EN ALAN AR MEURVOR

ENGLAND - CYMRU - CADAIR IDRIS

IMG_0706 J'avais évoqué une vieille promesse que je m'étais faite lors de mon premier séjour (professionnel) au pays de Galles. Nous étions en chemin pour Caernarfon, point pour visiter le château mais un studio qui produisait des films en gallois pour Channel 4. D'Aberystwith, la route traverse une partie du parc de Snowdonia et j'avais été bouleversé par ces paysages de montagnes vertes ou landeuses, archétypiques de ce que j'imaginais être l'Irlande ou les Highlands d'Ecosse. Du pays de Galles je n'avais pas d'images préconçues. C'est souvent le cas de ce pays très beau qui n'a pas d'image de marque. Et peut-être est-ce bien ainsi... En tout cas, à moi qui n'avais jamais voyagé, cela fit un effet durable. A un moment, le relief devenait vraiment marquant et notre collègue connaisseur du pays, conscient de ma curiosité, m'indiqua que nos approchions de Cadair Idris, la chaise d'Idris (un géant légendaire ou un ancien roi...). Outre la beauté des lieux, le fait que cette montagne portât le nom breton de la chaise, comme Tuchenn Gador, mon sommet préféré de Bretagne me fascina.  Mon informateur alla jusqu'à me montrer, au bord de la route l'endroit d'où partait le sentier de l'ascension. Je me souviens m'être dit alors (loin d'imaginer dans quelles conditions cela se ferait un jour) que je gravirais Cadair Idris. Il y a, me direz-vous, des rêves bien plus fantasques, mais celui-ci ressemble bien à ma vie. J'attends patiemment que la route repasse à certains endroits, sans rien provoquer, et cela arrive toujours.

Nous avions ce jour là, une fenêtre météo remarquable. Ces sommets, souvent ennuagés sont alors invisibles et peu propices à la randonnée. Nous étions sous l'influence de la canicule qui régnait sur le continent et les températures avoisinaient les 27°, ce qui dans ces montagnes nordiques est assez exceptionnel. Bref, ce fut pour moi un badigeon de crème solaire, car je suis victime depuis 15 jours et pour la première fois de ma vie, d'une allergie au soleil. (Encore d'actualité aujourd'hui où mes avant-bras ressemblent à la surface lunaire).

Cadair Idris est le plus méridional des sommets du parc de Snowdonia et s'élève à 893 mètres.  L'effet produit par ces montagnes est sans rapport avec le chiffre sur le papier. Proches de la mer, ces altitudes sont souvent perçues à partir de zones assez basses, de plus les pentes sont très raides, les anciens glaciers ont modelé les paysages à l'image de ce qu'on peut voir dans de plus hauts massifs. Ce sont des montagnes accessibles, avec ce charme spécifique au monde océanique.

Nous partons d'une altitude de 140 m, autant dire que le dénivelé qui nous attends est de 650 mètres, qui s'avèreront être assez pentus.

Départ sous le couvert des arbres, le long d'une assez belle cascade pas vraiment signalée.

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Très vite la vue se dégage vers la montagne.

 

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Notre principale étape (et pique-nique) est Llyn Cau, le lac glaciaire dominé par Cadair Idris. Cela ressemble à un cratère ennoyé de volcan (et certains autrefois le crurent) mais il n'en est rien. Vladimir se risqua à s'ennoyer lui-même dans le lac, je me contentai des pieds.

 

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De là nous partîmes à l'assaut du sommet.

 

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C'est juste là, au bout du chemin...

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Vue sur le lac presque 400 mètres plus bas, à l'à-pic.

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La mer n'est pas loin...

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Sommet de Cyfrwy (811 m) et son petit lac au pied.

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De là nous partons pour une boucle en passant par Mynydd Moel (en breton menez moal, la montagne chauve) 863 m, la bien nommée (deuxième sommet cailouteux sur la deuxième photo).

 

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Vue de Cadair Idris du chemin vers Mynydd Moel.

 

 

 

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Mais, bien que Vladimir ait vu des gens sur un chemin qui descendait, je m'obstine à suivre l'itinéraire indiqué sur le Net. Je vérifie tout, en fonction des courbes de niveau. Mon raisonnement est juste mais le site avait tort. Le soit disant chemin était une limite de terrain... Bref, nous allons beaucoup trop loin...

 

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Il nous faut rebrousser chemin, remonter en haut de Mynydd Moel que nous avions largement dépassé. Ce détour imprévu nous ménage de belles vues sur le cirque glaciaire et un autre lac (Mwyngil), bien plus bas...

 

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... mais le vent se lève un peu et des nuages semblent se former...

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Fausse alerte, le soleil est vite de retour. Mais quand nous arrivons enfin en bas, il n'y a plus d'autres voitures sur le parking...

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ENGLAND - CYMRU - YNYS MÔN

IMG_0418 Anglesey ou Ynys Môn selon qu'on parle anglais ou gallois est une île assez vaste séparée du reste du pays par un détroit, le Menai, qui ressemble à un fleuve, à tel point que les gallois l'appellent Afon Menai (la rivière Menai) alors que c'est un bras de mer.

Mais notre première escale est de ce côté-ci du détroit, pour visiter le château de Caernarfon, une forteresse assez célèbre par sa taille et sa silhouette impressionnantes, si bien que je pense que tout le monde en a déjà vu des images.

Impressionner est le mot puisqu'il semble bien que là fut le rôle premier de ce château bâti par Edward I d'Angleterre après sa victoire sur le pays de Galles et qui fut une des plus importantes puissances de feu du Moyen-âge, dit-on. Le roi anglais dépensa une fortune pour bâtir plusieurs autres châteaux dans la zone, tous de grande ampleur. L'architecte était un savoyard, Jacques de Saint Georges. Cela n'empêcha pas les rébellions galloises; le château fut même repris momentanément plusieurs fois. Outre le château, la ville fut ceinte d'une muraille toujours en place.

Le château est lui même une immense enceinte car les logis intérieurs ont, soit disparus, soit ils n'ont pas été achevés. Il se distingue des autres forteresses de la "série" par ses tours polygonales et une certaine polychromie de la maçonnerie. Une théorie veut qu'on cherchât à imiter les murailles de Constantinople. Rien de moins. Il partage avec d'autres, par contre, ses tourelles vigies qui se dressent vertigineusement sur les tours (parfois au nombre de deux par tour !) qui sont à la fois très enthousiasmantes pour le visiteur (sensation au sommet d'être vraiment dans le vide et vues incroyables sur les châteaux) et très étonnantes au sens où elles semblent plus fragiliser le château que présenter un quelconque intérêt stratégique... Impressionner, une fois de plus? En tout cas, je n'avais jamais vu ça.

IMG_0349 J'ai aimé ces remparts sur mer.

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Qui s'accrochent au château lui-même:

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IMG_0368 Autre originalité, ces couloirs à l'intérieur des murs - au moins d'un côté - qui permettent, sur deux niveaux, d'aller d'une tour à l'autre à couvert. L'ascension de celles-ci et le tour du château sont assez éprouvants et valent bien une montagne!

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IMG_0434La plus grande et la plus belle des tours (la tour de l'aigle), accueillait le roi lors de ses visites. Elle a trois tourelles !

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J'ai été très impressionné (c'était le but, non?) par cette bâtisse qui tient un peu du conte de fée, malgré une foule un peu encombrante et bruyante. A l'entrée nous nous laissons convaincre d'acheter un billet forfaitaire pour aller voir (dans certaines conditions) tous ses copains.

