EN ALAN AR MEURVOR

Tonket d'ar mor hag en e zle

16 décembre 2009

NETRAOUIGOU (petits riens)

Mail d’Allemagne. Impression confuse à sa lecture. Manque de mesure. Me donne l’impression qu’on fait de moi un martyre, ce que je ne suis nullement. Malaise. Mélange des genres. Cela devait être un échange sur la littérature, alors pourquoi me parler de cette berlin*oise qui l’a quitté ? Ai-je à ce point une tête de confesseur ?

         Théâtre. Enfin du texte, de l’interprétation. Le propos de Rimbaud devient un duo. Quelques minutes pour mettre en scène à deux un texte qui n’est ni du théâtre, ni un dialogue ! Une jeune femme et moi. Pas mal, mais trop… sage, nous dit-on. « Au moment où tu dis « livres érotiques », pelote lui les seins, caresse-toi les couilles ! » Sauvé par le gong, on va dire, pas eu vraiment le temps de le faire. Pour être franc, ça ne me pose guère de problème de lui mettre la main au cul ou ailleurs, pas d’enjeu. Mais je crains de la gêner elle.

         Il a neigé ce matin alors qu’à Quimper, pas un flocon. Le monde à l’envers ! En tout cas, il ne fait pas chaud. C’était tout drôle de remplir le sac de voyage, de T-shirts et shorts. Aller dans un pays où je ne connais pas le nom de la moindre plante, c’est de la folie !

         A dans une dizaine de jours, donc.

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14 décembre 2009

VIEILLE MODERNITE

Au risque de paraître un peu vieux jeu, j’ai trouvé plus enthousiasmant de cheminer le long de l’Odet, nuitamment, pour me rendre au vieux théâtre, et voir ses réverbères à l’ancienne dans leur écrin végétal se rapprocher, d’en gravir les marches un peu sévères, dans un décor de début de siècle dernier. C’était plus chic, au fond, que de patienter devant le bardage red-cedar décati et encagé de la scène nationale.

Ce soir là était donné sous forme théâtrale, un texte romanesque intitulé Histoire comique des états et Empires de la Lune écrit autour de 1660 par Hercule Savinien Cyrano de Bergerac.

J’en parle ici car ce spectacle m’a stupéfié et nourri. Il fallait un beau talent pour interpréter ce texte touffu et farfelu en solo – si l’on exclut les deux musiciens  -, certes abondamment dialogué, pendant une heure trente. D’autant que le parti pris était celui de la déclamation baroque. Je craignais au départ qu’une telle prononciation de la langue et un tel phrasé ne compromette mon adhésion par excès d’artificialité et ne me fasse même lâcher prise. Il n’en fut rien. Bien au contraire, au bout de quelques minutes, j’étais tellement embarqué dans cette musique que pour rien au monde je n’aurais souhaité un retour à la langue moderne.

Le comédien excellait dans l’art d’envoyer le texte, chaque mot semblait pensé et il usait à merveille de cassures et ruptures de rythme propre à l’art dramatique. Son débit confinait parfois à la virtuosité. Mais c’était aussi un homme incarné, et le travail du corps, jusque dans les moindres gestes, était à la fois inventif et précis, si bien que l’ensemble semblait suivre avec maîtrise une partition complexe.

La scénographie était simple à l’extrême, un escabeau et un lutrin, utilisés là encore avec créativité et fantaisie, illustrant avec brio que le rêve nait plus facilement des images suggérées qu’imposées.

Il se trouve que je m’étais souvent interrogé sur ce à quoi pouvait ressembler un spectacle théâtral à l’ère des bougies, accoutumés que nous sommes à tous ces effets que seule la fée électricité rend possible. Or, ce spectacle était éclairé à l’ancienne, par une rangée de bougies à l’avant de la scène, rendues invisibles des spectateurs par un cache. Quelques bougies supplémentaires étaient manipulées par le comédien lui-même tout au long du spectacle, créant des effets divers et subtils. A aucun moment je n’ai eu l’impression d’un éclairage chiche dont j’aurais dû me contenter pour le bien d’une reconstitution historique. Je ne suis pas insensible aux merveilles de la technologie, mais ce fut une belle leçon de voir la magie du spectacle possible, de constater sa puissance évocatrice avec une telle économie de moyens techniques.

         Mais je découvrais aussi à l’occasion un texte incroyable dont je ne soupçonnais pas le moindrement qu’il pût exister à cette époque. J’avais lu de ce roman qu’il était considéré comme l’ancêtre des romans de science fiction. Et il est vrai, que de ce seul point de vue, il a de quoi surprendre. Les recettes bien connues du genre y sont déjà, des délires technologiques aux fantaisies zoologiques. L’imagination dont l’auteur fait preuve pour décrire les humanoïdes lunaires et leur mode de vie n’a rien à envier à celle de ses lointains successeurs. On s’étonne même d’entendre la description du livre lunaire qui s’écoute plutôt qui ne se lit et on hésite à y voir une vision du magnétophone où de nos livres électroniques de demain.

         On sent l’auteur féru de sciences dont l’astronomie, et de philosophie aussi dans ses argumentaires à la fois débridés et implacables de logique.

         L’histoire est un plaidoyer fou contre les idées reçues qui dans bien des domaines n’est pas encore obsolète. Le héros trouve le moyen de rejoindre la Lune. Mais, lors de sa première tentative, il ne parvient pas à s’élever assez haut et retombe sur Terre. Et du fait de la rotation de notre planète, il atterrit en Nouvelle France, entendez au Canada. Le procédé est astucieux, car il annonce l’alunissage en ce que le héros observe un monde semblable et différent, mais surtout parce que ce dernier fait la rencontre de « sauvages » du Nouveau Monde qu’il traite comme il se doit, alors que quelque temps plus tard, sur la Lune, c’est lui qui sera l’arriéré civilisationnel.

         La Lune, enfin atteinte, apparait comme une société meilleure, mais des tares, petit à petit se font jour, dont la description est autant d’occasions de fustiger celles de la bonne vieille société terrestre. L’auteur émaille les péripéties du héros de démonstrations absurdes et percutantes, dont une – un morceau de bravoure pour le comédien – ramenant à néant la supposée supériorité du chrétien sur le musulman.

         Mais à un moment, je me redresse sur mon siège, incrédule. Le héros, sur la Lune, est une espèce de bête de foire que l’on croit femelle. Or, la reine de la Lune, possède un autre spécimen tenu pour mâle et qui se trouve être également un homme. On réunit les deux individus et leur intime l’ordre de procréer. Le héros et narrateur note qu’il se plia aux injonctions royales avec un bonheur certain et part, à ma grande stupéfaction, dans un prêche contre l’homophobie !

         A un autre moment, l’existence de Dieu est remise en cause.

         Jolie pirouette finale enfin, où de retour sur Terre, l’auteur condamne tout ce qu’il vit sur la Lune comme étant le fait d’une civilisation sauvage. Ce faisant il sauve les apparences (et sa tête ?) non sans humour puisqu’il pastiche les propos des missionnaires sur les peuples à évangéliser.

         Ce texte n’a pu être publié qu’au XVIIIème siècle, et encore, expurgé.

