EN ALAN AR MEURVOR HABASK 10
- les mille couleurs de l'altitude -
En forêt tropicale, sans doute y a-t-il des fleurs innombrables mais on ne les voit pas. Elles sont perchées à plusieurs dizaines de mètres, en haut de la canopée, à portée de lumière. A mesure que nous nous élevons dans la cordillère, je suis saisi par la variété des fleurs, et aussi par leur aspect familier. Même si je les vois pour la première fois, elles pourraient passer inaperçues chez nous tant elles ont l’air normal. Mais quelle abondance ! Parfois même, les bas côtés offrent un spectacle tellement « banal » que je ne sais plus si je suis abusé par la similitude ou si ce sont les espèces que mon pied foule de ce côté-ci de l’Atlantique… Voici de quoi occuper les botanistes en herbes, et ceux en fleurs, et les pros aussi... (on verra des calceolaires, des dalhias, des mimulus, des gunneras, des ageratums...) en attendant de visiter la superbement nommée "cloudforest"...
Et quant à celles qui vont suivre, j'ai été très troublé....
GWENN
Comme disait ma mère, que je ne cite pas souvent, en pareilles circonsctances: demain, je ne vois pas ça blanc!" Ah, la polysémie du blanc !
Bon, d'habitude ça s'arrête à Pont-Jésus, aujourd'hui ça COMMENCAIT, à Pont-Jésus !
EN ALAN AR MEURVOR HABASK 9
- deux coups de frein pour deux belles exotiques (stricto sensu) -
J’ai gardé de notre périple montagnard, qui marque la fin de notre séjour en zone tropicale humide, le souvenir d’une sorte de parenthèse, de moment un peu suspendu entre plusieurs mondes et plusieurs temps. Surtout, partant d’un univers où le végétal est roi, invasif, omniprésent, je ne m’attendais pas à ce que ce soit également lui qui accapare toute mon attention. Dans la forêt tropicale, je ne pouvais qu’admirer béatement des formes et des architectures qui tout au plus me rappelaient quelques plantes d’appartement ou quelques structures observées deux ans plus tôt du côté des Caraïbes. A deux milles, trois milles mètres et quelques heures de route seulement, la température a chuté, on se prend à frissonner à 18/20° et le monde végétal apparait à la fois inconnu et familier. C’est que, si les espèces sont inconnues, les familles et parfois même les genres, sont de vieilles fréquentations. On croirait presque être revenu en Europe.
Curieusement, la première surprise ne concerne pas une plante sauvage mais cultivée. Alors que nous avions pas mal monté, voyant se dresser des flancs abrupts soutenant d’invisibles sommets au delà des nuages,
et que la présence têtue des hibiscus masquait la métamorphose en marche autour de moi, je donnai un brutal coup de frein et me garai tant bien que mal. Et je dois avouer que prenant cette photo, j’ai pensé au blog et me suis dit : en voila une qui va faire sensation. (La présence de l’hibiscus à côté témoigne que ce n’est pas une tricherie) :
L’atmosphère nébuleuse, la température digne d’un été breton ou japonais, la terre sans doute acide des montagnes, il n’y avait rien dans tout cela qui pût déplaire à monsieur l’hortensia et sa présence n’aurait pas dû m’étonner. Sauf que… Une question trottait dans ma tête, ainsi qu’une réponse. J’ai eu tout à l’heure la confirmation éclatante de mon raisonnement. Car, dans ces montagnes, tout est parfait pour notre beau japonais sauf qu’il doit souffrir d’insomnie, car dites-moi, quand dort-il ? La température est idéale, certes, mais CONSTANTE ! Pas le moindre petit hiver pour que notre caduque puisse faire un petit somme ! Je sais certaines plantes, comme la ronce, assez polyvalente… mais quid de l’hortensia ? Eh bien, je le vois tous les jours, mais c’est aujourd’hui seulement que, passant devant mon hortensia panaché près de la porte d’entrée, j’ai crié eurêka ! Il avait toutes ses feuilles, vertes, comme en plein été. En l’absence de température hivernale (hélas on nous annonce une catastrophe) il est devenu persistant. Donc il est polyvalent et ne meurt pas de sommeil au pays de l’eternel été.
Plus haut dans la montagne, deuxième coup de frein. Plus sec encore. La raison se passe de commentaire :
Toutes les saisons se mélangeaient allègrement.
Parfois même au sein d’une même plante :
Lui, était plus près de chez lui quand même que dans le Cap !
Mais ce sont les plantes natives qui vont m’enchanter.
SEA, SURF AND SUN
EN ALAN AR MEURVOR HABASK 8
- Corcovado -
L’une des visites qui nous a marqués le plus est sans doute la ballade au parc du Corcovado. Situé sur une presqu’île, il est presque inaccessible par la route et c’est en bateau qu’on s’y rend habituellement.
Ce parc est réputé avoir une des plus grandes biodiversités du monde et c’est un des endroits ou vit le jaguar, animal pratiquement impossible à voir pour un touriste de base et les félins de manière générale, pourtant bien présents, y sont extrêmement discrets. Pas bêtes…
Le départ se fait d’une petite ville au fin fond d’un estuaire aux bras multiples et labyrinthiques qu’il faudra remonter jusqu’à l’océan sur des kilomètres, en traversant la plus grande mangrove du pays. Au pied de la terrasse du bar coule la rivière qui charrie avec nonchalance des jacinthes d’eau. Il y a dans la chaleur naissance du jour, le rythme de l’eau une certaine indolence, et dans ce décor un peu cinématographique une ambiance qui me portent à rêver à un autre fleuve, sans commune mesure, l’Amazone.