Il y a aussi beaucoup d'aspects symboliques dans la construction de ce château, et des autres, liés souvent à des traditions galloises antérieures que les monarques anglais ont confisquées à leur profit. L'investiture du prince de Galles (1969) est un lointain avatar de ces pratiques. Elle eut lieu dans ce château même et il fut fortement conseillé au futur prince de faire son discours en gallois. La "chaise" resta longtemps en place dans la cour et Vladimir enfant y posa même son postérieur. Il me montra l'endroit exact. Mais je ne suis pas en reste ! Il y a plus de 25 ans, alors que j'étais en hésitation devant un distributeur de café de l'université d'Aberystwyth, un vieux monsieur, présumant que je ne pouvais rien chercher d'autre, s'approcha de moi, me montra un bouton et me dit "gyda llaeth". Je fus très fier de comprendre d'emblée qu'il me montrait comment mettre du lait dans mon café. Et lorsqu'il se fut éloigné, quelqu'un s'approcha de moi et me dit : "Sais tu qui c'est? C'était le prof de gallois du prince..."

Nous traversons le détroit et mettons le cap sur Caergybi/Holyhead, une île reliée à l'île au moyen de ponts.... Autant je trouvais que le ciel plombé seyait au château, autant j'espérais un temps plus lumineux pour la suite. Je fus exaucé. Le temps changea trop vite pour que je comprenne comment...

Nous longeons la côte vers notre destination, en quête de notre halte déjeuner (pique-nique quotidien), quand j'ai soudain l'impression d'être revenu en Bretagne...

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Ce sera donc là. Nous continuons ensuite vers Southstack, point culminant d'Anglesey et site d'un phare étrangement situé, le long d'un littoral superbe.

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Les hauteurs de la pointe agrippent les dernières nuées...

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IMG_0509 Le phare est sur un rocher en mer (stack) relié par un pont. Hélas, il est déjà fermé quand nous arrivons mais la descente jusqu'au pont par un escalier en zigzag, sur le flanc d'une impressionnante falaise, secoués par un vent qui manque plusieurs fois d'arracher mon appareil photo nous comble néanmoins.

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Curieusement, le phare est allumé, et avec un peu de persévérance, je capture ceci :

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Mais je continue à m'amuser avec le phare (ça n'est pas si souvent que je vois un phare "d'en haut" !)

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Avec ce vent la mer ne dit rien qui vaille...

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La vue est superbe sur North Stack et son ancienne corne de brume. Mais la côte est si haute que les nuages lui grattent l'échine.

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Le temps passe vite et nous avons juste le temps, sur le chemin du retour de faire une escale à Beaumaris. C'est un autre de ces châteaux edwardiens, resté inachevé quant à lui. Trop tard pour le visiter, le plus beau est sans doute le plan à double enceinte, qui ne se voit que du ciel...

Image illustrative de l’article Château de Beaumaris

Nous nous contentons de le longer un peu et d'admirer le Menai.

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Enfin, je cherche un point de vue éloigné, d'où on peut le voir avec le massif du Snowdon à l'arrière. L'occasion de côtoyer un vieux chêne. Ça faisait longtemps...

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ENGLAND - CYMRU - AU BOUT DE LLYN

Nous voici dans les Galles du nord, dans la presqu'île de Llyn, plus exactement.

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Notre "cottage" est au centre, entre côte nord et "côte" sud, au pied de reliefs, derniers soubresauts du massif de Snowdon (Yr Wyddfa).

Je suis un idiot total car quand j'ai vu IMG_0971 , à cause du mot cottage sans doute, je ne me suis pas branché langue galloise et ce Hendy m'est apparu comme un prénom. Deux jours plus tard, je suis resté planté devant ce nom, navré de mon aveuglement passé : hen dy, veut juste dire vieille maison et est parfaitement intelligible pour un bretonnant! C'est le nom du hameau où nous nous trouvons et où nous nous installons.

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IMG_0222 Pour notre première journée, je souhaite aller au bout, à l'extrèmité ouest, pointe massive qui fait face à Ynys Enlli (Bardsey island) et pour laquelle curieusement, je ne trouve aucun nom. Un tel cap sans nom me semble chose impensable !

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Nous longerons la côte sur quelques miles, dans un paysage de collines et falaises mêlées, tondues par les moutons, et qui est tout ce que j'aime. Que dire de plus sinon que je suis surpris des campanules (et j'en verrai un peu partout en fait) que je ne connaissais qu'en montagnes. C'est parti.

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Un peu inquiétant...

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Plus rassurant...

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Au retour, je vois les collines aux pied desquelles nous habitons, au loin, qui jouent avec les nuages

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Pour rejoindre notre home, nous passons par la côte nord

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et faisons une escale à Trefor (le "f " se prononce v en gallois), petit port au pied d'une montagne où nous reviendrons après avoir compris comment trouver un endroit que je veux voir absolument.

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Mais, pour le lendemain, nous avons une autre île en vue.

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ENGLAND - CYMRU - LA CATHEDRALE ET LE FLEUVE

IMG_0160 (1) Nous quittons la vallée de la Wye pour nous rendre dans le nord du pays de Galles, où nous passerons une semaine. Ce sera notre vrai séjour gallois après quelques incursions préalables. En chemin, nous faisons finalement escale à Worcester (attention à la prononciation), la préférant à la cathédrale du comté où nous étions (Hereford).

Worcester est une cathédrale que je n'avais jamais retenue et l'occasion fit donc le larron. Il reste ici aussi des vestiges de la cathédrale romane mais plus ténus qu'à Gloucester. Sa silhouette est celle de beaucoup de cathédrales de l'ouest: un seule grande tour de croisée. Mais cette fois, contrairement à Gloucester c'est du "full english" comme on le dirait du petit déjeuner, j'entends "la totale", avec grande longueur et deux transepts.

 

A_plan_of_Worcester_Cathedral_made_in_1836_(engraved_by_B

 

La grande originalité de cette cathédrale, je dirais, c'est son emplacement. A part elle, je n'ai aucune image de cathédrales fluviales en Angleterre, alors qu'en France elles sont plus d'une. Nous retrouvons donc la Severn, IMG_9910 (2) plus grand fleuve Anglais devant la Tamise et sa surpopulation en cygnes.

(3,4,5)

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(6) IMG_9915 De la rive du fleuve, il faut monter pour accèder au niveau de l'église et sa façade. (7)

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A ce moment, en contournant l'édifice, je suis pris d'un terrible sentiment de déception. Tout le parement extérieur a été refait au XIXème par Georges Gilbert Scott. La liste de ses constructions néo-gothiques et de ses restaurations est impressionnante. Ce doit être le Viollet Le Duc anglais. En tout cas, la cathédrale ressemble à une imitation sans âme. (8)

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Seule la tour de croisée s'en tire, mais elle est authentique... (9)

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 IMG_9941 (10) Une fois n'est pas coutume, notre entrée en matière se fait par le cloître. Un cloître vitré une fois de plus ! Zut. Beaucoup moins photogénique que celui de Gloucester, j'y fais néanmoins une déambulation plus inspirée. (11,12)

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Des cloches médiévales sont déposées là. (13)

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Sur ce cloître s'ouvre la salle capitulaire. Elle est romane (regardez le premier niveaux avec ses arcatures en quinconces typique du roman (anglo-)normand) bien que ses fenêtres et sa voûte aient été refaites à l'époque gothique. En tout cas, je constate que le plan circulaire ou octogonal de ces salles, si original, précède l'époque gothique. Nouvelle surprise. (14)

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Entrée dans la cathédrale, qui s'avère être un véritable livre d'histoire de l'art gothique anglais dont toutes les phases (sauf le perpendiculaire) sont présentes.

