EN ALAN AR MEURVOR

Auf der einen oder der anderen Seite des Rhein 4 : STRASBOURG 1 : La cathédrale.

IMG_1300 Il est difficile de parler de la cathédrale de Strasbourg avec la même fraîcheur virginale que de celle de Metz tant sa silhouette est connue, même des profanes. Il semble que ce soit la seconde cathédrale la plus visitée de France après celle de Paris. L'origine de ce succès? Sa façade gigantesque sans doute (la plus haute façade médiévale), son horloge astronomique peut-être aussi. Car son modèle intérieur, la basilique de Saint Denis où était né l'art rayonnant, dont elle reproduit assez fidèlement les traits, est loin de connaître le même succès - il est vrai que la ville environnante n'a pas les charmes de la capitale alsacienne - encore que le chantier pédagogique de reconstruction de la tour dionysienne risque peut-être changer la donne.

La cathédrale est un édifice très composite, avec:

un choeur encore roman

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un transept gothique primitif qui a des dispositions très originales (pilier central) dont je situe mal l'origine pour l'instant,

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une nef de style rayonnant français

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 un grand massif occidental enfin, lui-même résultat de multiples campagnes de constructions et repentirs entre la fin du XIII et la fin du XVème et où s'affirme au fil du temps et de son émancipation, un style assez caractéristique du monde germanique.

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Et au fond, assez fidèlement à ce qu'elle est, l'impression qu'il m'en reste est aussi composite. Je suis allé voir Strasbourg avec plus de curiosité que de conviction préconçue. Voici un peu pèle-mêle, les réflexions que je me suis faites.

Il est assez peu commun de voir une grande nef gothique donner sur un choeur roman. L'inverse est plus fréquent et il y a même de prestigieux exemples : la belle nef romane du Mont Saint Michel ouvrant sur le choeur flamboyant de l'abbatiale, la nef protogothique mancelle prolongée par un des choeurs les plus élégants de toute l'architecture ogivale, l'obscure nef de Redon éblouie par le seul choeur rayonnant de Bretagne et j'en oublie sans doute. Cette combinaison, bien-sûr due aux aléas de l'histoire, m'a toujours séduit. Il semble aller de soi que la progression vers le sanctuaire se fasse du plus sombre au plus lumineux, du plus ramassé au plus élancé. Je redoutais un peu la configuration de Strasbourg ayant toujours considéré qu'aucune abside romane n'avait jamais été vraiment convaincante. Eh bien, cela m'a plutôt séduit, et j'en suis venu à la conclusion que j'aimais le choc des deux styles, dans un sens ou dans l'autre et l'impression n'était guère différente de celle - saisissante - qu'on ressent en entrant dans la cathédrale de Tréguier par le transept sud, élancé et très éclairé, et que le regard bute sur les arcades romanes de la tour Hasting, au nord. Par contre, l'absence de déambulatoire, qui bloque la progression au delà transept et entrave la circulation, ma cause une frustration.

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 IMG_1015Dans le même ordre d'idée, j'aurais volontiers imaginé que l'extrême largeur d'une nef gothique aurait nui à sa verticalité et donc à son charme. Pensez, la nef de Strasbourg est large de 16 m, autant que Chartres certes qui est elle même un phénomène en la matière, mais cette dernière est plus haute. La hauteur est ici de 32m, le ratio est facile à calculer. Cette largeur inaccoutumées a les mêmes origines que Chartres, la réutilisation des fondations d'un large édifice antérieur. J'avais noté la même chose à Metz, mais avec 42 m sous voûte, cela sautait moins aux yeux. Eh bien, une fois de plus, ce fut une bonne surprise, l'architecture dionysienne délicate (j'ai l'impression que les retombées sont quand même moins gracile à Strasbourg, mais je dois vérifier) s'acommode finalement bien de ces proportions inédites.

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Il faut signaler des chapelles du XIVème tardif, qui par leur style, nous font loucher vers Prague...

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Un autre détail est à mettre au crédit de la cathédrale, la couleur de sa pierre. Metz était d'ocre jaune, Strabourg est d'ocre rouge (rose, dit-on). Les calcaires du bassin parisien dont sont faites tant de cathédrales paraissent bien blafard parfoi, surtout sous un ciel gris. Le grès des Vosges, sans conteste, ajoute un rehaut à la dentelle de l'architecture.

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Dentelle, le terme est galvaudé, mais force est d'admettre, qu'il s'impose pour parler de la grande façade, très festonnée et in-dentée et même, sur une bonne partie, dédoublée d'un réseau d'interminables colonnettes dites - et le terme semble avoir été inventé rien que pour Strasbourg - harpées. Et il est vrai qu'on se prend de l'envie d'y faire glisser ses doigts. Cette façade, on a mis très longtemps à la construire et elle illustre au mieux à quelle point l'art germanique, longtemps rétif au gothique, s'empare soudain des gracilités du rayonnant, pour développer à l'extérieur des églises un parti pris décoratif unique, qu'on pourrait parfois trouver excessif, mais dont les formes sont toujours d'une grande élégance. Voyez comment ce faisceau de pinacles jeté au dessus du grand portail, semble vouloir prolonger au devant de la grande rose, le dédoublement diaphane de la façade. On notera que cette façade est sans vrai rapport avec l'église qu'elle précède. Un narthex IMG_1098bien plus haut que la nef, permet d'exhausser la rose à des hauteurs amienoises, plus en rapport avec l'ambition du massif occidental.

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Ce dédoublement apparaît aux historiens comme une étape dans l'architecute gothique. Strasbourg devient un chantier moteur des évolution stylistiques après avoir copié l'opus francigenum. Eh bien, malgré une foultitude de détails exquis, malgré une hauteur vertigineuse inégalée, la façade de Strasbourg, parce que le plan d'origine a plusieurs été modifié sans doute, m'apparaît comme un empilement mal proportionné. En détailler les raisons prendrait trop de place ici, je vous laisse comparer le plan B d'Erwin von Steinbach (1), projet initial, et un dessin de la façade actuelle avec une deuxième flèche (2)

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Le sommet de la flèche ne m'a jamais ravi mais je dois reconnaître que ce génial empilement donne du fil à retorde à l'analyse.