La petite embarcation va à très vive allure et les transformations du paysage sont rapide et se déroulent devant nos yeux comme un film. La rivière à chaque tournant s’élargit, alors qu’à droite et à gauche, d’innombrables bras suggèrent des itinéraires alternatifs et mystérieux. Je me demande jusqu’où le fleuve va enfler, tant ses rives s’éloignent de nous à mesure que nous avançons.
Quoique fasciné par le paysage, une légère inquiétude ne me quitte pas. La conception de notre esquif, sa vitesse aussi, font qu’à la moindre vaguelette, générée par d’autres embarcations croisées, je suis violemment soulevé de mon siège. Qu’en sera-t-il sur l’océan ?
Notre guide
montre d’emblée un œil affuté. Malgré la vélocité du bateau, il scrute les berges et fait signe au pilote de ralentir, voire de s’arrêter, lorsqu’il a repéré un animal. Certains évidents…
D’autres moins …
Soudain, j’aperçois des rochers et des franges d’écumes à l’horizon. C’est la mer, comme semblable à elle-même sous toutes les latitudes, presque surprenante de familiarité après tous ces exotismes. Le guide fait le signe de l’arrêt. C’est le moment des recommandations. Ranger les appareils photos, signaler les opérations récentes et autres problèmes de dos. Cela n’augure rien qui me rassure. Et en effet, il faut franchir une barre pour entrer dans l’océan. C’est comme si la mer voulait faire connaître avec netteté la frontière de son domaine. Brutalement les vagues se présentent et le frêle bateau, moteur à fond, les escalade. Une fois les crêtes franchies, un vide se créée sous la coque et nous retombons brutalement. Nous en prenons effectivement plein le dos. Le retour à la rivière le soir, contrairement à mon attente, fut pire. Je vis bien que le pilote, pour se jouer de nous, choisit la passe la plus délicate, entre de gros récifs où les vagues étranglées enflaient plus qu’ailleurs. Le bateau, lancé à plein régime, parvenait juste à rattraper la croupe des monstres liquides et à les chevaucher. Mais arrivé à cet endroit, pas questions de redescendre de l’autre côté, car c’est là que la vague se brise et elle nous aurait entraîné dans son enroulement d’émeraude. Le pilote suivait donc la crête de la vague jusqu’à trouver une dépression qui lui permettrait de slalomer. Mais d’autres vagues, énormes arrivaient par derrière qui semblaient vouloir nous engloutir. Et puis, brutalement, passé ce champ de bataille liquide, tout redevint incroyablement calme. J’ai eu peur, mais j’en garde, comme cette traversée vers l’île de Sein un premier janvier après une tempête d’Atlantique-nord, le souvenir de la beauté absolue.
Durant tout le parcours marin, sur plusieurs milles, je scruterai la surface de l’eau avec la même ténacité que le capitaine Achab, mais hélas, aucun cétacé ne daignera paraître. Le canot enfin vient s’échouer dans le sable de la plage de San Pedrillo, l’un des refuges du parc.
De là, nous emprunterons un sentier dans la forêt primaire. L’océan est à quelques dizaines de mètres à peine, mais reste invisible à cause de la densité végétale. Son grondement néanmoins ne nous quitte pas. Notre guide est un authentique passionné, et nous parle des plantes autant que de la faune (les touristes sont plus curieux des animaux que du végétal comme on peut l’imaginer).
Petite mais... venimeuse
Regardez cette ville : Une fourmilière !
Et là que voyez-vous ?
Moi, je suis fasciné par les arbres. Celui-ci, dont la racine aérienne court sur plus de dix mètres et vient se mêler à un autre arbre.
Partout où l’on porte le regard, il y a de la complexité, des mystères et de la majesté.
Le retour se fera par la plage.
Ou de moins ce qu’il en reste. C’est marée haute et l’océan grignote les derniers lambeaux de sable à mesure de notre avancée.
Toujours les "amandiers" luttent contre les assauts des vagues :
J’ai trouvé ce parcours enchanteur, mer conquérante, nature vierge, tout se conformait à une sorte d’idée préconçue qu’on aurait crue trop belle.
Notre guide se penche soudain sur le sable et nous montre des traces :
Puma, précise-t-il.
Un grand chat est passé là, entre les deux marées hautes, il n’y a pas si longtemps…
Au retour, le bateau s’engage dans des bras plus étroits du fleuve, il doit même parfois se frayer un passage, écarter des branches : nous visitons les coulisses de la mangrove. Ecosystème dont on nous vante les bienfaits, dont celui d’être le meilleur filtre qui soit pour l’eau.
Ces fougères sont les ennemies des palétuviers.
L’eau est ici très calme, mais il faut s’en méfier…
De la vaine journée tu goûteras la honte
Pourtant plus très enclin à faire ici des mots qui taraudent des chapelets, à les assembler d’une façon qui les rendrait plus inoffensifs. Ou alors en y mettant une barrière linguistique, comme l’autre jour où je publiais quelques lignes que j’avais écrites tout en surveillant un examen, avec en face de moi, travaillant, férocement courageuse et imperturbable, Irina la sœur de Gérald, un autre de mes étudiants, dont j’apprenais quelques instants plus tôt que les médecins ne pouvaient plus rien pour lui. Pendant tout le premier trimestre, elle avait mis une détermination éclatante à croire que Gérald s’en tirerait, que sa jeunesse le sauverait (alors que pour une telle pathologie, elle n’est pas, on le sait, un allié). Je n’ai jamais su si elle y croyait. En tout cas, elle semblait autant vouloir contraindre le destin que soulager ses camarades, ne pas leur faire porter le fardeau de sa mauvaise mine. J’ai vraiment sous-estimé cette nana, quand je l’ai connue, il y a plus d’un an. Moi, j’ai évité de lui demander des nouvelles de Gérald. Lâcheté ? Franchement, je ne sais pas. J’ai pensé au couteau dans la plaie qu’eût été de répondre régulièrement à cette question. Je n’ai jamais pensé qu’il y avait le moindre espoir, et ses réponses eussent été forcément, à mes yeux, les jalons d’une irrémédiable dégradation. Je ne voulais pas la contraindre à cet aveu.