Mais avant de détailler, je dirais que la première impression fut aux antipodes de ce que j'avais éprouvé à l'extérieur : un très bel espace.

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Je suis séduit par une certaine sobriété  : ce que je vois est massivement du XIVème, donc decorated mais une version assez sobre au fond. La voûte elle-même n'est guère complexe et la maçonnerie des ses voûtains  (quartiers de voûte) est même assez grossièrement appareillée (alors que le gothique anglais peut être à l'inverse presque métallique dans son traitement dela pierre.) Mais surtout, ce qui me séduit - ce qui est à la base même de mon amour du gothique - ce sont les lignes. Cette nef est très linéaire de part la multiplications des "traits" verticaux, grâce notamment aux piliers très moulurés et épais. J'ai coutume de dire qu'un beau pilier anglais a une section en "petit beurre". Les plus beaux piliers du monde, à mes yeux, sont ceux de Wells, des vrais diamants de l'architecture, dont j'ai eu la fierté de dénicher des avatars dans deux églises bretonnes (Lamballe, St Méen). Dans les photos qui suivent j'ai essayé de "capturer" ce que j'aime tant dans ces piles. (18,19,20)

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L'élévation totale apparaît ici, avec un triforium très haut et donc une place assez réduite laissée aux fenêtres à l'arrière du passage mural (j'évoquais cela dans le post précédent pour expliquer la "révolution de Gloucester). (21)

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Dans chaque tympan des arcatures du triforium, une figure humaine. En y regardant de plus près, grâce aux photos, je soupçonne notre Viollet Le Duc anglais d'en être l'auteur. Nous n'aurons pas à aller bien loin pour trouver sa source d'inspiration. (22)

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A l'approche de la croisée, je retrouve comme la veille, ces arcs-boutants intra-muros, qui assurent la stabilité de la tour centrale. Question : pourquoi les anglais ont-ils eu recours à ce subterfuge alors que les tours de croisée, perchées sur des vaisseaux autrement plus hardis ailleurs, s'en passent allègrement?  (mais le clocher du Kreiskêr à St Pol de Léon, a des arcs-boutants secret aussi et des traits... d'architecture anglaise.. ah l'histoire est obstinément questionnante!) (23,24)

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Tout pris à l'obervation de mes beaux piliers, je ne me tourne que tardivement vers les deux premières travées occidentales, - revenant sur mes pas en quelque sorte - qui sont peu banales. Elles ne sont plus tout à fait romanes, pas vraiment gothiques. Tiens me dis-je, un style de transition! Et quoi de plus excitant qu'assister à la mue ? Et le triforium est proprement ébouriffant, roman dans sa structure, gothique dans la finesse de ses piédroits et complètement "rococo" avec ses fleurons (de facture toute romane) qui éclatent tels des bubons sur le nu du mur. Je m'étais déjà interrogé sur place. Hier soir, jusque tard, travaillant sur les photos, j'ai de nouveau achoppé sur l'étrangeté de cette élévation. Et ce matin, à l'ouverture des yeux, une image en noir et blanc m'est apparue, une photo de ces deux travées, en même temps que la certitude de savoir dans quel livre je la trouverais, dans un chapitre consacré aux prémices du gothique anglais. Je cours vérifier. Je ne m'étais pas trompé. Je les connaissais donc livresquement. J'y puise la date : 1175 ! Années 70, celles de l'introduction du gothique en Angleterre. CQFD!

(25 : élévation complète - 26 : raccord XIIème/XIVème)

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Il est temps de passer au sanctuaire (choeur + petit transept). Cette partie est toute entière en early english, la première phase du gothique, celle qui débute juste après Canterbury et dont les "grandes oeuvres" sont la nef de Lincoln et la cathédrale entière de Salisbury (cas unique d'une cathédrale anglaise bâtie ex nihilo, vite, et donc d'un bout à l'autre dans le même style). Eh bien cette première phase n'est pas tâtonnante mais très très raffinée, voire parfois maniérée : la mouluration et décor muraux à la normande (Cloître du Mont St Michel, Bayeux), les colonnes en délit au devant le la maçonnerie à la bourguignonne (Auxerre, Dijon...), la bichromie  et la délicatesse des sculptures - personnages et feuillages - à la saxonne : voila une partie de la recette. Bref, cette partie occidentale de Worcester est un peu un outsider du early, un superbe exemple moins connu. (27)

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Elévation : (28) :

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Fenêtre haute anglo-normande derrière passage mural (29).

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Une forêt de colonnettes (30).

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Chapelle à l'extrèmité du bas-côté. (31,32)

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L'early english, c'est cette virtuosité des chapiteaux  et ce style inimitable des petits personnages (que j'ai retrouvés dans tous les édifices de cette période), ornant culots des colonnes, et triforium (origine des pastiches de Scott sans doute) (33, 34, 35, 36, 37)

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(38) pennoù

Extrémité du sanctuaire (39,40)

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Le petit transept est pour moi un chef-d'oeuvre : une cage de lumière dédoublée qui n'est pas sans rappeler, en transposant au carré, les transepts de Noyon en France (premier art gothique). (41)

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Partout, dans le transept et le sanctuaire, des arcatures ornent le soubassement des murs et tous les écoinçons des arcades portent des saynètes sculptées, ce qui équivaut bien au foisonnement des portails d'Ile de France.

Transept : (42)

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Sanctuaire (visez l'élégance des silhouettes et des drapés) (43, 44, 45)

 

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Sans titre

Cette photo est une évocation de "l'ambiance" des cathédrales anglaises, très "meublées", où tout se perçoit au travers d'autre chose, où tout est mystère... (46)

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Tout cela est assis sur une crypte romane assez gigantesque (on ne voit ici qu'une partie) (47)

 

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Je terminerai enfin par celui dont la cathédrale est la sépulture. Je ne le savais pas avant d'y entrer et me trouvai tout surpris de côtoyer un personnage au nom si illustre: Jean d'Angleterre, dit Sans Terre. Il fut enterré ici à sa demande.

 

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Bref, je ne m'attendais pas à de telles richesses dans une  cathédrale rencontrée presque par hasard.

Allez, demain on prend le grand air.

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ENGLAND - CYMRU - AUX ORIGINES DU PERPENDICULAIRE

Je demande votre indulgence pour la longueur de ce post mais c'est aussi l'occasion de mettre mes idées au clair...

IMG_9887De Kilpeck nous filons vers Gloucester (attention à la prononciation !). C'est en cette ville que les parents de Vladimir passèrent leur lune de miel mais impossible de se souvenir du nom de l'hôtel pour aller y jeter un oeil, en admettant qu'il existe toujours.

Mais, on s'en doute, là n'était pas la raison essentielle de notre visite à Gloucester mais bien la cathédrale. Première seulement au compteur, Vladimir a un peu de patience en réserve.

J'avais à ce moment vu toutes les cathédrales anglaises que je voulais absolument voir et bien que Gloucester figurât dans le peloton de tête des grands édifices gothiques britanniques, le style perpendiculaire, dont elle est le fer de lance, me rebutait un peu par sa surabondance décorative, en particulier dans les voûtes, que j'aime assez sobre.

Mais, l'expérience de l'art anglais m'appris à me méfier des impressions que donnent les photos et de mes idées préconçues. Combien d'édifices qui me paraissaient "baroques" sur le papier glacé, s'avérèrent en trois dimensions, des plus envoûtants (c'est normal sous les voûtes).

Depuis aussi, j'ai beaucoup lu sur le gothique anglais, et je comprends de moins en moins mal sa genèse qui reste cependant mystérieuse à bien des égards.