         Je m’étonne qu’il ne soit plus connu, mais le comédien me précise qu’au XVIIIème siècle, on fit le tri de ce qui devait être retenu de la littérature du siècle précédent. A ce que j’ai compris, nous sommes toujours tributaires de ce choix dans la façon dont la littérature de cette époque est enseignée.

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12 décembre 2009

UGENT

IMG_1282C’est l’ajonc qui m’y a fait penser.

A quelques mètres au-delà du fond du jardin, une zone marécageuse que ne parvient à draîner une minuscule rivère, un ilôt sauvage, un désordre de branches mortes et vives, des feuilles effilées affaissées par l’hiver qu’écartent déjà les minuscules glaives bleu-vert de l’iris des marais guettant les beaux jours. Un ailleurs masqué par un rideau d’ormes et de frênes.

Et puis, alors que nous nous frayons un chemin, Vladimir et moi, un ajonc, solitaire et fleuri.

En cette journée de décembre cristaline et ensoleillée.

Je veux alors lui raconter ce décembre lointain déjà, où le soleil régnant en maître incontesté, faisait partout exploser de petits papillons jaunes entre les griffes des ajoncs pris entre le bleu intense du ciel et de l’océan. J’avais imaginé un décembre venteux et écumant, déclinant les gris dans toutes ses nuances et voici que les fleurs que je croyais réservées au seul printemps étaient là, voici que les couleurs dardaient mes yeux et que le parfum de noix de coco m’enivraient.

La Bretagne pour mon arrivée se jouait de tous les clichés.

C’était un jour comme aujourd’hui, il y a exactement vingt ans.

Vingt ans qu’on me força un peu la main pour accomplir mon destin.

20 vloaz e Breizh.

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AUX PORTES DE L'HIVER

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09 décembre 2009

PAUVRE PETIT BONHOMME

Je suis en train de prendre un de mes rares bains de l’année que je me suis sans doute accordé pour célébrer en douceur aqueuse une journée au jardin, chichement concédée par un fugace retrait de la pluie et des vents. Je suis dans la nonchalance de l’attente, Vladimir travaille à Quimper et moi, je suis à la maison, une manière de négatif photographique de la vie habituelle. Le téléphone sonne, je bondis hors de l’eau, traverse et inonde le plancher de la mezzanine pour rejoindre la chambre. Je peux difficilement me résoudre à laisser un téléphone sonner.

C’est un appel au secours. On me demande de venir sans trop s’embarrasser des circonvolutions d’usage de la politesse. A cela j’en reconnais le caractère pressant. Je trouverai plus tard un message sur le portable, puis un message via Internet. C’était la troisième tentative. « Je suis perdu, » me dit-on.

La voix au bout du fil, tente de justifier sa requête, d’une étrange manière : « Un jour tu m’avais dit que comme tu es homo, certains hétéros font appel à toi, pour ce genre de choses. » J’ai souri intérieurement, malgré le ton dramatique de mon interlocuteur. Et j’ai tourné l’argument dans ma tête. J’ai finalement compris que c’était là un effet de cette pudeur toute masculine dont il me sembla être ce soir plus que jamais l’incarnation. Ma prétendue aptitude à lui prêter mon oreille était une raison sans doute plus facile à invoquer que le désir de parler à un ami.

Je parcours alors une trentaine de kilomètres pour trouver le complice d’une relation d’ordinaire joviale et légère, épuisé de trois nuits sans sommeils et de deux jours sans pouvoir avaler un morceau. La face sombre dévoilée sans ambages. Une face sombre que nous avons et cachons tous mais qui me semble atteindre là une extension insoupçonnée.

En arguant de mon homosexualité au fond, il avait en quelque sorte mis la clef en tête de portée, il m’avait imposé une posture dont je ne parviens pas vraiment à me défaire. J’entends bien qu’il n’aurait pas parlé ainsi à une femme. Pas plus à un mec. Le statut qu’il me donne lui permet de lever la carapace. De se montrer fragile. Pauvres petits bonhommes encore malades aujourd’hui de modèles imposés.

Je lui rappelle les phrases de bravades que le l’ai souvent entendu proférer. Du vent, confie-t-il, avant de se lancer dans une phrase que beaucoup de personnes aimeraient entendre de ceux qui les aiment. Dommage que ce soit moi en soit témoin.

Les hommes en détresse ressemblent tant à des petits garçons qui promettent de mieux faire comme un écolier à sa maîtresse.

Il me dit cent choses mais je devine aisément qu’une seule d’entre elles le met en cet état.

Moi, dont le corps, autrefois, a eu si mal des paroles impossibles, je n’ai qu’un évangile et je ne peux que le brandir de nouveau : parle !

« Pose la question qui te mine. »

« Je ne veux pas paraître inquisiteur. »

« Je ne vois pas un inquisiteur, mais quelqu’un qui souffre. Pose la question parce que la réponse t’importe au plus haut point, c’est une bonne raison, non ? »

Le soir même, je reçois un courriel. Il a posé la question et la réponse fut celle qu’il espérait entendre.

Le lendemain, la porte de mon bureau s’ouvre furtivement et c’est la tête de celle qu’on questionna qui apparait, et me lance «  merci » avant de disparaitre aussitôt.

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07 décembre 2009

POST TRES PRIVE DESTINE A KARREGWENN

Au bout de presque un an, il était temps de changer de slip...

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30 novembre 2009

LE TOUT DEBUT D'UNE LONGUE HISTOIRE

g_plouha_6_1_Un an auparavant, j’avais acheté une méthode de breton pour débutants.

Pour être exact, ma sœur me l’avait achetée dans des circonstances ridicules qui témoignent assez des aléas du destin. Nous étions dans une librairie où j’avais repéré un petit livre abondamment illustré et d’allure un peu vieillotte sur l’habitat traditionnel breton. J’avais dix-sept ans. Je le montre à ma sœur pour qu’elle me l’achète (je n’avais pas d’argent). Le dit ouvrage la séduit et elle décide de se l’offrir. Je pique alors une crise de colère trépignante. Pour me calmer, ma sœur ayant vu un livre de breton dans le même rayonnage et connaissant mon intérêt pour la chose, me l’offre, pour me calmer et garder, en quelque sorte, la victoire. Je m’estimai alors floué, mon livre n’offrant aucune des belles images surannées qui m’avaient séduit dans l’autre.

Mais, le jour même, accompagné de mon autre sœur, l’aînée, j’entamai la leçon 1 avec plus d’application que je n’avais montré dans aucune autre discipline jusque là. La sœur cadette, comprenant un peu tard l’importance rapide prise par la chose, essaya un peu après, sans jamais y parvenir, de rattraper le train en marche. Comment aurai-je pu imaginer la suite ?

Pendant un an, donc, ma sœur et moi étudiâmes sans relâche, grâce à cette méthode vieux-jeu, écrite par un curé, mais dont je ne dirai jamais assez la dette que je lui dois. Ses choix judicieux m’ont évité bien des ornières où j’ai vu d’autres s’embourber et l’intelligence des explications grammaticales, même simples, m’a servi d’éclairage bien longtemps après. Mais nous n’avions jamais rencontré ni entendu, en dehors des cassettes du livre acquises par la suite, le moindre bretonnant.