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Concernant la sculpture, le portail du transept sud, le plus ancien, était invisible. Ceux de l'ouest, dont certaines statues sont très célèbres (le tentateur et les vierges folles, l'église et la synagogue) datent de la fin du XIIIème ou début XIV ème (?) et sont d'un style qui a déjà beaucoup évolué par rapport aux portails classiques dont is s'inspirent (Paris, Reims, Amiens...). On voit les corps s'incarner de plus en plus, et un relatif réalisme envahir les saynètes. Cela donne une certaine truculence à cette statuaire abondante mais concernant les statues en pied, cette agitation et ces déhanchements me font regretter  la monumentale sobriété de leur aînées.

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Plus anciennes, car datant de  la fin de la première campagne gothique (transept sud), sont les célèbrissimes statues du pilier des anges, dont le style est originaire de l'Île de France, mais dont la nécessaire adaptation au support a modifié certains paramètres esthétiques.

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Plus trivialement, je ne suis pas sûr d'avoir totalement goûté aux charmes de la cathédrale, à cause de la foule. La foule à l'extérieur, bruyante, parasitant un plenum inespéré des cloches (le plus bel ensemble campanaire de France quand même), la foule à l'intérieur surtout et, pire encore, le parcours obligé, balisé de barrières, imposant les angles de vues, le sens de la visite, interdisant toute flânerie et déambulation aléatoire. Au micro, comme dans les églises italiennes, une voix rappelant la consigne de silence régulièrement, avec raison sans doute, mais avec une hargne qui annihilait le peu de sérénité résiduelle dans le grand vaisseau.

Nous revenons en toute fin d'après midi pour faire l'ascention de la façade alors que la foule s'étiole. C'est la seule façon d'en profiter.

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La cathédrale partage avec St Pierre de Rome la fait d'avoir une petite maison au sommet.

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Sans titreL'ajourement virtuose du gothique germanique fait des escaliers, habituellement éclairés d'étroites meurtrières, de vraies cages de pierre.

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On mesure de là aussi, l'élongation extrême des colonnettes et la profusion des pinacles...

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D'en haut je vois ce sommet de la Forêt Noire d'où j'avais pris la photo de la cathédrale au loin !

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Après dîner, nous revenons pour le spectacle de mise en lumière de la cathédrale.

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JARDIN ET FLEURS

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PARADIS NORDIQUES

Cet après-midi sont arrivés les nuages et le thermomètre a chuté de 10° en quelques petites heure.

Mais jusqu'à hier encore, visites quotidiennes aux criques de la côte Nord, dont celle de Kerisit très difficile d'accès (un lit de cascade presque asséchée par l'été), eaux limpides, nage de plus en plus aventureuse, un ailleurs à portée de main...

Penharn

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Auf der einen oder der anderen Seite des Rhein 3 : SCHWARTZWALD

IMG_1532 Nous arrivâmes dans un village de la Forêt Noire en fin de journée après avoir traversé le Rhin à Kehl, sur un pont dont j'avais tant entendu le nom que je l'imaginais joli, au bout d'une longue avenue qui aurait mené majestueusement de la cathédrale strasbourgeoise en Allemagne. Quelle déception !

IMG_0717 A la pension des Trois Sapins, l'accueil fut lui aussi pour le moins inattendu. Après que Vladimir avait décliné son identité, notre hôtesse fit mine de ne pas nous connaître et après avoir trouvé trace des échanges internautiques qu'elle avait eu avec lui, elle déclara que leur "conversation" par mails interposés n'avait pas assez duré pour qu'elle ait considéré la réservation comme sûre. Je me voyais déjà devoir chercher un autre hébergement, lorsque nous comprimes qu'il restait malgré tout de la place. (Sur huit chambres, une seule était alors occupée en réalité, ce que nous déduisîmes plus tard!). Le formalisme de notre hôtesse fut encore mis à rude épreuve, lorsque Vladimir se montra incapable de fournir une pièce d'identité - j'avais eu la mauvaise idée de lui offrir un nouveau portefeuille récemment... - et baragouina une excuse alambiquée tout autant que peu convaincante sur son changement de nationalité.

Une fois installés dans notre chambre vaste et spartiate, qui avait à mon goût quelques relents hospitaliers (ou conventuels), nous lûmes la brochure d'accueil où il était spécifié que le dimanche étant jour du seigneur et de la famille, les chambres ne seraient pas faites. C'est alors que nous remarquâmes la forte abondance d'images pieuses dans toute la pension. Autant dire qu'une certaine inquiétude était alors montée en nous.

Eh bien, ces craintes se dissipèrent, et à part l'angélus bien matinal sonné sur des cloches successives et vraiment tonitruantes (ah la qualité allemande !), rien ne troubla notre séjour et notre hôtesse s'avéra fort prévenante.

Pas d'églises (à part la virée strasbourgeoise) au programme, rien que des balades, dont deux circuits qui démarraient à proximité de notre maison et nous permirent de délaisser enfin la voiture, qui pour nous satisfaire pleinement pouvait un peu se faire désirer après les kilomètres alignés. 

IMG_0662 Voici pèle-mêle des images des paysages environnants, caractérisés par des forêts immenses, où, au dessus des hêtres, les sapins dominent jusqu'au sommet. De grands herbages d'une verdeur quasi irlandaise y font de magnifiques trouées.

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  Grand amoureux des arbres, je n'ai jamais été très fan des sapins et autres épicéas. Mais je dois dire que ceux que nous vîmes là bas étaient d'une telle majesté, d'une hauteur cathédralienne, que je révisai un peu mes a priori.

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 IMG_0677 L'omniprésence du bois, des scieries, de son odeur a été quelque-chose qui m'a également beaucoup plu. Le long des promenades se trouvaient différents objets et sculptures, pas toujours du meilleur goût, taillés dans des morceaux de bois restés sur place ou des souches.

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 IMG_0619 Plus charmant, au long des sentiers, des bars self-service, où des boissons locales, alcoolisées ou non, sont proposées, réfrigérées par des circuits d'eau fraîche détournée des ruisseaux de la montagne.