Or, on considère que le plus vieux exemple de style perpendiculaire (ou rectiligne) est la partie orientale (choeur et transept) de Gloucester (1335). Ce style perdurera jusqu'au XVIème en Grande Bretagne. Paradoxalement, sa surcharge ornementale (notamment dans les voûtes) va de pair avec un raidissement des formes en réaction au gothique "fleuri" du decorated, et ce mouvement est parfois interprété comme en lien avec l'assombrissement des esprits suite à la peste noire.

Factuellement, le mur épais anglo-normand est abandonné : il n'y aura plus de passage au devant des fenêtres, celles-ci occuperont désormais tout l'espace disponible sous la voûte et descendront bien plus bas, à l'instar du gothique français. La place donnée à la fenêtre deviendra même prépondérante, au delà de ce qui se passe en France, au point d'occuper des murs entiers, de dépasser le cadre de l'arc brisé ogival jusqu'à paraître presque carrée. Même ce qui n'est pas fenêtre sera traité en "remplage", qui recouvriront murs et voûtes : tout s'uniformise donc au détriment d'une certaine articulation architecturale, à mon sens. Les voûtes vont même s'applatir à force de se compartimenter.

Dois-je rappeler que les abords d'une cathédrale anglaise n'ont rien à voir avec ce qui se voit ailleurs en Europe occidentale. Plus ou moins bien conservé, l'enclos est toujours là, faisant du quartier cathédral un lieu à part, sans commerces, aéré, verdoyant, très marqué par le Moyen-âge. Par ailleurs, alors que les abbayes ont été détruites, l'ensemble cathédral est souvent intact (cloître, salle capitulaire, réfectoire, bibliothèque...) dans lequel vous plongez comme en autre monde.

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Mais, dans ce "complexe" médiéval sont aussi librairies et cafétérias (parfois installées là où les chanoines eux-même se sustentaient!), ce qui en fait des vrais lieux de vie, sans compter les choeurs très actifs (et d'une qualité...). Tous les sites Internet des cathédrales vous donnent les horaires où on peut venir écouter ces ensembles musicaux, de même que les horaires où les bell ringers (souvent 12 personnes dans les cathédrales - une par note) officient. La cohabitation entre les motivations différentes pour venir visiter (religieuses, historiques, artistiques, amener ses enfants...) est sereine et paisible, bien loin des querelles stériles à la française (genre les cathédrales devraient toutes brûler car je suis anti-clérical, j'exagère à peine).

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Je suis obligé de préciser encore, pour que la suite soit intelligible, que la cathédrale de Gloucester est en majorité un rhabillage ! C'est en réalité, malgré toutes les apparences, une abbatiale romane. Et dès qu'on entre dans la nef on est surpris de voir ce que rien à l'extérieur n'annonçait...

Façade perpendiculaire

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IMG_9603Flanc sud, entièrement gothique (mais les fenêtres hautes minuscules trahissent la réalité),

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et son magnifique mixed border,

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Grande tour de croisée dans le même style (remarquez les couronnement, sorte de crénelage fantaisiste et ajouré, ainsi que les arcs-boutants contre la tour et pris dans les murs du transept pour assurer la stabilité du clocher).

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En faisant le tour vers l'est, les indices apparaissent plus nombreux, comme ces vestiges des absidioles romanes. Notez ce petit pont-couloir suspendu entre les deux chapelles, nous le retrouverons plus tard. Notez aussi la courbure de la gande fenêtre et les contreforts intégrés au fenestrage.

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Entrons dans la nef, romane (normande, comme je l'expliquais à Calystee). On pense à Durham, mais ici les proportions sont moins heureuses, avec ces piles surhaussées et un triforium et des fenêtres hautes "riquiqui". Le voûtement gothique du XIIIème (style early english, avec ses colonnes noires et des chapiteaux et visages si bien traités), accentuent la disproportion en faisant partiellement disparaître ces deux étages pas conçus pour la croisée d'ogive.

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                                                                               Des siècles que cette toile d'araignée me chatouille le nez !

Je n'ai rien lu là dessus et j'ai failli ne pas le voir, mais les bas-côtés ont des voûtes d'ogives qui me semblent pré-gothiques, comme à Durham: même profil des ogives et supports tous romans. Si je ne me trompe pas, c'est un scoop !

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Un petit saut dans le transept sud avant l'aller voir le sanctuaire, car c'est la première partie à avoir était refaite en perpendiculaire.

C'est par la volonté royale que sont entrepris ces travaux d'embellissement de la cathédrale qui conduisent à transformer l'art anglais. Le jeune roi Edward III commande ces travaux car l'abbaye de Gloucester vient d'accueillir, un peu par les hasards de l'Histoire, la dépouille de son père Edward II mort en disgrâce, peut-être assassiné. Sa femme était française - la fille de Philippe Le Bel - ,  et son amant - ? le doute susbiste - gascon).

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J'ai lu quelque part que le "cahier des charges" avait été de s'inspirer de l'art rayonnant français. Je suis un peu surpris. Mais en effet, à examiner l'édifice, l'abandon du mur épais, l'agrandissement des fenêtres, l'invasion des murs par les faux remplages, tout cela vient bien du rayonnant tardif. Mais le résultat est si différent, comme toujours en  Angleterre.

Enfin, pour mieux comprendre, voici ce que l'on a gardé de l'édifice roman = l'essentiel. Toute cette oeuvre n'est qu'illusion.

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Le transept sud donc, plus vieux édifice perpendiculaire anglais. Le mur n'est qu'un réseau, plein ou vide. (voyez encore les arcs-boutants cachés). De manière très illusionniste, la nervure sommitale de la voûte se poursuit dans le vide et est réceptionnée par ce que, mauvaise langue, j'ai appelé, le porte-manteaux. Vladimir aime beaucoup... le goût anglais sans doute. Les voûtes sont recouvertes de liernes mais ne sont pas encore chargés des "bosses" qu'on trouvera dans le choeur.

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Entrons dans le choeur :

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Ces deux photos laissent bien voir la structure romane (bas côtés et tribunes) à demi masquée par l'écran gothique diaphane. Le clair-étage est lui entièrement gothique, l'église a été surhaussée. Les fenêtres sont bien "à la française", occupant tout l'espace sous la voûte et descendant bien plus bas que la retombée de cette dernière (jusqu'alors l'étage des fenêtres ne descendait pas au delà de la barre transversale qui coupe ici la fenêtre en deux, pour vous donner une idée). Le mur n'est laissé nu nulle part.

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IMG_9805Le voûtement atteint un degré de complexité (et de charge décorative) inédit. C'est le résultat d'une tendance qui s'amorce très très tôt: dès que le gothique est introduit, les anglais n'ont de cesse de complexifier la voûte. Disons le tout net, ça 'est pas ce que je préfère..

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Il nous faut parler de la fenêtre orientale. Voila encore quelque-chose d'unique : le mur du fond n'est qu'une immense fenêtre, rien d'autre. (la plus grande du monde en son temps). Elle n'est pas plane mais courbée vers l'est, sans doute pour s'appuyer sur les fondations romanes, qui étaient celles d'une abside courbe. Cette forme lui a donné, dit-on, sa résistance aux vents.

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Elle est entièrement vitrée de pièces médiévales (parfois replacées là), assez typiques du XIVème, avec beaucoup de verres blancs dans lesquelles s'enchasse la couleur.

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Avec le "célèbre" golfeur:

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Au pied de la grande fenêtre est percée l'entrée de la Lady Chapel (le déambulatoire est interrompu pour cause de chevet plat).IMG_9736

IMG_9749La Lady Chapel est la seule partie construite ex nihilo en style perpendiculaire.

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On accède à tout ça par le déambulatoire - tronqué - qui est resté de style roman!