En début d’année scolaire, alors que je traversais un des halls du lycée, mon regard est attiré par une annonce placardée parmi d’autres : « cours de breton ». J’étais dans un état d’excitation indescriptible alors que je mesurais ce coup de chance. Les cours avaient lieu dans le lycée de la commune voisine. Des deux ou trois endroits où on enseignait cette langue dans toute la banlieue parisienne, l’un se trouvait tout près de chez moi. Second signe du destin. D’ailleurs, à l’époque, plus rien d’autre ne comptait, c’était vraiment l’affaire de ma vie. C’était vrai, mais j’ignorais en réalité jusqu’à quel point.

Il m’avait fallu plusieurs jours pour me décider à téléphoner à l’enseignante. Je n’osais pas, j’avais un trac inimaginable. Je passe le coup de fil enfin. A l’autre bout, l’enseignante me pose quelques questions. Après que je lui dis que je suis en Lettres Supérieure, je perçois un changement de ton et de références. Elle doit me prendre pour un intello. A la fin de la conversation elle me lance « [ken dirïo] ». Je ne comprends pas, je balbutie. Elle me traduit : « à jeudi ». J’aurai compris « a-benn diraou », mais là… Les variations dialectales m’étaient, bien sûr, inconnues. Je cours raconter la chose à ma sœur. C’est un drame, je n’ai pas compris ce que la prof m’a dit.

Le jeudi suivant donc, nous nous rendons au lycée de V. J’ai le trac de nouveau. C’est le premier cours de l’année, et tous les inscrits sont là qui seront répartis, la fois suivante, en deux groupes de niveau, faux débutants/avancés en fonction de ce qu’ils ont déjà suivi un an de cours ou deux. Je ne sais plus très bien comment, mais nous briguons le niveau supérieur. La prof qui ne nous connaît pas, nous montre d’un signe dubitatif  de la main et dit « Hum, hum ». Elle commence son cours. Au bout d’un moment, ma sœur se tourne vers moi et s’exclame, d’une voix que j’estime un peu trop forte : « Mais, elle ne MUTE pas ! » Je rassure les non bretonnants. Les enseignants de cette langue ne sont pas supposés opérer une métamorphose en cours. Ma sœur voulait signifier qu’elle loupait pas mal des mutations consonantiques qu’exigent les langues celtiques en début de mot dans certains cas. Ca n’était pas en effet son point fort. Nous, nous étions incollables, comme l’oncle Ben. Cela dit, je suis redevable à cette femme de nous avoir fait entendre dès le départ un breton coloré, bien prononcé dans lequel elle avait baigné dès le berceau, en pays trégorrois.

A l’issue du cours, elle nous propose de nous raccompagner en voiture sur un bout de notre parcours. Dès que les portière se claquent sur nous, elle nous parle en breton, pas de manière scolaire, mais normalement, de choses et d’autres. C’était ma première fois ! Je m’étonne de comprendre et de pouvoir répondre. Un évènement !

La semaine suivante, nous avons gagné notre visa pour le groupe supérieur. Les effectifs se sont raréfiés. Ne subsiste plus, en dehors de ma sœur et moi, qu’une élève qui en est à sa troisième année et présente le breton au bac en juin. Je la crains un peu, mais il s’avère très vite que nous sommes beaucoup plus calés qu’elle. Elle est très timide, nous échangeons très peu. Ma sœur et moi, formons un bloc qui découragerait la moindre idée d’assaut. Cela a dû être désespérant pour elle. Car elle tombe très vite amoureuse de moi. Elle n’imagine pas que ma sœur est loin d’être l’obstacle principal. Je la perds de vue en fin d’année sans avoir jamais rien su, ni soupçonné, ni rien quoi, de ses sentiments. Mais la patience, la détermination et un joli coup de pouce du destin la rendront victorieuse de vents et marées : nous avons vécu quinze ans ensemble. Mais c’est une autre histoire, mainte fois narrée…

La seconde année, nous étions, ma sœur et moi, les seuls en niveau supérieur. Je collais des affiches pour faire la promotion des cours dans mon propre lycée. J’étais alors en Première Supérieure. Beaucoup d’élèves étaient des parisiens dont le dossier n’avait pas été accepté dans les plus prestigieuses classes-sup de la capitale et qui subissaient l’infâme humiliation de devoir poursuivre leurs études dans un lycée de banlieue. Leur snobisme en était d’autant plus exacerbé. J’avais collé l’une des affichettes dans notre propre salle de classe. Elle tomba sous les yeux d’une de mes « camarades », la fille d’un ambassadeur africain, couverte de bijoux et déclamant le prix des ses tailleurs. Elle lit à haute voix : « Apprenez le breton » et part dans un rire tonitruant et théâtral où s’exprimait tout le mépris du monde.

De notre côté, nous étions passé, aux yeux de notre prof de breton, du statut de « Hum, hum » à celui de « ma skolidi diouzh ar c’hentañ ». (Mes élèves du tonnerre). Sans doute les plus motivés qu’elle n’avait jamais eus. A la fin de l’année scolaire, nous fumes invités à dîner chez elle, à Paris, en compagnie d’autres profs de bretons. Ma mère nous avait donné de l’argent pour acheter un bouquet de fleurs. (Que ma mère était bienveillante envers mes activités bretonnantes !) Il faisait ce jour là, je m’en souviens, une chaleur comme Paris en connait. Les roses dans le métro surchauffé, et sur les trottoirs baignés d’un soleil encore ardent malgré le soir, exhalaient leur parfum entêtant, comme promesses d’un avenir radieux. C’est sans doute mon plus beau souvenir de Paris. Nous fîmes impression lors de ce repas et quelques jours plus tard, nous reçûmes une lettre de l’association des profs de breton de Paris nous proposant d’adhérer et de participer à la prochaine réunion. Jamais je n’avais été si fier et fiévreux. Quelques mois plus tard, un week-end, à la fac de Saint Denis (93), j’enseignais aux débutants. Pour la première fois. Ce matin, c’est encore ce que je faisais. Je n’ai pas dévié d’un pouce.

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29 novembre 2009

ENTRE CIEL ET MER

De la fenêtre de mon bureau...

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w0Hier au Kastell, tout près de la maison, crépuscule, nuages noirs, murs d'eau menaçants et verts sombre, pelouse littorale enneigée d'écume. Une heure accordée dans une journée à écrire. Passer en un clin d'oeil du confinement à ce combat contre le monstre obscur et liquide est à peine croyable. La bête s'est à peine laissé photographier. (photos sans zoom, j'étais plus près des vagues que d'ordinaire...)

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28 novembre 2009

HISTOIRES DE HOUX (TITRE CRYPTOLOGIQUE A L'USAGE DE MES LECTRICES BRITOPHONES)

Tous les matins, rituel : Qu’as-tu fait hier, après le cours ? La valeur des temps différente est, avec le genre des substantifs non correspondant, une des choses les plus difficiles à s’approprier dans une langue seconde. A devoir mettre l'imparfait-composé tous les matins après « hier », j’espère que la chose leur deviendra naturelle.

Georgette : Ah, j’ai regardé un film à la télé qui m’a bien plu. Karagar : Tu pourrais en raconter l’histoire brièvement ? Georgette : Eh bien, c’est l’histoire d’un adolescent qui se découvre, euh qui est…, euh… comment dit on homosexuel en breton ?