 

 

 

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La photo de notre pension donne une idée de l'habitat. L'architecture est traditionnelle mais tout est tellement pourléché, propret, géraniumé à outrance, qu'on peine à distinguer le bâti ancien du neuf et que tous ces villages sans verrues et où rien ne dépasse me laissèrent de marbre.

 IMG_0804 Un jour, nous reprîmes la voiture pour un itinéraire qui nous mena à la cascade d'Allerheiligen en sept paliers, que l'on peut longer sur toute sa hauteur grâce à des escaliers.

En haut se trouve une ancienne abbaye ruinée dans laquelle était dressée une scène de théâtre où on avait eu le mauvais goût d'installer un décor moyenâgeux de pacotille qui jurait avec les vrais vestiges...

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 IMG_0887 De là nous nous rendîmes au Mummelsee, seul endroit touristiquement surfait des environs, où je m'improvisai capitaine de pédalo (un baptême!).

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Un sentier menait au sommet du Hornisgrinde, point culminant du nord du massif (1164 m), où se dressent plusieurs tours d'observation, dont la tour Bismarck, et une éolienne typique des éoliennes allemandes (très haute et base peinte en vert).

 

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Du haut de cette dernière on pouvait voir le Rhin et la cathédrale de Strasbourg, distante de 33 km.

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IMG_0845 Un moment, je perdis Vladimir, pouvez-vous m'aider à le retrouver?

Bruyères et myrtilles.

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Folie d'épilobes... 

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Petites distractions cornusiennes (il a vu certaines en vrai...)

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Nous étions alors tout proches de Baden Baden, où nous primes notre dîner....

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Auf der einen oder der anderen Seite des Rhein 2 : METZ ET SA CATHEDRALE

IMG_0486bis Pendant longtemps Metz ne fut, à mes yeux, comme bien des villes de France je dois dire, qu'une cathédrale. Elle en était ce que le visage est à l'ensemble du corps humain. Mais je dois confesser qu'à part cet édifice hors pair, la ville ne me tentait guère et j'imaginais volontiers l'église géante se dresser au dessus d'un ensemble sans charme, à l'instar de Notre Dame d'Amiens, la belle aux yeux gris, dont Saint Etienne est l'outsider insoupçonné.

Ce fut jusqu'à ce que j'entende la douce voix du regretté Jean-Marie Pelt vanter les charmes de sa ville natale (qui est celle de Verlaine aussi). Cela suffit  à me la rendre désirable. Et en vérité, baignée d'une chaleur quasi méridionale, elle m'apparut fidèle aux dires du botaniste.

Saint Etienne, ça n'est pas rien. Il me reste bien sûr, malgré mes voyages sur les traces du gothique, bien des cathédrales à découvrir, qui me réservent autant de surprises, mais Saint Etienne c'était la dernière qu'il me restait à voir de mon panthéon personnel. Et la curiosité - le mot est faible, Vladimir peut témoigner de mon état nerveux quand je parcours les derniers mètres qui me séparent d'une cathédrale inconnue - était d'autant plus grande qu'elle ne figure pas au panthéon "classique". (absence de grande façade et donc d'une grande programme sculptural? construction étirée dans le temps?) Car depuis mon enfance, chaque fois que je vois une photo du vaisseau messin je suis frappé par les singularités qui la séparent de ses grands modèles mais saisi aussi par sa majesté. Alors?

Il en est des cathédrales - et je sais cela depuis bien longtemps - comme des gens. Certaines sont photogéniques, d'autres ne le sont pas. Je ne me suis jamais vraiment remis de ma déception à Coutances - une de celles sur lesquelles je misais le plus -  dont je continue à savourer les représentations. Combien d'autres à l'inverse m'ont pris au dépourvu dans l'art de la séduction, au delà de toute attente, comme les cathédrales anglaises dans leur globalité.

 

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 IMG_0449 Alors? Et bien ce fut un ravissement total! Et ce que je vis était fidèle à la représentation que les images avaient permis de m'en faire. Le grand vaisseau m'enveloppa de cette sensation que seules les plus belles réalisations du gothique me procurent, d'être dans un espace régi par ses propres lois, aérien et vibrant.

Il y avait bien sûr la hauteur, proche d'Amiens, mais avec une plus grande largeur elle semblait moins verticale sans pour autant, et ça je ne l'explique pas, perdre de son élan. Une sorte de générosité dans le gigantisme. Cette largeur innacoutumée, elle la partage avec Strasbourg et pour les mêmes raison : traditions architecturales de l'Empire.

Le rapport hauteur largeur est loin d'être la seule variable, faute de quoi l'écriture architecturale serait bien limitée dans son expression. Metz cumule un certain nombre de singularités. On notera une retombée des voûtes bien basse, d'où ce caractère enveloppant, j'ai envie de dire maternant, du couvrement.

coupe Mais plus essentiel est le rapport des trois étages. Le bas côté - et donc les arcades sur piles - est vraiment très bas. Ce qui laisse un espace réellement démesuré au triforium et à la claire-voie. Le triforium étant vitré (les travaux datent d'après 1240) l'étage clair occupe les deux tiers de la cathédrale. Si l'on associe à cela le fait que les façades des transepts sont elles aussi vitrées presque de haut en bas (ayant sans doute les plus grand fenestrages gothiques du monde) on obtient la plus grande surface de vitraux du Moyen-Âge! D'où ce joli surnom qu'elle porte de lanterne de Dieu.

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Cette combinaison de particularités n'est pas le fruit d'un projet cohérent mais bien le résultat d'une histoire mouvementée. Si les piles sont si basses, c'est que la cathédrale avait été conçue plus modeste et selon un schéma différent. C'est lors que la seconde campagne de construction que le projet fut revu à la hausse (au sens propre!) et révisé stylitiquement aussi, emporté qu'il fut dans le tourbillon du conquérant gothique rayonnant français. Les voûtes ne sont posées qu'au XIV ème siècle. Ce surhaussement explique sans doute la corniche au dessous du triforium (pour épaissir l'assise), et aussi le bandeau inhabituel de drapés et de feuillage au bas des fenêtres (pour gagner encore de la hauteur murale). Bref, ce magnifique effet résulte de bien des contingences...