Ce jour là, en arrivant au boulot, j’apprenais que Gérald était condamné, qu’on venait de le lui révéler, et qu’Irina resterait passer son examen néanmoins – à quoi bon rester à ne rien faire – avant de traverser la Bretagne pour rejoindre son frère et l’ensemble de la famille. Quand elle me voit descendre avec les sujets d’examen, elle se précipite presque vers moi, pour m’annoncer ce que je sais déjà. Et puis parler surtout. Avec un aplomb insensé et dont l’image ne me quitte pas. Elle me dit pourtant des choses que je n’arrive pas à oublier. Que la tristesse s’est étiolée en elle pour laisser place à la colère, que Gérald implore la pitié de Dieu tellement il souffre. Le récit est presque clinique. C’est moi qui pleure.
A midi, quand elle quitte l’institut, je la croise de nouveau et elle me lance : tu lui écriras un mail, je lui lirai. Et quand je réponds : oui, bien sûr je ne pense à rien d’autre qu’à lui être agréable et à répondre favorablement à ses requête. Et puis, dès qu’elle a disparu, c’est l’affolement. Que peut-on dire à un garçon de 22 ans, plein de vie et de fougue encore en juin dernier, qui se sait mourant et espère vivre encore jusqu’à la naissance de son neveu, en février ? Que peut lui dire quelqu’un qui n’est qu’un de ses professeurs ? On a beau savoir qu’on va lui faire du bien en lui écrivant, on se sent presque illégitime à le faire. Qui suis-je pour donner encore de la voix en ces instants ?
Très vite, la nouvelle de cette dure mission fait le tour du bâtiment et d’autres veulent être associés à mes mots. Je me sens moins seul. J’avais auparavant, incognito, écrit un texte en breton que je devais publier le soir même sur ce blog. Cela m’a aidé, j’ai ai puisé des choses. J’avais finalement décidé de lui dire ce que je ressentais, en tant qu’enseignant, cette impression que l’ordre juste des choses était inversé. Je l’ai lu à mes collègues pour recueillir une manière d’imprimatur. Tout le monde pleurait.
Irina m’a répondu, le lendemain. Positive, incroyablement positive, comme toujours : Le mail avait été lu à Gérald, il en avait été heureux, sa douleur s’était apaisée, ses tourments aussi. Il pouvait se consacrer à ses derniers rêves dont chanter avec les frères Mo*rvans, octogénaires derniers maillons d’une tradition musicale d’un autre temps. La pensée m’en est étrangement saisissante. 13 janvier.
Gérald est mort hier matin.
Il n’aura eu que neuf jours. Le 13 janvier, pour moi, c’était hier. Qu’ai-je fait de ces neufs jours de vie ? Ca n’est rien neuf jours dans une vie. Lui, c’est tout ce qui lui restait. Eus an deiz didalvez e tanvai ar vezh. (De la vaine journée tu goûteras la honte).
Moi qui ai toujours, autant que faire se pouvait, évité d’assister aux enterrements, demain j’irai. Ca s’est imposé à moi. Pour Irina, sans doute. Peut-être parce que j’ai changé aussi.
J’ai du mal à accepter la mort de Gérald. C’est un étudiant que j’aimais bien sans être particulièrement proche de lui. Un peu plus proche peut-être en fin d’année. J’ai été plus complice avec d’autres, il m’arrive même parfois d’avoir une tendresse au-delà de ce que je devrais envers certains de ces jeunes hommes. Mais ce n’était pas le cas. Et curieusement j’en suis plus fortement, plus froi-de-ment frappé.
Quelque-chose s’est de nouveau mis en place malgré moi au boulot aujourd’hui. On s’est désisté en haut lieu. Les voix les plus féroces se sont dégonflées. Et au bout du compte, comme en 1998, c’est moi qui parlerai au nom de l’institut, devant Irina, devant ses parents. Que vais-je bien pouvoir dire ?
PLUME VA AVOIR DES ENNUIS
Plume, véritable mousquetaire de l’écologie, chevalier blanc de la propreté marine, et aussi œil de lynx (on nous fait croire le contraire, hein !), a en effet repéré une voiture sur la plage. Et c’est en réalité une mauvaise habitude costaricaine. Plume va créer une brigade de police océanique, et je la soutiens. Sauf que cette fois, elle risque de tomber sur un os, car la voiture en question, j’en ai une photo, prise quelques minutes plus tôt…
EN ALAN AR MEURVOR HABASK 7
- queue de baleine et ambiance bretonne -
Le parc national de Ballena a ceci de particulier qu’il est plus maritime que terrien et il ne protège en réalité qu’une étroite bande littorale de toute construction. En mer par contre, il englobe un certain nombre d’îlots rocheux et des hectares d’océan où, à certaines périodes, croisent des baleines. Nous n’aurons pas, malgré une mémorable escapade nautique, l’occasion de voir le quart d’une queue de ces imposants cétacés (ni même de dauphins, hum, hum, je connais quelque endroit où il est plus facile d’en voir…), alors que nos voisins en virent la veille ! Ce qui est incroyable, c’est que cet endroit, réputé unique lieu de rencontre des baleines de l’hémisphère nord et de l’hémisphère sud, présente un remarquable tombolo, qui vu d’avion, a tout à fait la forme d’une queue de baleine ! Ca doit aider le bon Dieu à repérer l’endroit du ciel.