Je me tourne vite fait vers le tableau pour masquer une stupide envie de rigoler. « Bon, c’est un mot un peu compliqué, un néologisme. » J’écris cet affreux mot, presque à contre cœur. Mais, je n’allais quand-même pas leur apprendre notre « pich kao*c’h » - bite à merde - national. (On remarquera que le mot le plus courant (et vulgaire) de la langue, véhicule l’image d’un actif – à méditer.)

Ensuite, Georgette nous explique que dans la famille, il y a aussi un drogué. Ça rigole un peu dans la salle, avec l’air de dire, gentiment : « ils ne sont pas gâtés dans cette famille. » Karagar, pour une fois, se tient coi (coi, pas coït, sinon on serait baisé, ce n’est pas de moi, c’est du Samuel Beckett, hein !), mais n’en pense pas moins.

Au bout du compte, comme j’avais décrété la matinée « bas les crayons » [L’enseignant n’est pas toujours présent à tout ce qui se passe, et puis parfois le regard saisit certaines choses dans leur globalité. Et, ce matin là, toutes ces mains agrippées aux stylos, prêts à écrire les mots avant même de les dire, me hérissent. Il faut dire plusieurs fois « bas les crayons », tant le geste est réflexif, comme celui d’un noyé potentiel qui se raccroche à un débris flottant. Mais quelle qualité d’écoute et de parole soudain, quand on y arrive !], j’avais moi-même délaissé le marqueur et le mot « homosexuel » était seul à trôner au milieu du tableau blanc. J’ai eu un peu honte quand, à la pause, est entré notre secrétaire-comptable-assistant de direction-hétérosexuel (comment ça, manque de conviction sur le dernier qualificatif ?). A-t-il seulement regardé le tableau ?

Peu de temps après, dans la même matinée. Leçon 13. C'est-à-dire le treizième épisode d’une histoire écrite de mes petites mains et qui sert de support (en partie) à mes cours. Ça commence par des dialogues très simples pour débutants et puis ça monte très vite en puissante pour se muer en histoire policière avec meurtres à l’appui dont le coupable n’est révélé qu’en dernière leçon. Un coupable assez inattendu, resté insoupçonné des élèves depuis quelques années. Dans l’épisode treize, l’héroïne détient une preuve pour innocenter un accusé dont elle ne veut pas user pour de mystérieuses raisons. Je ne révèle d’ailleurs jamais cette preuve dans la suite de l’histoire et généralement, mes élèves restent dans l’ignorance de ce que j’avais en tête. (J’avais usé du même procédé dans mon roman et tout gros que j’eusse trouvé le stratagème, il semble que mes lecteurs n’y aient vu que du feu..). Première lecture du texte. Je questionne ensuite pour tester la compréhension. J’aime dans ce premier temps que les élèves disent ce qu’ils ont compris avec leurs mots, ça n’est pas un exercice d’imitation. Et ils s’en sortent passablement bien. C’est au tour de Francis, un ex ingénieur d’apparence un peu rigide mais qui s’applique au fil du temps à corriger le premier abord, de résumer un passage. Jusqu’alors toutes ses interventions – si l’on excepte ses problèmes de prononciation et même d’élocution – étaient marquées du sceau de la clarté et de la concision. Mais cette fois, il s’embarque dans un incompréhensible embrouillamini de mots. Je reformule ma question mais rien n’y fait, il nous ressert le même salmigondis indigeste. Je lis l’étonnement dans le regard des autres. Je finis par le rudoyer gentiment : Mais enfin, Francis, ma question est pourtant simple ! Il fait alors un effort et quelle n’est pas ma stupéfaction de l’entendre dire : Et bien, à mon avis, Lukian préfère les hommes donc il n’a pas pu être l’amant de Lenaig et c’est ça la preuve qu’elle détenait et ne voulait pas dire. Je comprends soudain que toutes ces obscures périphrases n’étaient pas tant un problème linguistique qu’une gêne à devoir dire ce qu’il avait à dire ! Mais qu’elle perspicacité ! Il avait mis à jour les non-dits de l’histoire. Je parviens dans une même phrase à le gronder de n’avoir pas du répondu tout à la question posée et à le féliciter pour ses déductions !

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25 novembre 2009

CHAMBRE

Nous avons tous tendance, je suppose, à surligner mentalement dans les textes d’autrui, les passages, les phrases, voire les courtes alliances de mots qui redonnent vie à nos propres souvenirs et impressions, dont nous n’aurions sinon jamais rattrapé la fugacité. Ces derniers prennent parfois même, aux souffles des mots des autres, une intensité jamais goûtée, une cohérence jamais entrevue. Tout cela sans que nous soyons aveugles à la spécificité de chacun. Tous les textes de Karregwenn évoquant son enfance, directement sur le blog ou derrière le filtre romanesque ont à ce titre, et plus que tout autre, un effet surprenant sur moi : mon propre passé est ravivé mais dans le même temps, il me semble voir, vivre ce passé là qui n’est pas mien. La proximité géographique des deux théâtres de l’enfance n’est que fortuite mais n’en reste pas moins troublante.

Cette année là, alors que j’étais en classe de troisième, je m’étais rendu pendant les vacances de Pâques dans une petite commune de l’Indre où ma sœur effectuait sa première année d’enseignement. Ma mère était tellement protectrice, ou liberticide, c’est selon, qu’elle avait tenu à faire le voyage avec moi jusqu’à la gare de destination. Elle ne pouvait guère prétexter une curiosité à voir l’endroit où vivait désormais sa fille cadette puisqu’elle ne quitta la gare de Châteauroux, de quelques dizaines de mètres, que pour se restaurer, avant de faire le voyage retour. J’avais honte de devoir me faire accompagner ainsi, honte de voir ma mère au restaurant (scène inédite pour moi), y faire mine de trouver mauvais tout ce qu’on y servait. Les rares fois où il me fut donné de voir ma mère manger à une autre table que la sienne – chez sa belle-fille – me permirent de constater cette même gêne à s’adapter à un univers qui n’était pas celui qu’elle régentait. C’est de cette gêne qu’elle tenta – avec succès, souvent – de nous engluer, inconsciemment, j’en suis sûr, pour brider notre émancipation.

Une semaine hors du foyer, ça ne m’arrivait pas si souvent et c’était en soi source d’excitation. Je vis de belles choses, de belles églises et de beaux paysages dont j’ai toujours été si friand. Je garde en souvenir cette journée dans la Brenne, ensoleillée et illuminée de genêts dont je ne savais pas alors qu’ils pouvaient prospérer hors de Bretagne.

Mais c’est du retour dont je voulais vous parler, un retour gratifié d’un évènement attendu, espéré : ma chambre.

Mon frère aîné l’avait laissée libre. Mon père était occupé à la retapisser et repeindre et les travaux devaient être terminés pour mon retour de l’Indre. C’est dire si j’ai connu cette soif d’un espace propre que décrit ma collègue blogueuse, même si les conséquences en sont différentes sur mon psychisme. Né par accident, onze ans après le plus jeune enfant, - onze ans rythmés par une fausse couche et un avortement en Suisse dont je ne connais l’existence que depuis six mois, - il n’y avait objectivement pas de place pour moi. De quoi justifier un second avortement ! Mes deux sœurs se partageaient une chambre, mon frère avait la sienne, si petite qu’on pouvait difficilement imaginer y mettre un second lit, celle-là même que deviendrait mienne quatorze ans plus tard.