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Une autre bizarrerie est l'emplacement des tours. Il m'a fallu fort longtemps pour comprendre cette affaire. La partie ouest de la cathédrale était une autre église (Notre Dame) et les tours s'élèvent là où s'arrêtait la cathédrale proprement dite. Mais ce second édifice a été intégré si parfaitement à l'église épiscopale qu'on a peine à imaginer qu'elle furent deux, qu'une cloison les séparait et que le sol avait un niveau différent. Plus curieux encore, cette Notre Dame était ronde et son axe était perpendiculaire à celui de Saint Etienne. Là vous n'y comprenez plus rien, mais grâce à un passionné de la cathédrale qui tient un blog, je peux vous montrer ceci :

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Quelques traces témoignent de l'intégration de Notre Dame la Ronde: les quatre piles rondes des premières travées, le choeur susistant de l'ancienne église ronde qui semble "éventrer " le bas côte de la cathédrale, le porche sud en lèger biais et le porche nord qui est l'entrée principale de l'ancienne Notre Dame.

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Pour tous ceux qui s'y perdent voici une petite animation, tirée du même blog, retraçant l'évolution du chantier au XIIIème.

Par un curieux concours de circonstances (à moins que mon inconscient n'ait guidé mes choix de destinations) le thème des églises rondes va me poursuivre durant tout le voyage, ce qui statistiquement, quand on court les églises gothiques, a peu de chance d'arriver et pourtant...

Les parties orientales sont plus tardives (fin du Moyen-âge) mais les bâtisseurs ont tâché à ne pas compromettre l'unité de l'ensemble en sacrifiant à la mode du temps. Des détails trahissent la période flamboyante, comme la voûte ou la transformation de la frise sous les fenêtres, déjà évoquée, en d'autres motifs. Cet art de changer sans en avoir l'air est très médiéval et m'a fait inévitablement penser à Quimper (dans le rapport de temps inverse entre nef et sanctuaire).

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Deux particularités de ce choeur contribuent à l'aspect général intérieur : 1/ l'abside est à trois pans (comme en Bretagne) d'où un rond point partagé entre trois grandes baies au lieu des cinq ou sept du gothique classique, 2/ le choeur est très peu profond, selon la tradition qui prévaut dans l'Empire jusqu'alors et à l'inverse du gothique français: cela a pour effet de créer visuellement un espace presque indifférencié entre choeur et transept et quand on se tient à la croisée l'oeil balaye d'un coup l'ensemble de l'abside et des croisillons (surtout leurs immenses verrières) et l'effet cage de lumière est à son comble.

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Au nord de la cathédrale se trouvent deux portails (les autres sont néo-gothiques) dont l'un était la porte avant de N.D. La Ronde. Si les grandes statues en pieds ont disparu, les soubassements sont entièrement sculptés de saynètes dont d'incroyables bestiaires mêlant animaux réels, humains et chimères...

 

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Cette impressionnante surface (plus de 6600 m2, dépasse mon jardin !!) vitrée a donné du travail aux artistes de tout temps, de Hermann de Munster (XIVème)

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à Chagall, plus près de nous.

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IMG_0371 Même en l'absence d'une façade harmonique (les tours sont grandes mais peu aux proportions de la cathédrale géante), l'extérieur est d'une grande beauté, et sa belle pierre à la couleur chaude n'y est pas pour rien. La tour sud dit de la Mutte est le beffroi de la ville et n'a jamais appartenu à la cathédrale. Son bourdon s'est tu après avoir sonné l'armistice de la Grande Guerre jusqu'en 2015 car ses vibrations mettaient la flèche en danger. De là à dire que la Mutte a été muette...

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IMG_0257 Elle se reflète dans la Moselle, que nous retrouveront bien plus tard pour une autre cathédrale.

J'ai découvert les cathédrales, étant enfant, en noir et blanc. Non que je sois si vieux que ça, mais je récupérais des images d'ouvrages anciens, et les livres d'histoire de l'art montraient encore de ces belles héliogravures en noir et blanc. J'en ai gardé le goût. Metz fait partie de celles dont j'ai tout de suite pensé que le monochrome leur siérait.

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Il y a d'autres églises à Metz dont une importante abbaye gothique, qui hélas était fermée (qui a dit ouf ?).

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Je n'ai pas vu de maisons médiévales mais été impressionné par le quartier impérial du deuxième Reich dont les bâtiments sont d'une architecture très spécifique. (Néo Moyen-âge germanique fantasmé...)

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La ville de J.M. Pelt met les plantes à l'honneur un peu partout, notamment dans cette exposition de villes futuristes végétalisées.

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J'ai aimé l'acérolienne (j'ai inventé le nom).

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Avant de quitter la ville, le lendemain, nous allâmes jeter un oeil à la porte des Allemands, châtelet fortifié médiéval (XIII-XVème) avec espace intérieur assez unique. 

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Nous quittâmes  Metz avec une autre (beaucoup plus) célèbre cathédrale en ligne de mire, mais de même qu'entre deux verres de bon vin, il faut se rincer la bouche, nous fîmes un pause pour les yeux outre Rhin.

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Auf der einen oder der anderen Seite des Rhein 1 : LA VIEILLE VALISE

 IMG_0156 L'itinéraire est en zig-zag - tro-didro pourrait-on dire - et aucun tour opérateur n'aurait sans doute conçu pareil circuit qui va, puis se dédit comme sous l'effet d'un repentir soudain, et qui au final trace sa route et trouve sa cohérence. C'est qu'il est le résultat d'un rapiéçage, avec ses étapes décidées à la dernière minute, celles qui se réduisent comme une peau de chagrin où d'autres encore qui à force d'être repoussées en viennent à disparaître, comme cette escale parisienne qui d'incipit fut reléguée au rôle de post scriptum pour finalement ne pas figurer à l'index.

La première de ces étapes, sur la route de la Lorraine, inconnue parmi les inconnues, nous emporte à 850 km de P., après une interminable traversée, de greniers à blé en greniers à blé. Là bas, auprès du cours supérieur d'un célèbre affluent de la Seine, je traque ma mémoire.

