions par notre hôtesse, alors que je m’extasiais de la luxuriance qui environnait notre terrasse, w1qui me précisa que le massif ne datait que d’un an ! C’est le jardinier lui-même, en la personne de son mari, qui m’apprit plus tard, qu’il fallait s’abstenir de planter en hiver. La saison est certes moins chaude mais plus sèche et donc plus ensoleillée. Les jeunes plans risqueraient de souffrir dans ces conditions. Pourtant, les nuages ne sont pas loin. Il suffit de parcourir quelques kilomètres en direction du volcan pour les rencontrer. Les nuages atlantiques, amenés là avec constance par les alizés, restent comme amarrés aux pentes orientales de la Soufrière. C’est dire si le ciel bleu constellé de nuées, le vent marin habillent tout cet exotisme d’un je ne sais quoi de familier qui me met à mon aise.w3 Je n’aurai de cesse de dire la variété climatique, géologique et botanique de ces deux îles reliées par une mangrove, la volcanique cernée de plages au sable noir, la corallienne, calcaire et plate qui plonge des manières d’Etretat dans une houle monstrueuse et turquoise.

         Dès le premier matin, nous nous réveillons dans le tulle de notre moustiquaire avec le soleil. w4Je constate avec stupéfaction et fierté mélangée, une plante commune avec ma bordure végétale capiste!w2Et à peine le petit déjeuner pris nous parcourons notre plage les pieds dans l’eau, au souffle d’un vigoureux vent chaud. La plage est déserte et est qualifiée sur le guide de « peu avenante ». Sable noir et palétuviers. Mais c’est un « peu avenant » qui nous convient tout à fait. De grosses noix germent partout dans le sable sombre et des bébés palmiers lancent au ciel leurs feuilles primordiales. Un peu plus haut, un début de forêt tropicale sèche, comme on en voit sur le littoral, traversée de processions de fourmis porteuses de feuilles découpées, comme on en voit à la télé, dans les reportages animaliers.

         Au final, nous optons pour la plage réputée la plus belle de la Basse Terre (l’île montagneuse et volcanique, comme son nom ne l’indique pas), sur la côte ouest. Nous tournons le dos à l’Atlantique pour la mer des Caraïbes. Pour se faire, il nous faut emprunter la seule route qui traverse l’île, dite « de la traversée », et au bout de quelques kilomètres, je me surprends à vivre un rêve inespéré : nous sommes enserré par la forêt tropicale humide. Nous faisons un arrêt pour marcher jusqu’à la cascade des écrevisses. w5Je croyais être dans l’inconnu total, mais je reconnais des « plantes d’appartement » géantes. J’ai peine à croire à ce que je vois. Mais cette forêt nous accueillera plus longuement et je reviendrai sur ses merveilles.

         Sur la plage, je découvre que nous n’avons pas l’apanage des grosses vagues. Et cette mer, bien que chaude, a tous les charmes des sauvageonnes. La chaleur de l’eau aidant, je me montre plus téméraire que jamais dans les rouleaux. Au large, grace au zoom, il me semble voir un volcan en activité! Renseignements pris ce n'était pas un leurre, mais l'île anglaise Montserrat, plus ou moins abandonnée pour cause de... volcanisme.w6

         A midi, premier repas local, dans un des ces boui-bouis installés à même le sable. Nous ne serons jamais déçus par les repas antillais. Et à cette occasion nous prenons notre premier « ti punch », sucre de canne-citron vert-rhum agricole » qui rythmera désormais nos journées.

         Sans quitter l’endroit, nos pas nous guide sur les hauteurs d’un « morne » qui domine la mer, au travers d’une forêt tropicale sèche, w94moins déroutante d’aspect, plus proche, bien que les espèces divergent, de la végétation méditerranéenne.w93 Nous recroisons les fourmis feuillues et ne tardons pas à reconnaitre, sur notre passage, la bêle écorce du gommier rouge (Bursera simaruba). w95w92

Au retour sur la plage, le soleil se couche déjà.

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02 janvier 2010

PETIT CADEAU DE NOUVEL AN POUR CORNUS

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