Comme souvent, sur ces grandes plages, une rivière y vient mêler ses eaux à l’océan, sans façon, en toute humilité, sans vraie embouchure. La mangrove s’étiole, laisse progressivement place au sable, ne reste plus qu’un chenal d’eau douce, que la mer finit par avaler.
Les cocotiers importés ont souvent remplacé les "amandiers" pour ourler la plage. Le sol est jochés de ces graines géantes qui toutes, germent.
Sous un soleil éblouissant, la marée descendante n’a pas entièrement découvert le tombolo et c’est les pieds dans l’eau que nous nous dirigeons vers le banc de récifs.
Un tombolo en breton se dit « kej », l’endroit où ça se mêle, se rencontre, voire fait l’amour. Et les deux eaux se rejoignant font en effet de belles arabesques.
Au bout, dans cet univers rocheux et marin, malgré l’absence d’algues et de coquillages, malgré la température, il y a soudain un petit air de chez soi…
Au retour le couchant s’annonce, comme d’habitude fulgurant et somptueux mais trop éphémère.
EN ALAN AR MEURVOR HABASK 6
- canopée, cataracte et casado -
Apercevez-vous ce chemin, en bas ?
C’est cette piste que nous suivions en quête, fructueuse, d’une cascade parmi les nombreuses que compte le pays. Celle-ci avait l’avantage de n’être qu’à quelques kilomètres de notre gîte, libre de droit d’entrée et d’aménagements. Le lendemain de la déception du parc de Manue*l Antoni*o, l’idée de laisser la voiture en bord de piste d’une zone peu fréquentée était séduisante.
Mais soudain, un camion puis un petit attroupement apparaissent qui barrent la route. Un récent glissement de terrain (les dernières pluies sont récentes et on voit trace partout de ce genre d’incidents) a partiellement obstrué la voie et des travaux de dégagement sont en cours. Vladimir part aux renseignements, et on lui assure que le passage sera libre dans quelques minutes. L’un des hommes n’est autre qu’un « riverain ». Au Costa Rica, on a souvent la surprise d’être dans une « agglomération » sans le savoir. Nous sommes au fond d’une vallée, au bord de la rivière qui en amont fait un saut, entouré d’une végétation luxuriante. Mais l’homme, d’un signe, nous invite à regarder au dessus de nous. Nous sommes dominés par de hauts arbres, comme partout, mais dans l’un d’entre eux, loin au dessus de nos têtes, il y a une nacelle de bois. Et il semble que, pour prendre patience, nous soyons invités à la visiter.
L’homme, natif de la vallée et dont la mère habite à 300 mètres (une fois de plus il semble que nous soyons dans un village sans le voir) a sa maison en haut du coteau alors que l’arbre qui abrite sa nacelle pousse en bas, si bien que maison et cabane arboricole sont au même niveau. Nous le suivons jusqu’à sa maison, qui semble ouverte à tous les vents, mais lorsqu’après avoir traversé la terrasse, nous nous engageons sur le pont qui donne accès à l’arbre, monsieur sort une clé pour ouvrir une grille. Il est fier comme un enfant qui montrerait son trésor.
Une fois sur la plateforme, il nous révèle une petite trappe qui est un regard sur la fourche de l’arbre. Là, en saison, il peut observer à loisir, une nichée d’oiseau.
Sur le chemin du retour il nous montre de jolies tranches, une future table. Ah, qu'en emporterais-je bien une...
La cascade tient ses promesses. La grosse pierre polie coincée entre deux parois donne un caractère dramatique à la chute d’eau. Nous profitons largement de l’endroit pendant toute la matinée sans voir âme qui vive.
Quelques dizaines de mètres plus haut, en pleine nature, il y a un restaurant. Je commence à m’habituer à trouver ce genre de chose dans des endroits isolés (mais l’isolement prendra une autre échelle encore quelques jours plus tard, dans la montagne). Au menu, casado, le plat national : riz, haricots noirs, crudités et viande (du poulet très souvent) ou poisson. Ici, en l’occurrence, ce sera poisson. Après avoir entendu notre commande le restaurateur descend à la rivière. Nous le voyons remonter avec deux poissons dans un seau. Il y a un petit élevage en contrebas. La nourriture est simple et bonne et descend aidée de la bière locale à laquelle nous nous sommes très vite habitués. Nous serons seuls pendant tout notre repas. Belle et douce matinée à nous seuls réservée, tout entre beauté et hospitalité.
Une serveuse vient soudain vers nous. Il faut vite que nous contournions le restaurant pour voir quelque-chose…
Dans un petit arbre, à portée de main, un toucan :
Mais il y a quelque-chose d’autre qui m’intrigue terriblement. C’est ceci :
Je vais voir le propriétaire des lieux et je lui demande ce que c’est. C’est une pierre naturelle de six mètres de haut (volcanique sans doute), trouvée dans le sol en aplanissement pour faire le parking du resto, et qu’ils ont dressée en en enterrant trois mètres. Il y a deux choses incroyables dans cette histoire : d’abord la propension de l’être humain, en dehors de toute tradition, à dresser les pierres, la seconde est que j’ai tout compris à ses explications. Pris par le sujet, je n’en n’ai pris conscience qu’après coup et je n’en reviens pas.