Je m'apprête à retrouver, le lendemain, un endroit que je n'ai pas vu depuis près de 45 ans. Dont j'ai pourtant des images, et surtout une géographie dirais-je, assez précise. Qu'en sera-t-il lors de cette confrontation? Le calque du souvenir va-t-il se placer exactement sur la silhouette du réel?

 IMG_0095 En attendant, nous arrivons pour l'heure du dîner, au Val des Orchidées. Une vingtaine d'espèces y prospèrent dit-on. Ce sera sans doute notre plus belle arrivée dans un hébergement. La maison est en pleine nature, jouxtant étang et rivière, au sein d'un vaste terrain où la tondeuse a tracé des allées qui serpentent et délimitent de grands massifs. N'y poussent que des plantes sauvages luxuriantes. Un vrai jardin pourtant mais sans qu'on y ait planté quoi que ce soit. Je suis charmé. Nous nous y perdons à la tombée de la nuit avec délectation. Mais des nombreuses espèces d'orchidées, une seule est encore en fleur.

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Il règne là un rare parti-pris de symbiose avec la nature qui fait que chaque année, au printemps, on ouvre les fenêtres pour laisser les hirondelles retrouver leur nid. Elles pondent à même les poutres du salon. Il y a plusieurs nids là où nous prenons notre petit déjeuner. Des installations protègent nos têtes des déjections et à certain moment les piaillements sont assourdissants.Voila comment vivre un moment unique auprès d'animaux des plus communs. Dans la salle d'à côté, et au long de l'immense terrasse couverte qui domine le domaine, sont exposés les tableaux un peu étranges d'une artiste polonaise.

Le lendemain, nous partons vers le village où vécut ma grand-mère maternelle. La mémoire est étrange. Je conduis sans l'aide de la carte. Je trouve même un raccourci. Passant devant une grille, je freine. Un  nom me vient en tête : le val des écoliers. Et aussitôt, un écriteau me le confirme. Combien de fois ai-je pu passé là dans mon enfance? Très peu. Je suis surpris qu'il me soit si familier, au point de le reconnaître du premier coup d'oeil. 45 ans, c'est long pour un pays où je n'ai séjourné tout au plus qu'une semaine par an. Enfin nous arrivons au village, ayant dû suivre une déviation. Le fameux pont-levant sur le canal menaçait ruine et a été enlevé.

IMG_0138 Une fois à pied, je sais m'orienter, je retrouve les ruelles. Ma mémoire géographique ne me fait pas défaut. Mais qu'en est-il de la mémoire sensible? C'est étrange, tout me parait plus beau, plus coloré, les maisons, la rivière, le déversoir, le pont, même le relief me semble plus accidenté que dans ma mémoire. Ne dit-on pas l'inverse, que le regard enfantin rehausse la réalité de l'or de son émerveillement?

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Ou alors, l'acharnement de ma mère à dénigrer cet endroit ne m'avait-t-il pas, à posteriori, convaincu?

Car elle ne venait pas ici de gaieté de coeur. A la vue du double portail en plein cintre du grand domaine voisin, dont l'apparition annonçait l'imminence de l'arrivée chez ma grand-mère, j'ai ré-entendu les soupirs de ma mère...

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Malgré cela, cette maison, sans confort moderne, a façonné irrémédiablement mon imaginaire, l'a marqué d'une empreinte qui ressemble à un délicieux frisson. Dans mes premières années, je ne percevais guère que ma mère y souffrait et je n'ai retenu de ces séjours que le goût inimitable des tomates et des saucisses, les histoires à dormir debout de la vieille, de pas d'ours dans la neige et de souterrains remplis de squelettes.

En arrivant aux abords de la maison - une rampe bien raide qui monte de la rue - ce qui me surprend le plus c'est la réserve de bois. Bien qu'elle ait changé d'aspect, elle n'a pas bougé de place. Cette permanence du plus aléatoire des détails me fait l'effet d'un sas temporel. Comme si quelque chose avait pu perdurer, une trace insoupçonnée.

IMG_0144 Nous nous tenons devant le portillon de bois qui désormais sépare la cour de la rampe. Je repère les nombreux changements, détaille à Vladimir les dispositions anciennes quand un chien vient aboyer qui fait sortir l'habitant des lieux. Je m'excuse de ma curiosité arguant de la raison de ma présence. "Vous êtes le petit fils de Madame P.!"

Qu'il connaisse son nom est un bon signe et en effet, il est bien celui qui a acheté la maison à l'époque. A quelques détails invisibles et que je nomme - la présence de la citerne désormais enfouie, l'emplacement de la cave voûtée et cent autres choses disparues qui feront l'objet d'une question de ma part - il sait immédiatement que j'ai connu l'étât antérieur.

Quand il s'est installé, il y avait encore au village, des gens qui avaient connu Madame P.  De sorte qu'il ne fut en rien étonné quand j'évoquai ma grand-mère comme une vieille sorcière. Il avait entendu dire... Cette confirmation de la bouche d'un tiers, me vaut légitimation.

La maison n'était plus qu'une carcasse et de ce que j'ai connu ne restent que les murs... et la cave. Si bien qu'à l'intérieur, bien banal, rien ne me parle, même les volumes d'origines ont disparu.

IMG_0146 Sauf l'armoire. Décapée, elle a perdu de sa teinte sombre qui m'impressionait, et partant, perdu de sa superbe sans doute aussi. Je l'avais tant convoitée étant enfant, j'avais tant espéré qu'elle nous revienne. Mais les seuls meubles sauvés, détournés par les voisins,  - dont la table de notre actuelle cusine - l'ont été de mauvais gré, ma mére ayant souhaité que "tout aille au feu".

Notre hôte nous offre un verre devant la maison, désormais une terrasse au bord de laquelle trône - à grand renfort de terre de bruyère - le rhododendron Elisabeth. Comble de l'ironie.

Sa femme, discrète jusqu'alors, nous rejoint.

"Dans les décombres, laissée par les voleurs qui avaient pillé tout ce qui pouvait avoir une quelconque valeur marchande, j'avais trouvé une valise, pleine de photos et de livres anciens. Votre mère m'avait bien fait comprendre, au téléphone, qu'elle ne voulait rien d'ici, mais je n'ai jamais pu me résoudre à la jeter ou à la détruire. Je ne sais plus où je l'ai mise."