Il y avait un recoin dans la chambre parentale où on installa un lit. Un rideau fit cloison. Cet espace avait exactement la taille du lit, si bien que j’y étais comme en une boîte et ce détail, malgré tous les désagréments, m’est souvenir plaisant. Pour m’endormir, mon réduit était propice à l’imaginaire. J’étais dans le wagon-couchette en queue d’un interminable train, traversant d’interminables forêts où des loups faméliques ne manquaient pas de hurler. Ou bien dans un carrosse-lit, tiré par un puissant attelage, poursuivi par des vampires. Il y a quelques années seulement, je vis un reportage sur le grand Nord, où la population locale migrait en faisant traîner leurs cabanes en bois sur des sortes de skis. Il n’en fallut pas moins pour réveiller ces vielles rêveries et je me surpris alors à m’endormir aux images d’un attelage de rennes tirant ma maison sur la neige. J’ai longtemps gardé cette manie infantile de m’endormir en m’imaginant ailleurs. J’avais notamment ce plaisir jouissif à me revoir dormir dans ma chambre de mes quatorze ans, redonnant vie à sa géographie précise, de la fenêtre aux meubles, jusqu’à l’emplacement estimé du lit de ma sœur aînée, de l’autre côté du mur, un demi étage plus bas, entendant même les pétarades esseulées des motos dans la nuit déserte de la banlieue. C’était le plaisir de se remémorer la douleur quand le mal est passé. Dans mon appartement à Quimper, je me revoyais dans ma chambre des Monts d’Arrée, avec l’immensité de la campagne à un mètre de ma fenêtre. Ou alors, adossant ma tête au mur derrière le lit, je ressentais la présence, comme une grosse bête tapie, là bas, à guère plus de cent mètres de moi, de la cathédrale. Il était presque plus difficile à croire à un tel miracle qu’aux plus folles fantasmagories enfantées par mon cerveau. Et puis, un jour, dans ce même studio, chose jamais expérimentée alors, je me suis mis à me représenter mon futur. J’étais dans un lit. A ma gauche, une grande fenêtre ouvrant sur un balcon à la balustrade bleue. Je m’endormais à la pulsation de l’océan. Aujourd’hui, je n’imagine plus rien. J’écoute l’haleine océane me bercer. Tout au plus, les soirs de grande fantaisie, me représenté-je à Ar Maen, à la Jument, à la Vielle, dans un phare en mer. C’est ce que je fis, pas plus tard qu’hier. Mais je remis très vite la bride sur la fougueuse jument de mon imagination car j’avais peur. Le vent était si violent que la maison craquait, que mon lit tremblait et cela ressemblait tant aux descriptions que j’ai pu lire des épouvantables nuits des gardiens lors des tempêtes que je craignis que mon rêve n’accentue encore les effets de la tempête.

Je dormais donc dans une boîte et j’en explosais les cloisons à coups d’imaginaire. Mon père se couchait très tôt. Le temps ne tarda pas à venir où il était au lit avant moi. Et il ronflait. Terriblement. Je chantais, je hurlais pour le réveiller, mais il n’entendait rien. Ma mère accourut un jour de la cuisine où elle restait éveillée le plus tard possible devant la télé, cuisine très éloignée dans cette maison tout en longueur. Elle croyait que je faisais un cauchemar. Mais mon père n’avait rien entendu. J’ai dormi, il y a deux ans, dans la même pièce que ma sœur, qui a le même nez que mon père. J’ai entendu alors cet insoutenable bruit que je croyais relégué aux archives passé. J’ai alors compris pourquoi mon beau frère, qui est pourtant sourd comme un pot, dort avec un walkman à fond sur les oreilles. Entendre quelqu’un ronfler fort est la seule chose qui éveille en moi des instincts meurtriers.

Et, bien-sûr, j’ai été témoins des ébats de mes parents. Mauvais, dit-on ! Je ne peux m’empêcher de penser que cela eut un rôle dans mon orientation sexuelle. Ma mère n’aimait pas. Ca lui était douloureux. Quelle étrangeté – et j’éprouve une vraie gêne à parler de cela – d’entendre un homme prendre (basiquement) son plaisir en une femme qui a mal. C’était laid. J’en ai retenu que le sexe est une chose d’homme. Je ne comprenais pas les scènes de sexe au cinéma. De la fiction ? Comme les grands-parents gâtant leurs petits enfants, que je ne pouvais assimiler à ma sorcière morbide de grand-mère et aux quels je croyais moins qu’au père Noël !

Et puis aussi, plus tard sans doute, mon père endormi tôt se réveillait avant que ma mère ne l’ait rejoint. Avec l’envie d’uriner. (Gast, comment dit-on cela en français de France ?) Il ne trouvait pas la lumière, tournait en rond, se cognait contre les murs, ne trouvait pas le pot de chambre (eh oui !) et finissait par uriner sur le plancher – plus grosse gêne encore -. J’étais tétanisé. J’aurais eu si peu à faire. Mais, en avais-je le droit ? De l’humilier, de le voir à poil ? Alors, j’attendais le bruit du jet sur le plancher, qui me libèrerait de cette séance qui semblait interminable. J’avais honte. Ma mère arrivait enfin, n’allumait jamais (pour ne pas me réveiller !) et alors mon père avouait sa faute : j’ai pissé. Elle comprenait et grognait. Quand nettoyait-elle ? Je ne sais plus. A mon supposé insu (dav e oa kuzhat mezh – je ne sais pas dire). Mais le plancher restait délavé  par endroits.

Alors, malgré ce zizi incontinent, ce zizi qui faisait mal, j’aime le sexe masculin, mais pendant longtemps je n’ai pas aimé le mien. Et, puisqu’on nous parle ailleurs de se gratter la foufounette, c’est dans la boîte, bien-sûr, que j’aie eu ma première éjaculation, la plus émotionnante. Ca m’avait fait peur ! Arf, le corps m’a toujours fait peur.

J’ai aimé ma chambre à moi, bien sûr, mais j’ai tellement plus aimé la quitter, la fuir, pour la Bretagne. Et c’était pour un lit double. Alors, Karregwenn, j’ai partagé ma couche pour être en Bretagne. C’est une évidence. Pour faire à deux ce que je n’aurais jamais su faire seul. Tu n’imagines pas tout ce dont j’étais incapable, sans doute. Je te poserais bien des questions là-dessus, mais, comme d’habitude, je n’ose pas.

Un soir, ma compagne d’alors changea de chambre, peut-être parce que je ronflais. J’avais trouvé cela grisant mais bien-sûr, je n’en dit rien. Pourtant, le lendemain, et cet événement m’est inexplicable, elle y retourna, comme sachant que je n’attendais que cela. Cela espaça aussi les occasions sexuelles, ce qui m’arrangeait. Nous fîmes dès lors chambre à part jusqu’à notre séparation. Jamais la chose ne fut exprimée. Elle advint.

Je n’ai jamais vécu seul. Le plus qu’il ne me soit jamais arrivé de le faire, c’est aujourd’hui, car je suis l’époux d’un comédien. Je passe alternativement de « ma chambre » à « notre chambre », de « tout le lit pour moi » à « la moitié du lit ». J’apprécie ce grand lit pour moi, mais j’aime tant quand ma marmotte de mari éteint sa lumière avant moi et pose sa tête sur mon épaule alors que je lis encore (tiens, rien que de le dire…). Alors…

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LA BOTTE A NICK

Dans mon jardin, il y a six troènes à bonne allure,

Et un frêne, pour les ralentir,

J’ai aussi six roses qui ont mal au foie,

Et silène pour leur tenir chaud.