Nous sommes prêts pour aller arpenter une étrange queue de baleine...
MORT ANNONCEE
N’eus na ne vo morse netra nemet traoù kozh dindan lagad an heol. A-viskoazh da viken e chom heñvel mouezh mab-den o teurel er vann yudadenn e zizesper hag e zigompren. Ha pa’z eo pell re griz azpediñ an anvoud distrad e c’halv war e skoazell Doue, na bout ma rafe anv anezhañ evit ar wech kentañ, na bout ma empennfe ar meiziad anezhañ evit ar wech kentañ.
“Bet on trist met bremañ ez eus droug ennon, emezi din en he brezhoneg diasur a argredan o tifaziañ petra bennak m’emañ-hi war-c’hed a gement-se diganin, drouk zo ennon pa’m eus klevet ur gwaz yaouank tri bloaz warn ugent oc’h azgoulenn E druez ouzh Doue ma tistano ennañ ar boan didorr.”
Diouzhtu p’he doa ma gwelet o tegouezhout e oa dedostaet dichipot da gaout un tamm divec’hiañ dre ode ar c’homzoù. Ha tra m’emañ-hi divrall o tibunañ ar gerioù kriz, ar gerioù yud, ar gerioù sklas dirazon, tra ma chom parfet ha diroufenn he dremm ez eo em daoulagad-me ez eus ur gourlennad daeroù o kinnig dic’hlannañ. Hag ar gerioù-e a vo din-me gerioù-kleizenn, gerioù mac’hom, hag a chomo da viken, o heskinañ.
He breur, yac’h ha dibistik c’hoazh, evit ur gwel, e miz Mezheven n’eo mui bremañ nemet ur c’horf distummet o tiwaskañ, ur c’hroc’hen stignet war ar boan, he breur en he yaounkiz splannañ c’hoazh a-raok an hañv n’eus kontet dezhañ nemet un toullad devezhioù buhez ken. Ar c’helenner a gav ken dinatur gwelet e studier yaouank o vervel digantañ ha tad pe vamm ur bugel, moarvat.
Din-me e oa ret ivez teurel gerioù er maez.
TRAVERSEE PERILLEUSE
EN ALAN AR MEURVOR HABASK 5
- gay resort -
Le seul endroit qui nous ait déçus est un de ces nombreux parcs nationaux dont le pays est truffé et qui sont non seulement des zones de protection du milieu naturel, menacé là bas comme ailleurs par les activités agricoles, touristiques et autres, mais également des endroits incontournables pour le visiteur. En effet, à moins de disposer de cartes topographiques y entrer (et donc s’acquitter d’une somme souvent rondelette) est souvent le seul moyen de trouver avec certitude des sentiers et d’accéder à plages, forêts ou autre cascade dignes d’intérêt. J’ai repéré plusieurs endroits sur la carte ou de visu auxquels ni routes ni chemin ne menaient. Il faut ajouter à cela qu’il est imprudent de garer la voiture dans des sites isolés.
Le parc que j’évoque aujourd’hui est un des derniers créés, pour protéger une portion de littoral menacé par la croissance immobilière. La côte y est plus découpée qu’ailleurs, enserrant des criques abritées des assauts du large et donc plus propice à la baignade. Et voila la zone devenue station convoitée, prospectée, aménagée, fréquentée. Prat Bitt y aurait une maison et il y aurait même nous dit-on, à l’extrémité de la grande plage, « la petite plage », naturiste et gaie. La station regorgerait aussi d’établissement gay-friendly, chose assez rare si l’on excepte la capitale. Le Costa Rica serait le pays d’Amérique Centrale ou l’homosexualité est la moins mal acceptée.
Le site du parc est en effet très beau mais je déplore : la largeur des chemins gravillonnés plus « carrossables » que certaines routes et qui « cassent » l’ambiance, l’obstination de ce même chemin à ne jamais s’approcher du littoral qui reste invisible la plupart du temps, le fait qu’une moitié du parc est interdite, dont le promontoire appelé la « cathédrale », les faux gardiens qui vous extorquent 2000 colons pour une place de parking qui n’en n’est pas une, les américaines en shorts et escarpins dorés débarquées en masses dans le parc d’un paquebot ancré au large et qui crachent tant de décibels qu’il est inutile d’espérer voir des animaux farouches.
C’est plein de ratons laveurs. Ben sûr que voir des racoons me fait penser aux Maine Coons mais l’un d’entre eux attaque mon sac sur la plage, tente d’en extraire des barres aux céréales. Je gesticule, je hurle, rien n’y fait. Désespéré, je finis par saisir ma serviette de bain pour en frapper l’animal. Je sors enfin vainqueur de ce combat épique.
La crique du raton laveur. La seule plage-piscine entourée de rocher où je pus faire des longueurs. Certains points communs ne me firent pas hésiter à la rebaptiser : Porzh Piron III.
Autre déception : voici la « playita », et pas un mec à poil !
On se console comme on peut…
Au retour, il y a un attroupement près de la voiture. Je prends peur. Mais quand j’en vois la raison, je suis rassuré.
OU SONT PASSES LES ZIZIS
J’ai souvent eu l’occasion d’expliquer que les fleurs doubles, triples, imbriquées ou toute autre forme de prolifération des pétales étaient des anomalies (sélectionnées par l’horticulteur) qui se forment au détriment des étamines. On voit bien au cœur des roses ou des camélias des choses intermédiaires plus vraiment étamines, pas encore jolis pétales.
Je suis tombé dans ce jardin sur une illustration éloquente du phénomène. Un hibiscus double, sans doute une forme horticole. Repérez, sur ces fleurs normales, où se trouvent les organes masculins.