Puis elle a disparu. Elle est revenue au bout d'un moment, la valise à la main. Dedans, des photos que je connaissais déjà pour certaines, mais beaucoup d'autres montrant des personnes que je n'identifie pas. Mes soeurs, plus âgées, et plus au fait de la famille du côté de ma mère - dont j'ignore presque tout - pourraient peut-être en dire plus...

Peut m'importe au fond ce qu'elle contient. Je ne l'ai même pas ré-ouverte depuis que nous sommes rentrés. Ce que je retiens de cette histoire c'est le geste délicat de cette femme, qui n'a pas pu jeter les traces d'une vie. 

IMG_0113 Sur la terrasse, il est midi. J'attends cet instant malgré l'émotion de l'ouverture de la valise. D'où je suis, en tournant la tête, j'apperçois le clocher de l'église du village, tout près. Oh, il n'est guère beau ce clocher édifié tardivement sur une église gothique, elle du XIIIème siècle dont la fine architecture gothique est parvenue jusqu'à nous entièrement intacte. Mais quand j'étais petit c'est de cet endroit, exactement - et la vue est inchangée - que je guettais midi. Alors, je me mettais à courir pour être au plus près lorsque la cloche se mettrait en branle. Je scrutais les abat-sons à m'en tordre le cou pour deviner les mouvement de l'animal d'airain. La passion des cloches était déjà là.

Drôle de petit bonhomme, n'est-ce pas?

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IRELAND 3

Allez, on termine avant de partir ! La vidéo est plus courte et moins intéressante, il aurait mieux valu 2 parties un peu plus longue, mais le chargement est déjà une longue affaire ainsi...

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IRELAND 2

Et voilà !

Et on a même de l'espoir pour le n° 3 !!

 

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IRELAND I

Bon, pas le temps d'attendre que vous me questionniez sur la surprise, car le temps presse et je ne suis pas sûr d'en venir à bout avant de partir. Deux épisodes sur trois sûr vous aurez...

 

 

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COULEURS

Avant la grande surprise à venir, et pour vous faire patienter, voici quelques photos du jardin, pour changer. C'est que ça change en effet, les fleurs se succèdent, les endroits les plus beaux en juin sont affadis et d'autres explosent. Je pourrais éditer un guide selon la date !

En tout cas voici un éventail des couleur magnifiées par la lumière du soir. Incroyable non?

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Un petit focus sur Babylone. En plantant des vivaces je m'étais imaginé devoir attendre au moins l'année prochaine pour voir du volume sur les massifs, mais cette terre du ruisseau est si fertile que tout a poussé comme jamais.

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LE SOL QUI GRINCE SOUS MES PAS

De tous les endroits où j'ai travaillé, celui-ci est le seul où je remets les pieds avec un indéfinissable je-ne-sais-quoi qui me traverse et me perturbe un peu. Ça se met en branle à la faveur d'un petit rien, un grincement du plancher, une certaine mollesse des marches de l'escalier sous le pied. J'ai retrouvé cela ce soir avec une acuité qui m'a surpris. C'est sans doute que j'y retournais pour une raison inhabituelle qui portait en elle le retour sur le passé et la remontée d'émotions enfouies. Il ne s'agissait pas de venir faire la promotion d'un livre ou d'un spectacle mais du pot de départ à la retraite de deux anciens collègues techniciens dont un complice brittophone, comme on dit maintenant.

En ressortant de là, deux heures plus tard, j'ai compris le pourquoi du je-ne-sais-quoi. Il m'aura fallu vingt-cinq ans.

Bizarrement, j'entends à la radio ce matin les adieux d'un journaliste à Radio France et je me retrouve le soir dans la "même" maison pour d'autres départs. Quand je pousse la porte, le lien se fait dans ma tête.

La retraite d'Yvon! L'idée m'en est bizarre. A cause de son éternel air d'adolescent attardé? Sans doute. A cause du fait que je n'avais jamais vraiment pris en compte la décennie qui nous sépare...

J'arrive avec un peu de retard et le discours du chef de service est commencé, la salle pleine. Tant mieux, je peux rester sur la pas de la porte. Timidité. Cette vieille timidité, tellement là bien cachée en moi et à laquelle j'ai aujourd'hui tant de mal à faire croire, c'est elle qui me plante sur le pas de la porte. C'est elle qui s'est réveillée au grincement du vieux plancher. De mon poste d'observation, je regarde qui est là. Les visages inconnus, ceux que je vois régulièrement depuis, ceux que je revois pour la première fois depuis tout ce temps. Les marques de l'âge. Des cheveux blancs ou en moins, une canne même.

En réalité je cherche André. Il ne peut pas ne pas être là. Petite appréhension. Je le vois finalement, un peu caché. Nos regards se croisent.

Le temps des discours est passé, je vais plus avant. Il y a des petits jeunes qui ont l'âge que j'avais. Ils semblent me connaître. Une jeune fille, puis un jeune garçon dont par le plus grand des hasards j'avais vu le profil sur FB ce matin et dont j'avais déduit qu'il était journaliste. Me voila fixé. En lui posant la question de sa fonction, je sens que je fais un peu une gaffe. J'aurais dû savoir. Sauf que je n'écoute plus cette station depuis longtemps... Je m'en sors tant bien que mal en arguant du fait qu'on ne connait pas les visage et en relatant cette histoire incongrue et réelle d'une journaliste brestoise qui un jour ouvrit la porte du studio à grand fracas alors que je m'y trouvais et me me dit "je voulais voir la tête que tu avais!". Elle ne s'était même pas présentée, forcément, elle était à la télé !

J'échange avec Michel. A notre époque, on pouvait presque aller micro en main, sans préparer et on moissonnait. Aujourd'hui, c'est impossible. Trop de gens sont morts. Le métier, le public et les interviewés ne sont plus les même. Là où j'habite, me dit-il, 3O% des enfants sont scolarisés dans le bilingue, j'aurais plus de chance avec les moins de 10 ans!