Avec les citrons j’ai fait un petit bois.

Mais à ma terre c’est un chêne qui me retient,

A moins que ce ne soit son charme.

Ne comptez pas sur moi pour vous dire qui,

De mon mari et moi,

Est un peuplier ou fait le bouleau.

De hêtre il n’y a point,

Car mon ami William hésite encore :

Il y met une condition avec son if,

Mais saurait-il me dire houx ?

Le liquidambar attend mes amis assoiffés,

Pour qu’ils s’y livrent à leur pêcher.

L’océan furieux et tout proche,

M’inspira le noyer plutôt que l’abricotier,

Car la vague peut être lame,

Et quand le vague est à l’âme,

Je mets l’ancolie au saule pleureur.

Les prunelliers sont exposés sud,

Car c’est au soleil que les baies de l’épine noire sont les plus grosses.

Pour embellir j’ai des pensées sans compter,

Et des camélias près du champ de cannabis.

Vous direz sans doute que j’ai mauvais goût,

Mais les nains faits à Taïwan sont si jolis au milieu de la mare.

Rien d’autre ne vient d’Asie, car j’ai tant de lapins,

Que ne n’ai pas besoin des râbles du Japon.

Pas d’aucubas non plus, incapables de produire cet excellent cacao.

Un étrange jardin, en effet. Me croirez-vous si je vous dis :

La menthe rit ?

Mais que mon ami blogueur se rassure, les cornus y ont leur place,

Prenant en défaut l’adage, qui veut que

La cornouille soit rare en Cornouaille.

Mais puisque nous parlons essences, venons-en à l’essentiel,

Les rhododendrons ! J’ai mis ces soiffards en terre humide,

Car là, rosages se passent de tuyau.

J’ai trop jardiné, occupons-nous de la maison !

J’y ai des souris qui demandent un chat teigneux.

Allez, un chat ne suffit pas, je vois déjà la pelouse constellée de gras minets !

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23 novembre 2009

RAKSKIANT

Adkavet ganin, e-touez ma duadurioù paper a-wechall, un heuliad frazennoù na’m boa tamm koun anezho, skrivet moarvat diwar atiz faltazi rik un den dilenner a-grenn da neuze hag a zo diwarno un dasson sabatuus ha kentelius din hiziv an deiz.

Ha betek pelec’h, lennerien, betek petore toull-strap e voc’h kaset gant ma randonachoù dibalamour, ma siklezonoù dizichenn, rambreadennoù dibal ur spered war-gerc’h, rankles war kement pezh kudennek a zo holl? Bezit dinec’h, n’emaoc’h ket war-var da goll ho skiant-vat diwar ur re lonkad eus ar broued a ginnigan deoc’h ha ma vezit kaset e-lec’h na vennec’h ket mont, ho pet soñj n’eo ket dizistro an hent ha aesoc’h a-se e vo warnoc’h p’en em gavoc’h er gêr, e metoù ho kealioù boas ha soliet divrall, ma’z eo bet poanius an disparti.

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22 novembre 2009

PORZH LOUBOUS

Alan Meurvor ne décolère pas ces temps ci, mais curieusement, ses colères me rendent joyeux...

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Je ne vous propose pas de vous assoir...

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Bon, je ne résiste pas à un petit défilé de Miss Waves... (vous pouvez voter !)

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Promeneurs au péril de la mer...

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QUI VEUT SUIVRE LE SENTIER COTIER AVEC MOI ?

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La suite très bientôt...

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AU TRAVERS DES GOUTTES

Et si je parlais jardin ? Aucun autre propos ne saurait m’être plus utile en ces temps qu’on espère pré-romanesques. Je n’entends pas parler ici de tracé, perspective, rocaille, bassin, espèce, variété ou autre cultivar. Non, plutôt de cette chose qu’éveille en moi le mot de jardinage, assez loin j’imagine de ce qu’il évoque à la plupart, à savoir un loisir nonchalant, fait de douceur, de tonte et de coups de sécateur. Cette chose que j’ai retrouvée ce matin et dont je pensais parler ici, sans certitude, jusqu’à qu’une photo fascinante d’un ciel perturbé au travers d’une vitre perlée de pluie, vue chez Karregwenn, m’en persuade tout à fait.

Rien que de très banal en réalité. Mais ça ne m’étais pas arrivé depuis mon ancienne vie. Je consulte la météo et les prévisions sont fâcheuses. Mais j’ai hâte de terminer ce que j’ai commencé une semaine plus tôt. Nous avons acquis huit rhododendrons, dont certains de bonne taille, pour garnir le devant d’une rangée d’arbres. C’est assez fantastique ! Le grand luxe. Cette haie s’allonge à l’est de la grande pelouse et est entièrement visible de la cuisine au salon. Je n’arrête pas de les regarder, incrédule. Je sens que vous ne comprenez pas. Mon ancien jardin qui comptait 250 variétés de rhododendrons, aux quelles il faut ajouter les azalées, était absolument invisible de la maison. Jouir de mes floraisons paroxystiques était un pélerinage quotidien. Dans notre jardin actuel, la recherche des endroits abrités du vent et de sols favorables m’a conduit à les planter à l’abri… des regards. Bref, une fois de plus, ils restaient invisibles de la maison. Jusqu’à ce que j’entrevoie cette possibilité, d’ouvrir des percées dans les ronces et l’épine noire… Voir mes rhodos de mes fenêtres, quel bonheur. Je ne vous parle pas de la vue plongeante du balcon de la chambre. Ah, les réveils au moi de mai ! Les huit ne tenaient pas dans la voiture et suis donc allé chercher les deux plus gros jeudi, dans une voiture d’emprunt (Vladimir m’ayant laissé la 106).

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Je me réveille donc avec ce projet de finir mes plantations, d’autant qu’installer un gros rhodo en terre me procure toujours une joie immense que seuls les passionnés inconditionnels connaissent. Le huitième me demanderait un surcroît de travail car son emplacement n’était pas prêt.

A dix heures et demie, je me suis dit : allons-y ! Le vent était déjà fort, mais le temps encore sec. Je plante le premier, déjà assez gros plutôt rapidement puis entame le débroussaillage pour le dernier. A ce moment, la pluie commence. Je vais mettre un K-way. Il faut déraciner les prunelliers, les fougères aigles, les ronces. La pluie mouilles les manches boueux de plus en plus qui glissent dans mes mains alors que j’ai besoin d’un maximum de force pour arracher les arbustes. Je m’arrête souvent pour reprendre mon souffle, regarde ce qui est fait, estime ce qui reste à faire. Après être venu à bout des buissons épineux, je réalise que le trou, vu la taille du pot, doit être conséquent. Je  crains enfin d’avoir fait tout cela pour rien, car, seul, je n’arrive pas à retirer le pot de la motte. J’y parviens enfin, fais un dernier effort pour soulever la plante, très lourde et que le vent menace de m’arracher des mains, dans la brouette, pour le dernier voyage d’une cinquantaine de mètres. En poussant ma brouette, je pense à l’héroïne du futur roman. Quelle sera sa constitution physique ? Je me rends compte que beaucoup de femmes n’auraient pu faire cela à ma place. Ça me semble curieux, incongru.