Voyez maintenant la fleur en surcharge pétalière, étonnant non !
EN ALAN AR MEURVOR HABASK 4
Ce chemin mène vers la mer toute proche qu’on entend gronder. J’ai souvent eu l’impression au long de ce périple qu’au milieu de tous ces dépaysements, quelque-chose m’avait poursuivi inlassablement : c’était le bruit de l’océan, semblable à s’y méprendre à celui de mon quotidien.
Le chemin est trempé de la saison verte achevée l’avant-veille. Des flaques dans la chaleur qui monte avec le soleil alimentent la moiteur. Quelque-chose passe silencieusement devant moi. C’est notre premier matin et mon regard n’est pas encore affuté à la nouvelle réalité. Je pense oiseau, au vu de sa taille, mais sa forme est étrange. Et quand il ouvre ses ailes, je vois un immense papillon, le morpho bleu. C’est une sorte de choc, de mise à l’échelle. Je m’attends désormais à tout, à tel point que je pousserai un cri de terreur lorsque le chat des proprios viendra boire dans la piscine.
Voici des fourmis attines, véritables défoliantes qui constituent ainsi un substrat pour cultiver un champignon. Une colonie consomme autant par jour qu’un bœuf. Tantôt dites essentielle à l’écologie de la forêt tropicale, tantôt qualifiées de fléau, difficile de se faire une opinion. Un simple coup d'oeil en l'air permet de mesurer leur boulot...
La rencontre suivante, sur ce même chemin fut plus étrange encore (n’oublions pas que le film Jurrassic Parc commence ainsi : sur une île quelque part au large du Costa Rica…). Bon, ça n’est pas un iguanodon, juste un iguane.
Regardez le tronc à droite de ce pré qu’on croirait européen. On surnomme cet arbre le cèdre épineux (en réalité Bombacopsis quinata de la famille des malvacées). Qui s’y frotte…
Enfin nous atteignons la plage. Nous y sommes seuls.
Retour en forêt avec ce figuier étrangleur. Il a besoin de s’enrouler autour d’un tronc pour se charpenter, puis il étouffe et tue son hôte qui, après pourrissement, laissera un grand trou, une sorte de puits, au centre de la structure.
J’ai fait beaucoup de photos d’arbres car nous avons beaucoup traîné nos sabots dans la forêt, dans des forêts diverses devrais-je dire, vous en jugerez. Les feuillages de ces derniers sont souvent invisibles car très haut placés et surtout masqués par toutes les plantes épiphytes qui grouillent sur les troncs. De la même manière si l’œil est enchanté par toutes les formes que la verdure peut prendre dans ces sous bois, il n’y voit pas de fleurs ; elles aussi, qu’elles soient de lianes ou d’arbres sont hors d’accès du regard
, mais le « vert » prend néanmoins assez de formes, de nuances et de textures pour vous occuper !
Ici je croyais avoir affaire à de petits palmiers mais il s’agit en réalité de graminées (des cannes) !
Quand on croit avoir vu la feuille d’un arbre, il faut y regarder à plusieurs fois pour s’en assurer et bien souvent ça n’est pas la sienne mais celle d’un de ses hôtes. C’est pourquoi j’ai été plus souvent attiré par les hauts fûts et plus encore de l’architecture incomparable, les arabesques que ne renierait pas le livre de Kells, que formes les contreforts et les racines qui maintiennent, telle une cathédrale gothique, ces géants à la croissance rapide. Vous en verrez beaucoup d’images tout au long de ces pages consacrées au Costa Rica, jusqu’à que, croyant pourtant avoir tout vu en la matière, nous rencontrions l’Arbre, le seul, l’unique, le vénérable auquel je consacrerai un article plus tard.
Enfin, une rencontre tonitruante en forêt : les singes capucins. La plus intelligente dit-on des espèces du pays. Et il est vrai que j’observai l’un d’entre eux utiliser une pierre comme outil après avoir échoué à casser une amande contre le tronc d’un arbre. A les regarder évoluer ainsi, en bande, on croit déjà voir en gestation les qualités et les défauts de l’être humain : intelligence, débrouillardise, sociabilité, nuisance sonore, manque de discrétion, esprit bagarreur, brutalité pour l’environnement.
CONCOURS CORNUSO RICAIN
Qui trouvera l'astuce de cette photo?
EN ALAN AR MEURVOR HABASK 3
- Sur -
L’une des choses les plus sidérantes de ce somme toute petit pays (une fois et demie la Bretagne, dirons-nous) est sa diversité. La présence en son centre d’une cordillère culminant à 3800m, du sommet de laquelle on peut voir, temps permettant, les deux plus grands océans de la planète, explique sans doute la présence de zones climatiques très tranchées, avec, on s’en doute des couvertures végétales fort variées.
L’endroit où nous nous étions « posés » pour la première partie de ce séjour, se trouve au sud du pays, sur la côte pacifique.
Cette partie du pays est, comparativement à d’autres zones côtières (et nous le constaterons de visu plus tard) assez sauvage, il est facile de ne partager plusieurs kilomètres de plages qu’avec quelques personnes et les promoteurs n’ont pas encore sévi.
Même certaines « stations » qui ont un certains renom auprès des surfeurs, comme Dominical, ne sont rien d’autres qu’un ou deux chemins de terres sous les cocotiers, le long desquels s’alignent des bars et restaurants faits de bric et de brocs, fidèles à l’architecture locale.