André arrive enfin et les choses sont plus faciles que je ne l'envisageais. Je suis même très heureux de cette conversation sereine et de le retrouver plus vaillant qu'avant.  A un seul moment il m'appelera "mon fils" devant des témoins qui durent pas comprendre. Je suis rassuré. 

Ca fait combien de temps? L'inévitable question des dates, du temps qui passe.

Je ne suis resté que trois ans, tu sais, dis-je.

Trois ans ? Des regards stupéfaits. Trois ans! Certains passent on ne les voit pas, toi on aurait dit que tu étais resté plus longtemps. Tu as marqué la "maison". 

Stupéfaction.

Pourquoi es-tu parti, demande Françoise?

Il y a dans la question comme du regret. Un reproche?

J'explique mon choix. Me consacrer à l'enseignement. Les deux métiers de front, ça n'était plus possible. Le smic pourtant après un "bon" salaire... Un choix un peu militant aussi dans mon esprit d'alors.

André revient à la charge. Oui, pourquoi tu n'es pas resté? Il semble en être encore désolé. On me l'a souvent demandé, dit-il encore. Quel étrange retournement de situation! Quand j'avais remplacé André, alors malade, les coups de téléphone des auditeurs c'était pour lui, pour le réclamer. Oh, je comprenais, je ne m'en offusquais pas. Comment aurais-je pu le faire oublier? Impossible. Ne serait-ce que linguistiquement. Mais j'avais néanmoins ça à "gérer" dans les directs. "Comment va André, quand reviendra-t-il?"  Et voila que j'apprends qu'on lui a posé la question à mon sujet! C'est comme si je découvrais l'existence de ces anonymes. Les auditeurs. Des gens qui vous suivent, dont on ne sait rien.

On m'a même dit de te retenir poursuit André  - enfin de retenir mon fils, selon ses mots -.  Louis Robert m'avait dit ça. Louis Robert! Le sauveteur de la danse, l'inventeur des bals de nuit, celui qui avait su me corriger tout en délicatesse aussi. Il avait dit ça. Qu'est ce qui aurait pu plus m'honorer? J'en plaisante, je souris mais c'est pour mieux masquer mon émotion, d'autant qu'un journaliste est là, qui écoute cette histoire avec intérêt. En réalité j'ai les larmes aux yeux.

Quand je ressors, je sais enfin pourquoi, réentendre le sol grincer m'avait saisi d'une émotion particulière. Une vague angoisse. J'avais 25 ans, j'étais "parisien", je venais d'apprendre la langue, je pensais ne rien savoir. Le lendemain, il faudrait aller dans les fermes, faire émerger les souvenirs, feindre une familiarité à toute cette culture que ma connaissance de la langue pouvait faire croire comme "allant de soi". Il fallait oser. Et j'étais timide. J'ai pris sur moi, j'ai pris du plaisir aussi, j'ai aimé le faire et j'ai tant appris. Mais contrairement au métier d'enseignant qui ne m'a jamais demandé le moindrement de forcer ma nature, pour celui ci j'ai du batailler, j'avais de prestigieux prédécesseurs dont il fallait être digne. Et  tout cela me faisait un peu peur et c'est cette peur qui se réveille chaque fois que le sol grince.

Mais désormais sans doute, si je reviens, je m'y sentirai légitime.

Posté par karagar à 00:44 - Commentaires [9] - Permalien [#]

NET-TRAOUIGOU

La matinée d'Alfred et de Daphné...

Ce matin, passablement en retard, Karagar se rue hors du bâtiment administratif vers sa salle de classe, et ce faisant, traverse un espace à découvert.

Soudain, il entend sans comprendre un puissant déplacement d'air au dessus de sa tête, tout près. Levant la tête, il voit alors les ailes déployées d'un grand goéland qui s'éloigne.  "Il sera tout bonnement passé dans la trajectoire de ce jet emplumé", pensa Karagar sans y prêter plus d'attention.

Mais, une heure et demie plus tard, traversant ce même espace en quête d'un café, voila que le terrible volatile lui fonce de nouveau dessus, avec une telle détermination que l'hypothése du mauvais aiguillage aérien ne tient plus.

Un peu effrayé, il court se mettre à l'abri et pousse les hauts cris au bureau. Mais la secrétaire-comptable n'est guère impressionnée par son récit. On ne parle que de ça, et Karagar était bien le dernier au courant.

Un bébé est tombé du toit du collège et les parents et cousins sont en formation aérienne pour le défendre. 

Il hésite à traverser pour une troisième fois, mais il faut bien qu'il retrouve ses étudiants de Master. Cette fois, il y a attroupement. Une échelle est posée le long du mur et des hommes encasqués tentent l'ascention. On a remis bébé en place. Marina, la prof de français lui raconte qu'elle a été blessée au sang à la tête et à la jambe (ou le bras?) et est toute fière de l'arrivée des pompiers rien que pour elle.

A quatre heures de l'après-midi, le calme est presque revenu, mais les goélands sont toujours en faction en haut des réverbères et hurlent au moindre passage... On imagine comment Daphné eut l'idée de sa nouvelle...


 

Réchauffement climatique...

J'ai souvent radoté sur le fait que mon jardin est un lieu étonnant de semis divers.  Je ne vais pas ici faire la liste des naturalisations mais les myrtes pullulent, les agapanthes sont des adventices, les watsonias des pestes végétales, on voit même des lis là où j'en n'en mis jamais, des pittosporums... Bref, j'ai dit pas de liste!

Mais hier, bien que ma capacité à être surpris s'érode, je sursautai en voyant au milieu du chemin... une lavande !

 

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Posté par karagar à 23:35 - Commentaires [11] - Permalien [#]

NOCTURNE

 DSC00789Bon, j'accède à la requête plumesque.

Une petite balade nocturne (22h00), après les arrosages d'urgences.

Le temps a un peu fraîchi. Mais les soirées sont encore étonnement tièdes pour une terre quasi insulaire.

Hortensias et rosiers

 

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Lavandes, alchemilles et pont bleu

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Tertre des graminées et fleurs bleues

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La mer des penstémons (semis spontanés à partir de trois au quatres plans en godets)

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La plante d'Ordesa

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Hemerocalles

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Purple splash et Veilchenbleu

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arbustus 'Marina'

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Babylone

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Formes et couleurs

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Ensemble

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Posté par karagar à 23:36 - Commentaires [7] - Permalien [#]

MEFAITS DU SOLEIL

Âmes sensibles s'abstenir.