Enfin, Anna-Rose Whitney est en place, à son endroit stratégique, là où se rejoignent la rangée invisible de la rangée visible.

J’aurais attendu une heure, je ne serais pas sorti, découragé par la pluie. Mais une fois dessous, ça ne me dérange pas trop. C’était comme autrefois, dans l’ancien jardin, pendant plus de dix ans, ces gros travaux éreintants sous tous les temps. Je ne m’en croyais plus capable. Mais après coup, on se sent bien, on a remis quelque-chosequelque-chose en place. Après, la pluie pouvais bien battre les carreaux, je voyais au travers des rideaux de gouttelettes, le vert arrogant des feuilles d’Anna-Rose, là bas, à l’entrée du chemin vert. Oui, c’est cela que m’évoque le jardinage, au souvenir de toutes ces années passées, une forme d’ascèse, un effort sur soi même, pour préparer des moissons de couleur.

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19 novembre 2009

A LA GRACE DE L'HEVEA

Il s’étonnait toujours de cette capacité qu’il avait de faire que le miracle se réitérât à chaque fois. Il lui arrivait pourtant d’envisager son cours, parfois, avec lassitude, de craindre l’extinction soudaine de la braise qui animait ses paroles, de ne plus savoir étancher, non, faire naître la soif de connaissance de ses étudiants, ou pire encore, d’allumer un incendie qu’il ne parviendrait plus à alimenter de sa fougue.

Et puis, à chaque fois le miracle se reproduisait.  A l’évocation de ces réalités historiques qu’il avait maintes fois exposées et dont il avait lui-même mis certaines en lumière au gré d’un travail passionné, la flamme, avec une heureuse constance, se ravivait. Il disait alors le Savoir comme à la première fois, avec la force de la conviction. Il était comme le comédien habité sans faillir par son rôle, représentation après représentation, sauf qu’il avait écrit le texte et réglé la mise en scène lui-même.

Malgré le grand nombre des jeunes gens assis dans l’amphithéâtre, il scrutait les regards, traquait l’ennui ou encore l’intérêt grandissant et ajustait dans l’immédiat, ses mots, le style de son propos, le ton de sa voix. Rien ne récompensait plus ses efforts oratoires que de lire l’étonnement dans les yeux. Ne rien admettre pour normal, être surpris de la singularité de chaque fait, se représenter à chaque fois que l’on s’entend dire que les choses furent ainsi qu’elles auraient pu être autrement. C’est ce face à face avec l’Histoire qu’il voulait léguer.

Les deux heures qui lui étaient imparties touchaient à leur fin. Le bref après-midi d’hiver aussi. L’attention qu’il portait à ses propos et à son auditoire ne l’empêchait pas d’observer, par intermittence, le déclin du jour sur les toits de zinc, à travers l’une des grandes fenêtres cintrées. Il n’en savourait que plus délicieusement le confort de sa position, la molle étreinte de son fauteuil, la rutilance des boiseries fraîchement cirées qui lui renvoyaient cet exquis parfum d’encaustique, le suranné des peintures qui couvraient le plafond vaguement bombé, l’autorité de la reconnaissance unanime qui lui valait de professer dans la plus belle salle de l’université. Dans quelques minutes, il se lèverait de sa chaise avec l’allant que lui permettait son jeune âge relatif, mais une fois de plus, il ne serait pas assez rapide pour éviter la cohorte rituelle des étudiants en mal d’explications individualisées. Il y aurait aussi ceux et celles qui anticipaient leur réussite à l’examen et comptaient bien faire leur master sous sa direction et qui voulaient déjà un avis sur leur choix de recherche. Il y avait celles enfin qui rêvaient de se retrouver dans le lit de cet homme brillant, très séduisant et que tous savaient célibataire, donc ouvert, comme il se doit, aux fraîches sollicitations de la jeunesse.

Il avait ensuite regagné son bureau, salué quelques honorables collègues, fait bonne figure devant quelques autres qui lui chantèrent les louanges de son dernier opus, révolutionnaire dans le fond et la forme, et il dut enfin promettre de lire le tapuscrit d’un dernier qui se proposait de le lui envoyer par courriel.

Dès qu’il se fut éloigné d’une dizaine de mètres du vénérable bâtiment, il s’imagina qu’un observateur aurait pu constater sa métamorphose à vue d’œil, il s’imagina qu’un nouveau masque venait recouvrir par enchantement celui qu’il avait porté tout le jour, comme s’il avait été le personnage d’un film fantastique. Il aurait voulu pouvoir changer de vêtement dans le même instant, reléguer totalement l’autre au placard jusqu’au lendemain, un mardi. Il aimait la sensation quasi érotique de nudité que lui provoquait l’absence soudaine de l’autre, ainsi que le relent doux-amer de fragilité qui l’enveloppait alors.

Arrivé dans son bel appartement, il jeta avec plus de dégoût que de négligence sa « tenue » pourtant assez décontractée de titulaire de chaire, pour enfiler un jean et un blouson. Sa belle assurance l’avait alors totalement quitté.

Il s’enfonça dans les profondeurs du métro, en regardant une à une les marches défiler sous ses pieds, en détaillant avec une vaine précision touts les détritus qui les constellaient, alors qu’il ralentissait l’allure à mesure qu’il descendait. Il se laissa ballotter par la rame au long de quelques stations avec le plaisir conscient du relâchement. A la sortie, il franchit le grand portail, traversa le parking et se porta d’un bâtiment à l’autre jusqu’à trouver celui qui le concernait. Au second étage, il déboucha dans un large couloir où il estima monstrueux de devoir passer devant tous ces gens en pleine attente. Il ne leva pas la tête du linoléum blanchâtre de peur de devoir croiser le regard du moindre d’entre eux. Par chance, il n’y avait qu’une personne devant lui au bureau d’inscription. Il se retrouva sans tarder parmi ceux qu’il n’avait osé regarder une minute plus tôt. Malgré l’effort qu’il faisait pour n’en voir aucun, son attention lui fut arrachée par quelqu’un qui le dévisageait de loin. Il reconnut sans difficulté l’une de ses étudiantes de deuxième année, une blonde au teint pâle, assez jolie mais au traits trop inexpressifs à son goût. Elle était de celles, qui, assez discrètement mais avec ténacité, poursuivait quelque espoir de le séduire. A la vue de son professeur, les yeux de la jeune personne s’étaient arrondis. La surprise était évidente. Mais autre chose s’y devinait. La présence du professeur en ces lieux, malgré leur grande tristesse, enouragait plus ou moins consciemment son esprit de conquête.

On avait soudain mis les bouchées doubles. La file s’étiolait maintenant deux fois plus vite. Un à droite, l’autre à gauche. Droite, gauche, droite… il fut accueilli dans le bureau de gauche. La femme le regarda comme on regarde un jeune homme irresponsable. Paraissait-il si jeune ainsi vêtu ? Ou si dénué de maturité ? Au ton de sa voix quand elle le pria de s’asseoir, il sut aussitôt qu’elle le croyait d’un milieu social et culturel défavorisé. Cela lui plut d’emblée et il se pelotonna dans le giron de l’autorité maternelle qui en émanait. Elle avait un peu plus de cinquante ans et l’allure d’une femme qui se sait attirante et met le plus grand soin pour le rester. Mais sa vraie beauté, selon lui, venait de la gentillesse qui rayonnait de son visage.