Là règne le climat tropical humide. Celui auquel nous nous attendions le plus. La saison des pluies s’arrête le jour de notre arrivée mais l’air et le sol restent très humides, les serviettes ne sèchent pas et moisissent très vite. Rien ne dure, les cycles sont courts. C’est le climat tropical humide, ne l’oublions pas, qui a arrondi le granit en si belle boules lisses. Le végétal est omniprésent, envahissant, conquérant. Autour des quelques prés que j’ai vu, d’étranges haies d’arbrisseaux reliés de barbelés. Au bout de quelques jours d’interrogation, je comprends, ce sont les bâtons des barrières qui tous, sans exception, ont repris ! Géantes et involontaires boutures.
C’est là que se niche le village d’O. où se trouve notre bungalow. J’avais plusieurs fois recherché l’endroit sur un célèbre site de photos satellitaires, mais je n’avais rien vu de cet endroit dont on nous disait qu’il comportait plusieurs restaurants (dont deux des plus réputés du pays), une supérette et autres marques de la civilisation. En y pénétrant j’ai compris pourquoi le gros œil de Gougoul Eurz n’y voyait que dalle ! La rue est une piste, les maisons sont distantes parfois de plusieurs centaines de mètres, et les arbres sont omniprésents.
Nous découvrons notre lieu de villégiature. Aux fenêtres du bungalow, pas de vitres, rien que de la moustiquaire. Une nuit, alors qu’une forte averse met à l’humidité ambiante la bande son qui manquait encore, une question terrible me taraude soudain. Le lendemain, je vais trouver la propriétaire au plus vite. L’absence de vitres, comment était-ce possible ? Et là, écoutez-moi bien, je m’entends répondre, qu’à deux kilomètres de l’océan, il ne vente jamais et que la pluie est toujours strictement verticale.
Une petite visite au jardin :
Du gigembre d'ornement (visez les plantules dans la fleur, elles sont aujourd'hui en pot dans notre cuisine...)
La vie à bord....
Lieu du dîner, en bord de piscine :
Veille de Noël :
Plus loin, la piste continue et ne tarde pas à s’attaquer aux contreforts de la montagne.
Terrains instables, ravinés, sujets aux glissements et pourtant tous déboisés et lotis pour y construire des villas de luxe ! Celles-ci ont des vitres, mais pour la clim, bien sûr. La piste devient si raide, si instable, que même avec la 4X4 et le temps sec, je n’ose m’y aventurer. On imagine aisément que ces cages dorées sont inaccessible au moindre crachin tropical…
EN ALAN AR MEURVOR HABASK 2
- la bête du pont de Tarcoles -
Nos futurs hôtes nous avaient signalé un pont enjambant le Rio Tarcoles sur lequel nous devions nous arrêter pour contempler un animal qui me donnerait plutôt l’envie de déguerpir mais que Vladimir, allez savoir pourquoi, brûlait de voir. (D’ailleurs depuis cette expérience, au passage de chaque pont, et les rivières sont plus que légions au Costa Rica, Vladimir se démontait le cou pour en apercevoir d’autres, sans succès d’ailleurs).
Tout en conduisant, je me disais que le spectacle était bien aléatoire et je m’étonnais de la certitude avec laquelle on nous avait affirmé que nous verrions ces animaux, les plus gros spécimens du pays, de surcroit !
Dès que le pont fut en vue pourtant, je n’eus plus le moindre doute. Les parapets, pourtant assez étroits pour que les véhicules frôlassent les passants, était noirs de curieux, penchés à s’en faire tomber, vers les eaux noirâtres du fleuve.
Et voici ce que nous vîmes :
EN ALAN AR MEURVOR HABASK 1

- etre morig ha mor bras -
Une compagnie aérienne un peu inconséquente nous amène à Madrid avec deux heures de retard, nous fait traverser au pas de course un aéroport plus que gigantesque aux réminiscences gaudiennes, pour finalement nous fermer au nez la porte du sas qui conduit à l’avion à destination de San Jose, capitale du Costa Rica. Et voila comment nous fûmes amenés à passer une soirée imprévue dans la capitale espagnole, en pleine effervescence d’avant fêtes. Ce fut ma foi assez sympathique, comme toutes nos virées ibériques, nous visitâmes des églises baroques aux retables insensés, aux stucs inimaginables et une cathédrale qui sous son dôme et derrière sa façade aussi amène qu’une porte de prison annonçait un néo classique de mauvais aloi alors que son vaisseau intérieur était d’un assez élégant néo gothique ; un authentique gag architectural ! En fait de tropiques, je suis confronté à Madrid au premier froid hivernal. Il gèlera pendant la nuit alors qu’en Bretagne, camélias et rhodos déboussolés fleurissent faute de froid…
C’est donc bien reposés que nous arrivons à San Jose le lendemain. Pas de choc thermique, puisque là bas règne le dit printemps perpétuel, entre 20 et 25 degrés, sous un ciel souvent nuageux, bref un peu notre été à nous. Non, le décalage vient d’ailleurs, de cette radio qui hurle à une vitesse phénoménale un commentaire sportif avec un accent qui n’est plus celui de Castille, alors que défilent sous un ciel plombé, de part et d’autre du taxi qui nous emmène à notre hôtel, de basses maisons vivement colorées et fortement barricadées de grilles d’un type que je n’ai jamais vu de ce côté ci de l’Atlantique. Déjà, mon imaginaire est ensemencé et mes idées virevoltent au-delà d’une réalité déjà haute en couleurs. Un jeune homme nous accueille, nous montre notre chambre. Je vais clore la fenêtre avant la nuit pour faire barrage aux moustiques. A cette occasion je prends ma première photo du couchant. Des nuages s’accrochent sur une montagne et le spectacle me séduit. J’ignore que je ne cesserai durant tout notre voyage de contempler ces bonnets vaporeux prisonniers des sommets.