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On y voit un étonnant gisant du XIIIème siècle réalisé en morta (du chêne en l'espèce) d'Irlande (j'apprends ce mot en français pour traduire bog oak, que je comprends d'emblée grâce à la tradition irlandaise de faire les caisses des harpes en bois de ce type) [Le morta est un bois trouvé dans les zones de tourbières , en cours de fossilisation.] C'est Robert, fils aîné de Guillaume le Conquérant, prétendant malheureux au trône d'Angleterre, croisé etc.... On dirait qu'il danse. Il semble qu'il ait mené une vie assez dissolue... Y a-t-il un lien?

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Une des chapelles rayonnantes présente trois fenêtres vitrées en 1989 par Thomas Denny qui m'ont fait beaucoup d'impression.

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L'accès aux tribune est public (c'est rare). Comme les bas-côtés qu'elles surmontent, elles sont romanes et recouvertes d'un parement gothique.

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Derrière la grande fenêtre court un minuscule couloir (c'est le petit pont que j'ai montré plus haut) qui rejoint les deux tribunes. Quand on se poste à un bout, on entend une autre personne murmurer à l'autre bout comme si elle était à côté!

Enfin, à Gloucester il y a un cloître. C'est un des plus célèbres cloîtres du monde, avec sa voûte en éventail (la première du genre aussi) qui est un trésor d'ingénierie médiévale (je ne détaille pas les implications techniques et géométriques du fait que chaque pierre de voûte porte une partie du dessin....) mais aussi (et cela me faisait craindre le pire en fréquentation mais c'était finalement raisonnable), un des lieux de tournage des films du magicien Henri Potier.

C'est une grosse déception pour nous (Vladimir est amateur de cloîtres), car ce cloître est fermé (vitraux) et cela nous semble antinomique, en tout cas contraire à tout ce que nous aimons dans ces endroits où s'interpénètrent le dedans et le dehors... La quatrième photo montre le lavabo des moines, en face se trouvait l'endroit des serviettes.

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C'était une journée pluvieuse et sombre. Heureusement nous pûmes faire le tour de la cathédrale au sec mais il plut tout au long de notre visite intérieure.

Notre visite aux docks fut donc rapide, sous nos K-way.

Gloucester fut un port maritime, bien qu'assez loin de la mer. Elle est en effet tout au fond de l'estuaire de la Severn, qui est très long. Ambiance portuaire inattendue donc :

 

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IMG_9899Visite passionnante donc à bien des égards même si ça n'est pas le style qui m'emporte le plus.

Je suis désolé, demain c'est cathédrale encore, mais je serai plus court.

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ENGLAND - CYMRU - L'ETRANGE EGLISE DE KILPECK

Tout comme la promenade de la veille n'était pas envisagée de longue date, celle-ci fut inopinée... enfin presque. Je voulais faire défiler des images d'églises paroissiales anglaises sur Internet pour faire quelques comparaisons, car je suis toujours étonné par le peu de variabilité du modèle de l'église anglaise à la fin du Moyen-âge. Pour ce faire, je tape sur le moteur de recherche une phrase du type : "plus belles églises d'Angleterre" et clique sur "images".  Parmi tous les portraits d'édifices effectivement fortement apparentés, apparaît un OVNI, une silhouette d'église romane qui serait assez banale en France, mais ici... Intrigué, je poursuis mon investigation et ne tarde à trouver des images des sculptures. Cette fois je suis mordu ! Et quelle n'est pas ma surprise en découvrant qu'elle n'est pas loin de chez nous ! Après un mini déluge, nous nous risquons à y aller et la pluie nous épargnera.

L'église de Kilpeck est bâtie dans un minuscule village,

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à côté des vestiges d'un château-fort, à la place de sanctuaires plus anciens, celtiques entre autres. Cette zone de marches fut un royaume gallois qui disparut bien avant la construction de l'église actuelle (XIIème). Elle est commencée en 1140, qui est comme chacun sait, la date de naissance "officielle" de l'art gothique à Saint Denis. Clin d'oeil.

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Les maîtres maçons venaient de France, mais les sculptures du porche et de la fenêtre occidentale me semblent stylistiquement un mélange poitevino-celtico-scandinave étonnant...

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Quant aux modillons, très art roman hexgonal là aussi dans leur principe, leur style leur confère l'aspect d'hallucinations.

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Certains se signalent particulièrement:

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Mais le plus célèbre est la Sheela Na Gig, la plus illustre du genre, à ce qu'on dit...

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L'intérieur ne démérite pas, avec son arc diaphragme  orné de statues qui me semble encore d'un autre style (un peu pâte-à-modeler), marqué lui aussi :

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Dans l'abside, d'étrange "ogives" avant l'heure, décorative bien sûr, sans rôle technique, semble-t-il.

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Ceci mène aux ruines du château...

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Et puis, hommages aux arbres, une fois de plus. Des chênes aujourd'hui...

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ENGLAND - CYMRU - PEN Y FAN

IMG_9461 Bien que n'ayant pas vécu sur le coup le canoë comme un effort physique considérable, mes suées reprennent dans la nuit qui suit, ainsi que des réactions étranges au soleil (apparues dès mon retour à la plage après ma maladie, à vrai dire, et qui m'obligeront à l'écran total pour les randonnées montagnardes). Au réveil, je me sens faiblard et ce sera matinée lecture au lieu de la randonnée prévue.

C'était Vladimir qui m'avait fait remarquer que nous n'étions guère loin des Brecon Beacons, un massif du pays de Galles du sud dont j'ignorais jusqu'au nom. Le nom gallois n'a rien à voir, mais en anglais (Brecon est un nom de lieu) beacon veut dire signal, balise etc... et est une allusion aux signaux de feu qu'on allumait sur ces montagnes, ce qui m'a fait penser à  notre Karreg an Tan (roche du feu) bretonne. J'ai regardé quelques images de ces sommets et ai été frappé par leur silhouettes très austères et aux formes peu communes, comparées à ce que se fait dans le coin ! Ayant consulté les guides de randonnées à notre disposition, je repère un itinéraire pas trop long ni ardu (car partant de 400 m) qui nous mène au sommet de Pen y van, point culminant du massif et des Galles du sud. Il me semble pourtant devoir y renoncer.

L'après-midi, nous décidons néanmoins d'aller voir l'endroit, de marcher gentiment au début de l'itinéraire, qu'on trouve au bout de minuscules routes au départ de la ville de Brecon.

Je m'attarde un peu auprès d'un vieux bouleau et d'un vieux saule (les vieux arbres me fascinent totalement),

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avant d'entamer la montée qui a la bonne idée de commencer tout doux.

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Et comme c'est toujours le cas quand on marche, à force de mettre un pied devant l'autre, obstinément, on avance et on prend plus de hauteur qu'on ne l'aurait cru. Et la machine karagarienne semble fonctionner à condition d'être menée doucement.

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Et comme c'est également toujours le cas lors des ascensions, soudain, au passage d'un pli de relief, notre but apparait, les sommets se dévoilent. Le Cribyn (crête en gallois, première image) puis le Pen y Fan qui me semble tout à fait accessible et surtout magnifique.

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Vous montez avec nous?

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Les nuages poursuivent Vladimir

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 IMG_9457 Nous y voila !

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Nous avons beaucoup de chance car le grand régisseur lumière déchire le ciel un peu gris pour nous donner ce qui se fait de mieux comme éclairage, les secondes se succèdent et sont toutes différentes...

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La météo a toujours été avec nous car, à part une après-midi à Liverpool, les grosses pluies ont toujours eu lieu, au bon moment. Exemple demain.