« Alors, qu’est ce qui vous arrive ? »

Il se sentit enfant pris en faute à qui on est prêt à pardonner et il s’abandonna totalement à cette impression. Il s’en remettait à cette femme, accepterait ses remontrances et son verdict. Si l’autre le voyait…

« Accident de préservatif. »

« Je suis obligée de vous demander des précisions… »

« Relation homosexuelle, ça n’est pas moi qui portait le préservatif. »

Il avait dit cela d’une vitesse fulgurante, pour s’en débarrasser.

« Vous étiez en position passive, c’est ça ? »

« Oui »

« Avec un partenaire régulier ? »

« Non. »

« Avez-vous pu en parler ? »

« Oui, mais il ignorait totalement son état sérologique. »

« Va-t-il faire le test ? »

« Je ne sais pas. »

« Avez-vous un moyen de le contacter ? »

« Non, pas le moindre. »

« Bien, dans votre cas « le traitement du lendemain » se justifie, mais c’est assez lourd, vous savez ? »

« Oui, je suis au courant. »

« Dans trois mois, vous reviendrez faire le test. »

Lorsqu’elle en eut fini avec lui, qu’elle lui eut remis les ordonnances, il resta à la regarder, dans l’attente de quelque-chose. Sa voix ferme et douce à la fois l’avait rassuré, il ne pouvait se résoudre à la quitter déjà. L’idée du lendemain le traversa. Il aurait remis la défroque de l’autre, il serait sûr de lui, son avis à lui en rassurerait d’autres.

Lorsqu’il sortit, l’étudiante venait de quitter le bureau d’en face. Elle tenait des résultats à la main et pleurait. L’autre aurait esquissé un geste mais lui se précipita dans les escaliers pour en chasser l’image.

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17 novembre 2009

DEUXIEME FOIS

Ce soir, rentré tardivement dans mes pénates, un œil sur l’écran, une oreille pour la programmation musicale de la radio, une main amenant, d’un geste automate, la fourchette de l’assiette à ma bouche, de la bouche à mon assiette, je m’accorde par avance une parenthèse bloguienne. Pas un de ces posts réflexifs effectués dans la ferveur d’une bonne moisson photographique, la fierté d’une nouvelle plante rare en terre, le courroux attisé par la critique littéraire bretonne, non, juste quelques lignes qu’aucune prétendues urgence ou nécessité ne justifient, rien autre qu’une envie de fixer ces petites pensées qui nous traversent et dont on ne confierait la légèreté qu’à son amant, ou sa meilleure amie. Un petit post pour se dire un peu, qu’on s’autorise avec la même délectation à se laisser aller à une petite faiblesse qu’on aurait à se verser un verre de whisky.

Mardi dernier, c’était la première fois. Forcément j’avais pensé aux précédents de ma vie: les cours de breton, il y a si longtemps, à la nuit tombée (pourquoi me souviens-je de l’hiver ?) dans le lointain lycée d’une banlieue voisine, beaucoup d’années plus tard, les cours de harpe, au pied du relief appalachien de la montagne d’Arrée. A chaque première fois cette même excitation mêlée d’un soupçon d’appréhension. Un sentiment que j’aime. Deuxième étage, m’avait-on précisé. Mais je me trompe d’aile et j’arrive devant une porte entr’ouverte agrémentée d’un écriteau : harpe celtique. Je ne peux réprimer un sourire ironique : non, pas cette fois.

Aujourd’hui, c’était la deuxième fois. Et je le confie seulement. Après coup, comme avec pudeur. Forcément, on va penser que…

Ce soir, c’était mon deuxième cours de théâtre…

Le premier soir, j’avais dû donner quelque motivation au professeur. Plus envie d’écrire du théâtre, voire de mettre en scène, sans préjuger de mes capacités à le faire, que de jouer à l’acteur…

Avez-vous déjà fait du théâtre ? Si peu, au lycée…, aucune pratique en fait, mais un univers familier. J’explique pourquoi.

Deux cours seulement, et déjà beaucoup de choses à en dire. Je me suis toujours posé des questions sur l’art de la comédie, et cela, n’allez pas croire, bien avant Vladimir. Eprouver la chose, bien modestement, dans cet atelier, répond déjà à bien des questions. Je découvre mais déjà j’apprends des choses, concrètes, palpables.

Et puis surtout, je m’étonne. Ce qu’on me fait faire ne me pose aucun problème. Je ne prétends pas le faire bien, mais je n’ai pas de blocages. Ou si peu. Et ces petites choses qui coincent, nous en apprennent sur nous. Je n’ai eu conscience qu’une fois de ne pas avoir eu envie de faire l’exercice : vous engueulez un enfant ! Quelque chose d’inconscient me retenait. Moins de problèmes, plus tard à jouer un flic pervers et lubrique qui harcèle une pauvre femme. Vous aimez toutes ça, qu’on vous traite de salopes, hein, m’entends-je dire ! Qui dit qu’il n’y a pas de rôle de composition ?

Les cours de breton ou de harpe, j’en savourais le bénéfice après coup. Cette fois, c’est différent, ça me fais un bien fou d’emblée.

Je vais peut-être réviser la motivation initiale…

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15 novembre 2009

LA PLANTE DU JOUR : LE THE DU LABRADOR

ledon2_1_J’ai récemment trouvé dans une jardinerie grand public une plante que je cherchais depuis près de quinze ans. Le thé du Labrador. Cette plante (Ledum groenlandicum) n’est pas en réalité du thé [Camellia sinensis ssp. sinensis (thé vert), ssp. assamica (thé noir de Chine)] mais un sous arbrisseau de la famille de la bruyère.

Le voici en place :

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Voici la fleur, que j’aime beaucoup (photo internet) :

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De peur qu’il s’ennuie, je lui ai adjoins un copain (rhododendron nain) :

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Un rhodo grosses feuilles en rappel…

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La question, ici, est : aura-t-il assez froid pour bien se porter ? Tout dans cette plante montre qu’elle est taillée pour survivre aux conditions rudes.

Le ledum contient beaucoup d’huiles essentielles en concentration assez forte. Voici ce qu’on dit de la boisson :

L'infusion des feuilles a souvent été employée en guise de thé par ceux qui vivent dans la forêt. Durant la grande dépression des années trente, alors que le thé de Chine se faisait rarissime, le thé du Labrador avait de nombreux aficionados. Idem pendant la guerre de l'indépendance américaine (autour des années 1775-1780) où sa consommation se multiplia. Pratiquement toutes les nations amérindiennes du Canada, de l'Alaska et des États-Unis (jusqu'au sud de son aire) l'ont consommé sous forme de thé, mais on croit que cet usage serait relativement récent et aurait été transmis par les colons blancs…

On conseille de peu infuser pour éviter une éventuelle toxicité du breuvage.

Bon, j’ai oublié l’essentiel ! Dans les années 1990, la plante a changé de nom, elle s’appelle désormais :

rhododendron groenlandicum !

C’est dit, un jour j’invite mes amis autour d’un verre de rhododendron ! Le comble de Karagar non ?

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14 novembre 2009

WHITE WATER AND SEA CUSTARD

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