Le lendemain, le jeune homme part suivre ses études et c’est sa mère – croyons-nous – qui prend le relai. Elle parle bien anglais (du moins sa version américaine). Sa gentillesse et son côté maternant me fait penser à une amie colombienne. Nous apprendrons au retour, alors qu’elle nous donne un coup de main bien que nous ne soyons plus ses hôtes, qu’elle est native de Bogota. Elle nous sert notre premier petit-déjeuner fruité à la mode du pays.
Quand je démarre le 4X4 pour traverser la moitié du Costa Rica et rejoindre les forêts tropicales humides (cinq heures de route nous attendent), je suis plein d’appréhension. Les loueurs de la voiture nous ont brandi quelques épouvantails et les routes du pays ont mauvaise réputation (d’où le choix obligatoire de ce type de véhicule que je n’aime guère quand je le vois sur les routes goudronnées hexagonales). Mon attente est telle que ce que je découvre est plutôt rassurant et rien de fâcheux ne nous arrivera, si l’on excepte, le dernier jour, une bêtise karagarienne qui nous conduira dans les bras de la police costaricaine !
La route tournicote et descend. La montée de la température est proportionnelle à la perte d’élévation. Il fait plus chaud que dans la vallée centrale mais pas encore aussi chaud qu’au niveau de l’océan. Le détail est d’importance. Ce sont des conditions favorables à… Mais n’allons pas trop vite car je l’ignore alors. Je stoppe sur le bord de la route pour deux raisons. La première est que j’ai un besoin naturel à satisfaire. Je m’engage donc sur le bas-côté et ne tarde pas à trouver un endroit favorable mais je trouve incongru qu’on ait pris la peine de tailler tous ces arbustes à feuilles coriaces qui m’entourent.
Je vise alors les fruits des arbustes et cette fois je les reconnais tout à fait, pour en avoir déjà vu des images : du café !
Ah, je n’étais pas peu fer, vous l’imaginerez aisément, d’arroser ainsi ces plantes qui me fournissent un breuvage dont je fais grande consommation.
D’ailleurs, les exploitants ne tardent pas à nous faire signe de monter à la ferme d’où la vue est belle. Je reste garder la voiture (on nous a incités à la plus grande prudence) et Vladimir s’y rend. Je lui confie l’appareil mais quelque-chose cafouille et de photo, il n’y aura point.
Une photo de quoi, au fait ? Ah oui, j’avais une deuxième raison de m’arrêter à cet endroit. De là, je le voyais pour la première fois, le grand, le géant, l’immense…
Et plus tard (pas mal de temps plus tard car le moindre kilomètre prend beaucoup de temps ici), nous y sommes.
C’est presque trop évident. Je rêve toujours des mers inconnues et quand je les vois j’éprouve un tel sentiment de familiarité que je cherche en vain l’étrangeté, la singularité.
Forcément, je me fais la main, car dans ce domaine, j’en attends beaucoup (trop ?) de monsieur Pacifique.
Mais entre les plantations de café et l’océan, il y avait un pont, et Vladimir trépignait d’impatience de passer ce pont. Pourquoi ? Vous le saurez la prochaine fois.
BAPTÊME PACIFIQUE
Mes pieds pour la première fois dans le plus grand océan du monde... à près de 30°. Me voici de retour avec plein d'images à vous montrer et de choses à conter... A très bientôt.

IMPRESSIONS SOUS LE VENT
Gouez an amzer. Le temps est sauvage. Tel qu’il ne l’avait pas été depuis longtemps. Qu’on en aurait oublié cette normalité là. Le vent bien sûr, violent, et qui fait craquer les membrures de la maison, assez pour me faire rêver, du fond de mon lit à d’improbables embarcations océaniques, assez aussi pour que quelque inquiétude s’immisce en moi. Il y aussi kazarc’h, et le mot « grêle » me semble bien loin de la force évocatrice du mot breton. Mais surtout, la sauvagerie se lit à la couleur du ciel, comme on lit à sa sombre mine la mauvaise humeur d’un homme. Ces mélanges de plomb, de souffre, de cobalt et d’améthyste qui toilent l’horizon de menaces délicieuses vous donnent une irrésistible envie de vous planquer pour échapper à un assaut final.
Ebullition dans ma tête. Ne rien oublier de faire ou d’emporter. Ne pas oublier d’écrire un dernier post avant le départ.
Difficile de « réaliser ». D’autant que pendant trois semaines une sourde douleur m’a plongé dans les affres de l’inquiétude hypochondriaque. Trois semaines où tout en le cachant le plus possible j’ai sombré dans la noirceur du manque de perspective et dans l’inaction la plus totale. Il a fallu analyses, frottis, échographie et autre doppler pour me persuader de l’innocuité de mes symptômes. Encore une visite demain chez le spécialiste mais les craintes et les symptômes s’atténuent et je commence à imaginer le départ.
Alors, à plus tard.































































































































































































































