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ENGLAND - CYMRU - WYE VALLEY

IMG_9257 De Tintern, nous remontons la vallée vers le nord où se trouve notre villégiature, faisant une halte au village de Saint Briavels, signalé comme possédant un château-fort. IMG_9217Celui-ci abrite une auberge de jeunesse. Remarquez, au bas d'une des tours du châtelet, les "contreforts en éperons", dont nous reparlerons bientôt.

IMG_9213 L'ambiance est on ne peut plus britannique, grands arbres (beaucoup de vieux sycomores), jolis cottages, cheminées fantaisistes.

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L'église, sous des dehors très XIXème, nous réserve une surprise à l'intérieur : elle est en partie romane. Comme en Bretagne, les églises paroissiales romanes ne sont pas si fréquentes ici.

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Nous y faisons la connaissance de William Warren, sa femme Mariana et leurs enfants.

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Et puis nous arrivons au célèbre village de Symonds Yat, qu'affectionnait le père de Vladimir qui fit son service militaire dans la proche ville de Gloucester. C'est un village dominé par de hauts escarpements d'où l'on voit les méandres de la rivière Wye.

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Nous nous garons à Symonds rock, en hauteur donc (cercle de gauche sur la carte) d'où nous voyons la rivère des deux côtés.

Côté est :

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Côté ouest avec le quartier est du village (on suit?) :

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Nous descendons à Symonds east par une grande descente à travers les hêtres, où je remarque un tronc entièrement hérissé de pièce de monnaie. Réflexe panurgien de touriste ou vieille tradition ?

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Nous voici au village juste à temps pour a nice cup of tea. De la terrasse nous observons les va-et-vient du ferry à l'huile de coude, seul moyen de rejoindre Symonds west. Il en existait plusieurs autrefois.

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Le lendemain, Vladimir se prend d'une envie nautique. Le rendez-vous est pris pour la fin de matinée. Il nous reste du temps pour aller jeter un oeil au château de Goodrich, presque voisin de nous, et réputé comme la plus belle forteresse du comté.  Mais juste jeter un oeil, en Angleterre, peut s'avèrer oeuvre délicate. Il est souvent très difficile de se garer hors des parkings payants et chers - pas de bas-côté en général sur les routes secondaires, haies taillées au raz du bitume, sans parler des ronces qui prennent parfois un quart de la route, mais ça c'est au pays de Galles. Même sans être pingre, faire plusieurs visites ou marches dans une journée peut s'avèrer, pour bien des portefeuilles, rédhibitoire. A cela, il faut ajouter, le prix d'entrée au château, fixé ici à 8 ou 9 livres (!!), soit entre 10 et 11 euros à l'époque (oui je dis bien à  l'époque car depuis trois semaines, des bouffons à la tête du pays s'évertuent à faire baisser la valeur de cette monnaie qui a presque rejoint l'euro au moment où j'écris).  Or je sais que l'intérieur du château ne présente que peu de vestiges, nous n'avons de surcroît que peu de temps, donc un tour extérieur des murailles me suffirait. Mais, les choses sont ainsi faites que l'entrée payante est bien en amont et rend la chose impossible.

La chance voulut que juste avant l'entrée du parking se trouvât une zone herbeuse de la taille d'une Kangoo maxi (c'est long). Du parking, nous trouvâmes un sentier dans les bois qui rejoignait la grande allée après le guichet ! A nous le tour du château ! Pas question bien sûr de passer le châtelet, où il y a contrôle des tickets.

C'est un château normand, construit sans doute à l'emplacement d'une fortification saxonne, comme tant de châteaux à la frontière du pays de Galles. De cette époque date le donjon roman carré à contreforts en pilastres, semblable aux modèles français. Il est agrandi plus tard par un seigneur franco-anglais (partie en grès rouge). Ici, les contreforts en éperons, typiques des ces châteaux des marches galloises, sont extraordinaires. Les tours semblent vraiment l'imbrication de deux volumes géométriques différents (cylindre et pyramide effilée).

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Mais que vois-je? Des visiteurs marchent au fond des douves ! Je ne tarde pas à repérer la petite porte d'où ils sortent... Les fossés profonds sont barricadés, mais peut-être cette rampe herbeuse, qu'on atteint en se faufilant entre ces deux poteaux (et en rentrant le ventre), mène-t-elle aux douves...? Deux trois rochers à enjamber et voila qui est fait. Je ne suis pas peu fier de cette prise d'une si imposante forteresse. Une première !

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Encore des hêtres avant le tour des douves...

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Je peux examiner l'exploit de géometrie appliquée qui donne ce profil aux tours.

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Nous entrons furtivement dans la cour... peu  à voir en effet, sauf ce solarium médiéval...

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Il est temps de nous rendre de nouveau à Symonds Yat east. De là, un mini bus nous amène à Kerne Bridge (sic ! - cercle à droites ur la carte) et nous redescendrons la rivière en canoë, soit un parcours de 14 km, dans le sens du courant, faible à cette saison.

Mes régates avec Fromfromgirl sont si anciennes qu'il faut bien un petit entraînement à sec !

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Et c'est parti. Ces flancs boisés, cette rivière restée sauvage (remarquable !), moins de rapides certes mais je pense à Délivrance et j'ai un petit frisson dans le dos...

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Mais nous ne sommes pas seuls...

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Pas seuls du tout...

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En rivière, je l'ignorais, se sont des volatiles et non des phares qui signalent les récifs...

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Petite pause et toujours, de majestueux chênes dans les prés...

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Je n'avais jamais fait cela et j'ai beaucoup apprécié : Une demie journée sur l'eau, au long d'une rivière très belle, au berges naturelles.

L'après midi n'est pas terminée et j'ai envie d'aller voir "the cathedral of the forest", surnom tentant de l'église d'un village dans la forêt de Dean.

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Son imposante et belle tour n'est pas pour rien sans doute dans ce surnom. J'adore certaines de ces tours anglaises qui allient la puissance d'un donjon, comme les protectrices du village, et le raffinement soudain de leur pinacles gothiques.

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L'enclos est aussi intéressant : on y voit un échalier comme en Bretagne,

IMG_9391 une porte monumentale (comme les dits "arcs de triomphe" des enclos bretons) mais maçonnée et chaprentée selon un type traditionnel ici,

IMG_9395 une croix monumentale (sans doute XIXème) ornée de quatre anges dos à dos

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et bien sûr le cimetière jardin. IMG_9367

C'est ici que se trouve la maison  du chien fou dont je parlais ici.

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Enfin dans le village, un vieil ensemble de maisons qui sont des almshouses, maisons de charité destinées aux pauvres (en échanges de prières pour l'âme du bienfaiteur...)

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ENGLAND - CYMRU - ABATY TINDERN (Tintern abbey)

IMG_9183 L'arrivée à Tindern m'inspira ma première brève d'outre Manche. Un pied au pays de Galles avant l'heure en somme, en cette région de marches, où passer d'une rive à l'autre de la rivière vous fait changer de pays en moins de temps qu'il ne faut pour l'écrire. Nous arrivions de Bristol - où nous avions dormi dans une vieille maison restaurée sans rien qui dépasse, ni guère de trace de vie et pas plus de livres - après avoir décidé de supprimer l'étape "Bath" pour nous donner un peu plus de temps à l'exploration de la belle vallée où nous devions passer quatre nuits.

Remontant donc la rivière Wye depuis la Severn où elle se jette, très vite, alors que la mer influence encore le niveau des eaux, on trouve Tindern. L'abbaye est l'une des plus célèbres ruines "romantiques" de Grande-Bretagne, maintes fois dessinées et peintes comme Plume nous l'a déjà évoqué. La plupart des abbayes britanniques sont soit ruinées soit disparues du fait de la dissolution des ordres monastiques ordonnée par Henry VIII. Une notable exception, nous y reviendrons.