Voici les effets, les méfaits devrais-je dire, du soleil trop ardent, sur une peau de britannique.

D'après les médecins de l'hopital de Quimper, le caractère quasi insulaire du Cap, accroît le pouvoir destructif des rayons solaires au solstice. Vive le jardinage !

On soupçonne également une réaction allergique.

Les deux photos montrent l'évolution du mal en un jour (hier et aujourd'hui).

On nous promet une amélioration rapide, à la condition sine qua non de rester cloîtré.

En tout cas, on ne répétera jamais assez que le soleil est dangereux.

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MES DEUX JARDINS

Vus du ciel...

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Posté par karagar à 22:28 - Commentaires [4] - Permalien [#]

JOURNEE DE LA PLUIE

Eh bien, tout l'automne et tout l'hiver réunis ne nous ont pas accordé une journée de pluie comme celle-ci. Et à l'heure où j'écris, les vannes ne se sont pas refermées.

Malgré les sécheresses douarnenistes, ici, c'est plutôt verdoyant, et je me fait dépasser de partout, sur ma droite par les pelouses  qui montent au ciel et sur ma gauche par les adventices qui galopent.

C'est bon pour l'arrosage, mais je crois que demain, toutes les fleurs sans exception, seront flétries, pourries.

L'autre jour, mon ex m'a rendu visite par une journée orageuse. Je crois que c'était la première fois qu'elle voyait ce jardin autrement que sous un soleil sans partage. Elle en avait, je crois, une vision un peu déformée, et à la faveur d'un ciel sombre, elle s'est rendu compte de la verdeur potentielle, des grands frênes, des rhodos qui s'enfeuillent allègrement, tout cela était déjà, mais elle ne l'avait pas vraiment pris en compte. Les idées préconçues empêchent de voir.

Elle s'est étonnée aussi de la taille de certaines plantes qui témoignent de la fertilité du sol.

Et puis, je dois le dire, elle fut moins avare en compliments qu'autrefois sur mes oeuvres, qui était pourtant au service d'un jardin commun. Étrange, non? c'est sûr que celui-ci est beaucoup mieux pensé, fleuri, varié etc... Mais enfin, est-ce la seule raison?

Je dois lui accorder qu'elle est un des rares visiteurs à donner un avis, non sur telle ou telle plante, mais sur l'agencement des formes et des couleurs. Je crains son avis sur les couleurs, c'est son fort, moi je suis plus "architecte". Mais j'aime de plus en plus les dissonances.

Bref, trêve de réflexion, voici quelques images du ruisseau, plus vaillant qu'en hiver (et encore, il a replu depuis) !

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Posté par karagar à 23:01 - Commentaires [17] - Permalien [#]

JOURNEES DES JARDINS

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Eh bien, ça sera à domicile...

Je pense qu'il y a ici du travail pour un mi temps...

Veux bien faire baisser la courbe du chômage, mais va falloir que je fasse payer l'entrée pour assurer le salaire...

Qu'on se dépêche temps que c'est gratos !

Le rosiers commencent à exploser et Machu Pichu croule sous les fleurs.

Et même mon ex reconnaît que c'est beau, c'est dire !

Bon, quelques fleurs en attendant...

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geranium

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Pierre de Ronsard

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Lys et lys des incas DSC00521

solanum + Machu Pichu

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arsitea major, echium, cordyline, callistemon rose

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le tertre des graminées et fleurs bleues

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roses et carpenteria

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William shakespeare et sauges arbustives

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rose ghislaine de féligonde + lonicera jaune + lupin en arbre

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rose et sauterelle

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rosiers et geraniums sanguins

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lumière du soir

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KASTELL KOZH

Il m'arrive bien souvent de tomber sur un endroit de la côte nord qui me plaît et quand je veux y retourner, parfois plusieurs années plus tard, je n'ai plus aucune idée de sa situation. Il me faut y retourner deux ou trois fois pour me souvenir définitivement de sa localisation, alors que je n'oublie rien de ses détails topographiques...

Je me souvenais d'être tombé sur une petite maison isolée, assez banale en elle même, mais nichée dans un vallon au bout d'une route en lacet sans issue, près de la falaise. J'ai enfin retrouvé cette maison. Ça s'appelle Porzh Dour, la route qui y mène, étroite, part entre deux maisons du village le plus proche. Pas de photo de la maison, fermée, mais son emplacement m'a fait rêver, luxuriance végétale, jardin, prairie et grands arbres, ruisseau qui dévale très vite vers la mer (un petit pont a été aménagé pour le GR) dans une toison d'osmondes royales...

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De là, nous partîmes en direction de la pointe du Kastell kozh (éperon barré gaulois), qui a une avancée assez exceptionnelle. Le champs de marguerites au premier plan faisait une scène peu commune (Cette fleur est très très présente dans le Cap, mais plus habituée aux paysages champêtres. En même temps,  plus rien ne m'étonne car je suis tombé une semaine plus tôt sur un dense tapis de sceaux de Salomon nains dans un escarpement rocheux au dessus de l'océan!). La mer était turquoise.

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D'autres plantes étaient au rendez-vous, jasiones, roses de mer, bruyères (déjà !), les incontournables arméries, et même des orchidées.

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BREF PASSAGE A L'HOPITAL

C'était le 1er mai, au retour de la traditionnelle journée des plantes brestoise, nous prenons le chemin des écoliers, pour faire du repérage dans les communes étonnamment verdoyantes du fond de la rade de Brest qui m'intriguent tant. J'envisage un jour quand même d'explorer les célèbres carrières de Kersanton...

C'est ainsi que nous faisons une courte halte à l'Hopital Camfrout (du torrent sinueux). Beaucoup de charme pour ce village hors des routes touristiques, en fond d'estuaire, avec son église qui présente - par quel miracle a-t-elle échappé aux révolutionnaires? - une page d'héraldique comme j'en ai peu vues.

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ETONNANT, NON?

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