Tintern est une fondation cistercienne de 1131, la première au pays de Galles. Les premiers moines venaient de la région orléanaise. Il ne reste pas grand chose du bâtiment roman car l'abbaye fut rebâtie au XIIIème, en particulier l'immense église, à partir de 1269. Mais là encore, à part cette dernière, très peu demeure de cette reconstruction.

On pense à Fountains, sa célèbre grande soeur (mais cadette d'un an). Les bâtiments monastiques sont mieux conservés à Fountains et les dimensions sont hyperboliques. Mais, l'église de Tintern, de par son style bien sûr, m'a plus sûrement séduit.

C'est un grand vaisseau gothique de la période decorated mais l'ardeur décorative est tempérée par les impératifs  de la sobriété cistercienne (pas de triforium par exemple, une simple bande murale). Le charme du gothique anglais avec la sobriété du gothique français, dirais-je. Et puis une grande pelouse comme pavement d'un vaisseau, je n'y résiste jamais.

 IMG_9195 Je vous laisse déambuler et vous retrouve pour quelques détails...

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Je suis intrigué par les piliers du choeur, comme s'il manquait quelque chose. Je ne tarde pas à remarquer des logements , pour ce qui me semble avoir été des genres de colonnes en délit, indépendantes de la maçonnerie de la pile.IMG_9162 J'ai regardé depuis des reconstitutions qui restituent des colonnes noires type marbre de Purbeck.

Je suis assez étonné des arcs brisés qui encadrent les fenêtres hautes et qui prennent la forme de triangle, comme un raidissement de l'arc ogival. Je n'en connaissais pas de si précoces. Car plus tard ils sont légions et ont même été adoptés, à la fin du XVème, à la cathédrale de Saint Pol de Léon, en Bretagne : un de ces nombreux exemples d' "anglicisme" que seul l'art gothique breton, ou presque, connaît sur le continent.

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D'ailleurs, le porche ouest de l'abbatiale présente aussi un décor proche de ce qui se fait en Bretagne au XIVème (Tréguier notamment).

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Voici le transept, vu vers le nord. On distingue bien l'escalier et la porte. C'est le plus sûr invariant de l'architecture cistercienne. Je n'ai jamais vu d'église de cet ordre sans un tel escalier au nord, qui mène au dortoir des moines.

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Ici, on voit la porte de l'extérieur. Le dortoir occupait tout l'étage à partir de l'endroit d'où je prends le cliché jusqu'à la façade nord du transept, couvrant plusieurs salles du rez-de-chaussé. Immense !

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Cette image représente les moines sortant en pleine nuit pour les vigiles.

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Voici enfin la rivière Wye et les hauts flancs de sa vallée au bord de laquelle nous pique-niquerons...

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... et resterons quelques jours, car il y a là des endroits chers au père de Vladimir et que celui-ci veut revoir.

Nous y accomplirons deux exploits, l'un militaire et l'autre nautique. Mais c'est une autre histoire...

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ENGLAND - CYMRU - CHEESE AND GORGE

Ces vacances ont été, un peu par hasard, liées à des endroits que nous voulions voir (me concernant) ou revoir (pour ce qui est de Vladimir) depuis longtemps.

Lorsque j'étais allé au pays de Galles, il y a plus de vingt-cinq ans, notre mini-bus était passé non loin de Cheddar Gorge et la personne qui nous en avait parlé avait, d'un geste vague, montré l'horizon où il m'avait semblé voir une zone de relief. C'était les Mendip Hills. L'idée de gorges dans ce modeste massif m'avait intrigué. C'est en fait un plateau calcaire avec relief karstique - peu fréquent me semble-t-il dans ce pays - avec rivières souterraines, résurgences et gorges sèches (sans rivière).

J'ai dû entendre parler du fromage plus tard.

Or de Plymouth à Bristol, où nous devions dormir chez une nièce de Vladimir, on passe immanquablement près de Cheddar. L'occasion rêvée d'aller voir tout ça de plus près.

Le village de Cheddar est trop touristique mais il suffit d'un bon raidillon pour écrèmer la foule. (langage laitier on l'aura remarqué). Nous fîmes donc le tour des gorges par le haut, les longeant d'un bord, revenant de l'autre. La partie réellement en gorge est assez courte mais remarquablement "montagnarde".

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La seule façon de voir les gorges d'en bas est hélas de prendre la voiture... Mais c'est impressionnant. La plus haute paroi avoisine quand même les 140 mètres. D'ailleurs on y fait même de l'escalade.

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Mais, vous attendez sans doute que je vous parle du fromage. Eh bien sachez qu'aujourd'hui le Cheddar est fabriqué partout dans le monde (anglophone au moins) et est majoritairement un fromage industriel, même s'il existe une appellation d'origine. Une seule et unique marque de Cheddar est fabriquée à Cheddar et affinée dans les fameuses grottes calcaires.  C'est de celui-ci que sera fait notre lunch !

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Alors manger du Cheddar à Cheddar m'a forcément fait penser à une autre photo prise il y a 14 ans à Saint Nectaire

(avec l'aimable non-autorisation de Fromfromgirl...)

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ENGLAND - CYMRU - Prélude

IMG_9011 Je monte à bord un peu soucieux. Cela fait une semaine que je suis officiellement guéri, que j'ai repris le travail, les bains de mer, mais depuis trois jours, la toux qui avait semblé un épiphénomène est revenue, un peu plus marquée. Les préparatifs divers m'ont semblé légèrement poussifs et j'aborde le port de Roscoff avec une sensation de fatigue. Je crains la rechute. D'autant qu'il y a quelques ascensions costaudes au programme... Des ascensions difficiles en Grande-Bretagne, j'en imagine déjà certains sourire. Nous verrons bien...

Je suis donc très prudent une fois rejoint les niveaux supérieurs du navire. Je me partage, malgré le beau temps, entre sieste et lecture à l'intérieur - je lis d'une traite une série de nouvelles consubstantielles écrites par un ami - alors que les britanniques, très largement majoritaires à bord, se dorent sur le pont.

IMG_9009 En fin de traversée, je me décide enfin à sortir. Et là, miraculeusement, j'ai envie de dire, il est là, au même endroit. A chaque traversée, au moment où je sors sur le pont, me disant intuitivement que le Devon approche, Eddystone pointe plein ouest sur une mer argentée, côtoyé par son moignon.

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J'ai déjà évoqué ce phare historique, le premier jamais construit en pleine mer, si bien maçonné que la roche qui le portait s'est usée avant lui. On en bâtit un nouveau, plus grand, sur l'étoc voisin, mais les anglais, ayant un sens aigu bien avant l'heure de ce que l'on appellera bien plus tard le patrimoine, le démontèrent soigneusement pour le remonter sur le fameux Hoe,IMG_9035 là où Drake aurait tranquillement joué aux boules attendant la marée pour aller combattre l'Armada espagnole.

Les côtes du Devon sont désormais bien visibles, dominées par Dartmoor et son célèbre chien.

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Désormais dans la rade, je m'amuse avec le phare portuaire, et avec la magie du zoom, je l'associe à son grand frère Eddy !

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IMG_9031 bis

Vladimir m'attend à terre où nous irons manger un fish and chips (je goûte le poisson mais pas les frites alors que je goûte les pommes vapeur du jardin, et je commence à comprendre, grâce à de précédentes expériences, que plus la nourriture est transformée, moins j'ai de chance de la goûter/sentir).

Alors que le vin c'est fini pour moi, j'ai la chance de goûter encore la bière. Celle que je prends est grande-cornouaillaise et s'appelle Korev ! part0000011 bis Les bretons comprendront...

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BREVES D'OUTRE MANCHE 8 : rainbow

Sur la grande ville bigarrée d'architectures diverses, vieux temples arrogants du capitalisme triomphant plus hauts que des cathédrales, vraies cathédrales en duel architectural et religieux, célébrissimes docks désormais entrés dans l'histoire de l'architecture mondiale, bars innombrables crachant les décibels d'une musique désormais électronique, il pleut, il pleut d'une pluie froide et continue qu'un vent vicieux plaque sur vous et rend pénétrante. Mais les anglaises du nord, sans faiblir, vont de bar en bar, au rythme cahoteux que leur imposent leur talons vertigineux, autant habillées que si elles étaient sur une île grecque. Les mecs pareil, mais un mec c'est toujours un peu plus couvert...

C'est bien gris mais partout il y a de la couleur. Grâce aux drapeaux aux couleurs de l'arc-en-ciel, dans les grandes surfaces, les hôtels, à la mairie, sur la moindre échoppe. Ici, c'est week-end des fiertés. Et toute le ville semble derrière, en soutien. Au musée de la ville, même, dans le hall d'entrée, une drag-queen conteuse, narre aux bambins attroupés autour d'elle sur les genoux de leurs géniteurs, une histoire sur la différence et l'acceptation de soi.

Ça m'a fait chaud au coeur. Et j'ai pensé, que de ce côté ci, on était bien timide encore.

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bREVES D'OUTRE MANCHE 6 : illusion...

Snowdonia (Eryri), malgré des altitudes que certains pourraient qualifier de modestes, a tout d'un ensemble de massifs montagneux : cirques glaciaires, lacs morainiques, forte culminance, pentes abruptes... Et ce que nous vivons ne devrait différer de nos expériences pyrénéennes que par le port du K-way, le vent froid des hauteurs, les nuées nous frustrant des sommets. Eh bien que nenni! Nous sommes en T-shirt, badigeonnés de crème solaire, suant à grosses gouttes et le ciel est... tout bleu.

Illusion totale !

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BREVES D'OUTRE MANCHE 7 : mirage...

Le "gallois avant l'anglais", en tout lieu, contrairement au "français forcément devant le breton" en quelques endroits - merci à la force des militants et peut-être aussi à l'absence ici du concept de langue de la république - quel impact ! Le gallois, on est presque obligé de s'y coller.

Un chouïa plus facile pour moi que pour Vladimir. Quand même, mon oeil descend vite vers l'anglais et puis parfois, de plus en plus, pas besoin. Quel fierté. Et plus rarement, carrément le sursaut! Genre, j'ai un mirage, pourquoi c'est écrit en breton ici?

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bREVES D'OUTRE MANCHE 5 : promesses...

J'étais venu au pays de Galles il y a 27 ans (ou 26 ou 28) pendant une semaine, dans le cadre professionnel.  Semaine très intéressante mais où l'explorateur qui brûle en moi, enrageait parfois de ne pouvoir "sortir du cadre". A deux reprises, j'ai rongé mon frein. J'ai réparé une frustration féodale hier et ce matin, météo favorable, nous partons pour accomplir la promesse que je m'étais faite alors...

 

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BREVES D'OUTRE MANCHE 4 : Complétude et mélancolie.

Des montagnes moutonnantes laissées aux soins de brebis innombrables qui les tiennent vertes et rases s'abîment en falaises dans la mer d'Irlande. Devant, une drôle d'île, moitié crêpe moitié montagne. Sur la partie plate une phare rouge et blanc, esseulé.

Quand j'arrive là et que mon oeil embrasse tout cela d'un seul regard, j'ai ce sentiment récurrent en pareil lieu : celui d'être arrivé. Mon rêve enfantin d'être gardien de phare? Complétude.

Et puis, à voir ces collines et ces falaises, des brides de répliques, écrites avec ce genre de pays dans ma tête, me traversent l'esprit. Un peu de mélancolie me gagne.

Dans une semaine je serai de nouveau au pays de la  langue cumric. Ironie du hasard. 

 

Posté par karagar à 19:23 - Commentaires [6] - Permalien [#]

BREVES D'OUTRE MANCHE 3 : Only a whisper...

Vladimir est juste en face de moi, au même emplacement exactement : il y a la largeur d'un vaisseau de cathédrale entre nous, et le vide aussi, car nous sommes à hauteur de triforium. Je le vois bien au travers d'un très fin réseau de pierre. Il est, tout comme moi épaulé contre la plus grande verrière du monde médiéval, et à l'embouchure d'un étroit couloir courbe qui glisse invisible derrière l'immense fenestrage et qui lui permettra de me rejoindre. Je suis à l'autre extrémité. 

Alors il tourne sa tête et murmure. Et moi, je l'entends comme s'il parlait à mon oreille.

Magique Moyen-âge!

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BREVES D'OUTRE MANCHE 2 : Impossible ailleurs !

Une maison peut donner sur la rue, l'avenue, le boulevard, une impasse, la place, la plage, le quai, le chemin de halage...

Ou alors...

Imaginez celle-ci: un cottage un peu bordélique, loin de ces bâtiments pourléchés qu'on voit si souvent dans la campagne anglaise. La porte ouvre directement sur une très grande pelouse, parsemée d'arbres vénérables. Du seuil, on lance sa baballe au chien qui s'élance sur sa trace. Mais pour pouvoir la rattrapper et la ramener à son maître, il devra slalomer parmi... les tombes!

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BREVES D'OUTRE MANCHE 1 : Vladimir parle breton !

Nous sommes en route pour l'abbaye de Tintern, qui se trouve sur la frontière galloise, côté gallois. Je ne manquerai pas de vous dire ce que je pense de cette fille de Cîteaux à mon retour, mais ça n'est pas mon propos aujourd'hui. On a traversé la Severn sur un immense pont à la "Golden Gate" il n'y a pas cinq minutes. Quelques minutes plus tôt encore, nous étions à Bristol, bref, dans ma tête je suis toujours en Angleterre. Je suis tout à mon "driving"car, même si j'aime assez conduire à gauche, les habitudes ont la peau dure, et il  faut être attentif les premiers jours.

Et là, quelle n'est pas ma surprise d'entendre Vladimir, le plus naturellement du monde, me dire "abati Tintern", soit abbaye de Tintern en breton. Ma surprie est grande, je manque d'écraser trois partisans du brexit sur le trottoir, car si Vladimir a pu attrapper quelques mots bretons "de par dessus le peigne", comme on dit en breton, justement, il est plus que certain qu'il ignore comment on dit "abbaye" en breton.

"Tu parles breton?"

"Non, je lis les pancartes !" me répond-il.

J'avais oublié que nous étions au pays de Galles !

Croeso!

Posté par karagar à 21:30 - Commentaires [3] - Permalien [#]

FËTE ET JARDINS

Dernier tour au jardin de la saison, qui est en quelque sorte au climax de sa floraison estivale, bien que les roses (remontantes) finissent leur première floraison, et aussi, à cause des circonstance, au climax de son entretien.

Car en effet, comme certains savent nous fêtions un anniversaire important il y a 11 jours et nous avions une soixantaines d'invités. J'a eu beaucoup de "retours" plus que satisfaisant sur le jardin et la perception qu'en avaient ceux qui le découvraient...

En bonus aussi, un plan du jardin, une première !

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Extraits de la ballade botanico-artistique...

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Sous le barnum...

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La crêpe anniversaire

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Champion 2019 de lancer de galette de Pont-Aven

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